265 – Instructions aux douze apôtres, qui commencent leur ministère
28 août 1945
Le mardi 28 août 1945
265.1 – Jésus est avec les apôtres et ils sont tous là, ce qui montre que Judas Iscariote, son œuvre accomplie, a rejoint ses compagnons. Ils sont assis à table dans la maison de Capharnaüm. C’est le soir. La lumière du jour qui meurt entre par la porte et par les fenêtres grandes ouvertes, laissant voir la transformation de la pourpre du crépuscule en un rouge violet foncé irréel, qui s’effrange à ses bords en recroquevillements d’une couleur violet ardoise qui passe au gris. Cela me fait penser à une feuille de papier qu’on a jetée sur le feu, qui s’allume comme le charbon sur lequel on l’a jetée, mais qui, à ses bords, après la flambée, se recroqueville et s’éteint en une couleur de plomb bleuâtre qui finit en un gris perle presque blanc.
“Ce sera de la chaleur, dit sentencieusement Pierre en montrant le gros nuage qui couvre l’occident de ces couleurs. De la chaleur, pas d’eau. C’est du brouillard, pas un nuage. Moi, cette nuit, je dors dans la barque pour être plus au frais.”
“Non. Cette nuit nous allons au milieu des oliviers. J’ai besoin de vous parler. Maintenant Judas est revenu Il était à Nazareth auprès de la Vierge Marie. Voir le chapitre précédent. . C’est le moment de parler. Je connais un endroit aéré. Nous y serons bien. Levez-vous et allons-y.”
“C’est loin?” demandent-ils en prenant leurs manteaux.
“Non, très proche. À un jet de pierre de la dernière maison. Vous pouvez laisser les manteaux. Cependant prenez l’amadou et un briquet Briquet : acciarino dans le texte original. Il s'agit de silex frappé contre une pièce de métal, comme la mise à feu produite dans les fusils à silex. pour y voir en rentrant.”
Ils sortent de la chambre du haut et descendent l’escalier après avoir salué le maître de maison et sa femme qui prennent le frais sur la terrasse. Jésus tourne résolument le dos au lac et, après avoir traversé le pays, fait deux ou trois cent mètres parmi les oliviers d’une première petite colline qui se trouve en arrière du pays. Il s’arrête sur une butte qui, par sa situation dégagée et libre d’obstacles, profite de tout l’air dont on peut jouir en cette nuit de chaleur étouffante.
265.2 – “Assoyons-nous et prêtez-moi attention. L’heure est venue pour vous d’évangéliser. Je suis à peu près au milieu de ma vie publique pour préparer les cœurs à mon Royaume. C’est le moment que mes disciples aussi prennent part à la préparation de ce Royaume. Les rois agissent ainsi quand ils ont décidé la conquête d’un royaume. D’abord ils enquêtent et fréquentent les personnes pour se rendre compte des réactions et les gagner à l’idée qu’ils poursuivent. Puis ils développent la préparation de l’entreprise en envoyant des éclaireurs sûrs dans les pays à conquérir.
Et ils les envoient de plus en plus nombreux jusqu’à ce que soit connu le pays dans toutes ses particularités géographiques et morales. Puis, après cela, le roi achève son œuvre en se proclamant roi du pays et en se faisant couronner. Et il coule du sang pour y arriver, car les victoires coûtent toujours du sang…”
“Nous sommes prêts à combattre pour Toi et à verser notre sang” promettent unanimement les apôtres.
“Je ne verserai d’autre sang que celui du Saint et des saints.”
“Tu veux commencer la conquête par le Temple en faisant irruption à l’heure des sacrifices?”
“Ne divaguons pas, amis. L’avenir, vous le connaîtrez en son temps. Mais ne frémissez pas d’horreur. Je vous assure que je ne bouleverserai pas les cérémonies par la violence d’une irruption. Pourtant elles seront bouleversées et il y aura un soir où la terreur empêchera les prières rituelles. La terreur des pécheurs. Mais Moi, ce soir-là, je serai en paix. En paix, en mon esprit et en mon corps. Une paix totale, bienheureuse…”
Jésus regarde, un par un, ses douze et c’est comme s’il regardait à douze reprises la même page et y lisait à douze reprises la parole qui y est inscrite: incompréhension. Il sourit et poursuit.
265.3 – “J’ai donc décidé de vous envoyer pour pénétrer plus avant et plus à fond que je ne pourrais le faire, Moi tout seul. Cependant entre ma manière d’évangéliser et la vôtre, il y aura des différences imposées par la prudence, dont je dois user pour ne pas vous exposer à de trop grandes difficultés, à des dangers trop sérieux pour votre âme et aussi pour votre corps, et pour ne pas nuire à mon œuvre.
Vous n’êtes pas encore assez formés pour pouvoir aborder n’importe qui sans dommage pour vous ou pour lui, et vous êtes encore moins héroïques, au point de défier le monde par l’Idée en allant au-devant des vengeances du monde. Aussi dans vos tournées, vous n’irez pas me prêcher parmi les gentils et n’entrerez pas dans les villes de samaritains, mais vous irez vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Il y a encore tant à faire parmi elles, car en vérité je vous dis que les foules qui vous paraissent si nombreuses autour de Moi sont la centième partie de celles qui, en Israël, attendent encore le Messie et ne le connaissent pas et ne savent pas qu’il est vivant. Portez-leur la foi et la connaissance de ma personne.
Sur votre chemin, prêchez en disant: ”
Le Royaume des Cieux est proche”. Que ce soit la base de ce que vous annoncez. Appuyez sur elle votre prédication. Vous avez tant entendu parler par Moi du Royaume! Vous n’avez qu’à répéter ce que je vous ai dit. Mais l’homme, pour être attiré et convaincu par les vérités spirituelles, a besoin de douceurs matérielles comme s’il était un éternel enfant qui n’étudie pas une leçon et n’apprend pas un métier s’il n’est pas alléché par une douceur de la mère ou d’une récompense du maître d’école ou du maître d’apprentissage. Moi, afin que vous ayez le moyen que l’on vous croie et qu’on vous recherche, je vous accorde le don du miracle…”
Les apôtres, sauf Jacques d’Alphée et Jean, bondissent debout, criant, protestant, s’exaltant, chacun suivant son tempérament. Réellement, pour se pavaner à l’idée de faire un miracle, il n’y a que l’Iscariote qui, avec l’inconscience d’une accusation fausse et intéressée, s’écrie:
“Il était temps pour nous de le faire pour que nous ayons un minimum d’autorité sur les foules!”
Jésus le regarde, mais ne dit rien. Pierre et le Zélote qui sont en train de dire:
“Non, Seigneur! Nous ne sommes pas dignes d’une si grande chose! Cela revient aux saints”, interloquent Judas auquel Le Zélote dit:
“Comment te permets-tu de faire un reproche au Maître, homme sot et orgueilleux?”