“Sur le saint Voile, nous le jurons. Parle.”

“Et ce que je vais vous dire, ne le dites pas même à votre mère et encore moins à vos frères.”

“Sois assuré du silence.”

“Et vous tairez-vous avec Marie? Pour ne pas lui donner de douleur. Comme moi je le fais, en silence, c’est un devoir de veiller aussi à la paix de cette pauvre Mère…”

“Nous nous tairons avec tout le monde. Nous te le jurons.”

264.10 – “Alors, écoutez… Jésus ne se limite plus à fréquenter les païens, les publicains et les courtisanes, à offenser les pharisiens et les autres grands. Mais il fait maintenant des choses vraiment absurdes. Imaginez-vous qu’il est allé au pays des philistins et qu’il nous y a fait voyager en amenant avec nous un bouc tout noir. Et maintenant il a mis un philistin parmi les disciples. Et auparavant cet enfant qu’il a recueilli? Vous ne savez pas quels commentaires il y eut? Et, justement, il y a quelques jours, une grecque, une esclave échappée à son maître romain. Et puis des discours qui blessent la sagesse. En somme, il semble fou et se fait tort. Au pays des philistins, il s’est même fourvoyé dans une cérémonie de sorciers, en entrant directement en compétition avec eux. Il en a triomphé, mais… Déjà les scribes et les pharisiens le haïssent. Mais si ces choses viennent à leurs oreilles, que va-t-il arriver? Vous avez le devoir d’intervenir, d’empêcher…”

“Ceci est grave, très grave. Mais comment pouvions-nous le savoir? Nous sommes ici… et même maintenant, comment pourrons-nous le savoir?”

“Et pourtant il vous appartient d’intervenir et d’empêcher. La Mère est mère, et elle est trop bonne. Vous ne devez pas l’abandonner ainsi. Ni pour Lui, ni pour le monde. Et puis cet entêtement à chasser les démons… Il circule une rumeur qu’il est aidé par Belzébuth. Rendez-vous compte si cela peut Lui être utile. Et puis! Mais quel roi pourra-t-il jamais devenir si les foules, dès maintenant, se rient de Lui ou sont scandalisées?”

“Mais… il les fait réellement, ces choses?” demande Simon incrédule.

“Demandez-le-lui à Lui. Il vous dira que oui, car il va jusqu’à s’en vanter.”

“Tu devrais nous avertir…”

“Bien entendu que je le ferai! Quand j’aurai vu quelque chose de nouveau, je vous en aviserai. Mais je vous en prie! Silence, maintenant et toujours avec tout le monde!”

“Nous l’avons juré. Quand pars-tu?”

“Après le sabbat. Désormais je n’ai plus de raisons de rester ici. J’ai fait mon devoir.”

“Et nous t’en remercions. Hé! je le disais qu’il avait changé! Toi, mon frère, tu ne voulais pas me croire… Tu vois si j’ai raison?” dit Joseph d’Alphée.

“Moi… moi, j’hésite encore à le croire. Enfin, Jude et Jacques ne sont pas des imbéciles. Pourquoi ne nous ont-ils rien dit? Pourquoi ne pourvoient-ils pas si ces choses arrivent réellement?” dit Simon d’Alphée.

“Homme, tu ne me feras pas l’affront de ne pas croire à mes paroles?!” réplique Judas fâché.

“Non!… mais… Cela suffit. Pardonne-moi si je te dis: je croirai quand je verrai.” “C’est bien. Tu verras bientôt et tu devras me dire: “Tu avais raison”.

264.11 – Eh bien. Nous voici chez vous, Je vous quitte. Dieu soit avec vous.”

“Dieu soit avec toi, Judas. Et… écoute. Toi aussi, n’en parle pas à d’autres. À cause de notre honneur…”

“Je ne le dirai pas même à l’air. Adieu.”

Et marchant rapidement, il rentre à la maison et monte sur la terrasse où Marie, les mains sur les genoux, contemple le ciel qui fourmille d’étoiles et, à la lueur de la petite lampe que Judas a allumée pour monter l’escalier, on voit des larmes qui brillent sur les joues de Marie.

“Pourquoi pleures-tu, Mère?” demande Judas avec une attention anxieuse.

“Parce qu’il me semble que le monde fourmille de pièges plus que le ciel d’étoiles. Des pièges pour mon Jésus…”

Judas la fixe, attentif et troublé.

Mais elle ajoute doucement:

“Mais je suis réconfortée par l’amour des disciples… Aimez-le tant, mon Jésus… aimez-le… Tu veux rester, Judas? Moi, je descends dans ma chambre. Déjà Marie de Cléophas s’est couchée après avoir préparé le levain pour demain”

“Oui, je reste. On est bien ici.”

“La paix soit avec toi, Judas.”

“La paix soit avec toi, Marie.”