“Mais comment faire? Tu le dis, toi-même! Il a une façon d’agir… Il n’était pas ainsi avant de quitter sa Mère, dit en s’excusant le chef de la synagogue. N’est-ce pas, vous tous?”

Tous approuvent gravement en disant beaucoup de bien du Jésus silencieux, doux, réservé d’autrefois.

“Qui aurait pu penser qu’il aurait pu jaillir de Lui un homme tel qu’il est maintenant? La maison et les parents, c’était tout pour Lui. Et maintenant?” dit un nazaréen très âgé.

Judas soupire:

“Pauvre femme!”

“Mais, enfin, que sais-tu? Parle” crie Joseph.

“Mais rien que tu ne saches. Crois-tu qu’il soit doux pour elle d’être abandonnée?”

“Si Joseph s’était conduit comme votre père, cela ne serait pas arrivé” dit sentencieusement un autre nazaréen très âgé lui aussi.

“Ne le pense pas, homme, Il en aurait été de même. Quand on est pris par certaines… idées!” dit Judas.

264.9 – Un serviteur apporte des lampes et les met sur la table, car c’est une nuit sans lune, malgré tout un scintillement d’étoiles. Et, avec la lumière, on apporte d’autres boissons que le chef de la synagogue veut offrir tout de suite à Judas.

“Merci. Je ne reste pas plus longtemps. J’ai des devoirs à l’égard de Marie” dit Judas en se levant.

Les deux fils d’Alphée se lèvent aussi en disant:

“Nous venons avec toi, c’est le même chemin…”

Après de grandes salutations, l’assemblée se sépare, le chef de la synagogue restant avec les six anciens.

Les rues sont désormais désertes et silencieuses. Des terrasses des maisons arrivent les chuchotements à voix basse des adultes. Les enfants dorment déjà dans leurs petits lits, aussi on n’entend plus leurs trilles d’oiseaux joyeux. Avec les voix, des terrasses des maisons les plus riches, arrivent des lueurs des lampes à huile.

Les deux fils d’Alphée et Judas marchent pendant quelques mètres en silence, puis Joseph s’arrête et prend Judas par le bras en lui disant:

“Écoute. J’ai vu que tu sais quelque chose mais que tu n’as pas voulu parler en présence d’étrangers. Mais maintenant, avec moi, tu dois parler. Je suis l’aîné de la maison et j’ai le droit et le devoir de tout savoir.”

“Et moi, je suis venu ici dans l’intention de vous le dire et de protéger le Maître, Marie, vos frères et votre réputation. C’est quelque chose de pénible à dire et à entendre, de très pénible à faire, car cela paraît de l’espionnage. Mais je vous prie de me comprendre. Il n’en est pas ainsi. Ce n’est qu’amour et sagesse. Je sais beaucoup de choses que vous aussi n’ignorez pas, du reste. Je les tiens de mes amis du Temple. Et je sais qu’elles sont dangereuses pour Jésus et aussi pour le bon renom de la famille. J’ai essayé de le faire comprendre au Maître, mais je n’ai pas réussi.

Au contraire! Plus je le conseille et pire est sa conduite, s’attirant toujours plus les critiques et la haine. Cela parce qu’il est tellement saint qu’il ne peut comprendre ce qu’est le monde. Mais, enfin, c’est bien triste de voir périr une chose sainte par l’imprudence de son fondateur.”

“Mais, enfin, qu’y a-t-il? Dis tout. Et nous pourvoirons. N’est-ce pas, Simon?”

“Certainement. Mais il me paraît impossible que Jésus fasse des choses imprudentes et contre sa mission…”

“Mais si ce brave jeune homme, qui pourtant aime Jésus, le dit!? Tu vois comme tu es? C’est toujours ainsi! Incertain, hésitant. Tu me laisses toujours seul au bon moment. Moi, contre toute la parenté. Tu n’as même pas pitié de notre renom et de notre pauvre frère qui se ruine!”

“Non! Se ruiner, non! Mais il se fait tort, voilà.”

“Parle, parle!“‘insiste Joseph alors que Simon, perplexe, garde le silence.

“Je vous parlerais… mais je voudrais être sûr que vous ne prononcerez pas mon nom devant Jésus… Jurez-le.”