“Parler au chef de la synagogue… ou parler dans la synagogue?”

“L’un et l’autre. Moi, je ne voudrais parler avec personne ni à personne parce que je sais qu’ils sont opposés à Jésus, et aussi parce que parler là où Lui seul a le droit d’être le Maître me paraît un sacrilège. Mais ils ont tant insisté! Ils veulent me voir après le souper… J’ai presque promis. Et si tu crois que je puisse, par ma parole, leur enlever cet esprit de résistance au Maître, qui est si pénible, moi, bien que la chose me pèse, j’irai et je parlerai. Comme je sais le faire, simplement, cherchant à être très patient devant leur entêtement. Car j’ai bien compris que cela ne vaut rien d’être dur. Oh! je ne tomberai plus dans l’erreur que j’ai faite à Esdrelon! Cf. l'homélie de Judas aux paysans de Doras et de Yokhanan (EMV 260.5) Le Maître en a été chagriné! Il ne m’a rien dit, mais j’ai compris. Je ne le ferai plus. Mais je voudrais quitter Nazareth après l’avoir persuadée que le Maître est le Messie et qu’il faut le croire et l’aimer.”

Judas parle, pendant qu’assis à la table, à la place de Jésus, il mange ce que Marie a préparé. Et cela me fait mal de voir Judas assis à cette place, en face de Marie qui l’écoute et le sert comme une mère.

Maintenant elle répond:

“Ce serait bien, en effet, que les nazaréens comprennent la vérité et l’acceptent. Je ne te retiens pas. Vas-y.

Personne plus que toi ne peut dire si Jésus mérite l’amour. Pense à comme il t’aime et il le montre en t’excusant toujours et en te contentant dès qu’il le peut… Que cette pensée te donne des paroles et une conduite saintes.”

Le souper est vite fini. Judas va arroser les fleurs du jardin avant que la lumière ne baisse trop, et puis il sort, laissant Marie sur la terrasse, occupée à replier le linge qu’elle avait mis à sécher.

264.7 – Et Judas, après avoir salué Alphée de Sarah et Marie de Cléophas qui parlent ensemble à la porte de la maison de celui-là "Celui-là" (quello) au lieu de "cette dernière" (quest'ultimo) qui ne peut s'appliquer à Marie de Cléophas, est une correction de l'éditeur. , va directement à la maison du chef de la synagogue. Il y trouve aussi les deux cousins du Seigneur, outre six autres anciens Un de ces six anciens se rétractera ultérieurement : "Comme un imbécile, j'ai cru tout de suite à tout... Maintenant... assez ! Je crois avoir péché" (EMV 442.1). .

Après de pompeuses salutations, tous s’assoient gravement sur des sièges garnis de coussins et ils se rafraîchissent en buvant des boissons à l’anis ou à la menthe. Elles doivent être bien fraîches, car le broc de métal sue par la différence de température entre le liquide gelé et l’air encore chaud, malgré la brise qui agite le sommet des arbres en venant des collines au nord de Nazareth.

“Je suis content que tu aies accepté de venir. Tu es jeune Un peu de distraction fait du bien” dit le chef de la synagogue qui est plein d’égards pour Judas.

“Je craignais d’être importun en venant avant. Je vous sais dédaigneux à l’égard de Jésus et de ceux qui le suivent…”

“Dédaigneux? Non. Incrédules… et blessés par ses… admettons-le, ses vérités trop crues. Nous croyions que tu nous dédaignais et nous ne t’invitions pas pour ce motif.”

“Vous dédaigner, moi? Mais, au contraire! Je vous comprends très bien… Hé! oui! Mais je crois que la paix finira par se faire entre vous et Lui. À Lui cela convient toujours et de même à vous. À Lui parce qu’il a besoin de tout le monde, et à vous parce qu’il ne vous convient pas de prendre le nom d’ennemis du Messie.”

“Et tu le crois vraiment tel? demande Joseph d’Alphée. En Lui il n’y a rien de la figure royale qu’on nous a prophétisée. C’est peut-être parce que nous nous souvenons qu’il était menuisier… Mais… Où est en Lui le roi libérateur?”

“David aussi ne semblait être qu’un pastoureau 1 Samuel 16,11. . Mais vous voyez qu’il n’y a pas eu de roi plus grand que David. Salomon lui-même, dans sa gloire, ne l’a pas égalé. Car, enfin, Salomon n’a fait que continuer David, et il n’a jamais été inspiré comme lui.

Alors que, David! Mais considérez la figure de David! Elle est gigantesque, d’une royauté qui déjà effleure le Ciel. Ne vous basez donc pas sur les origines du Christ pour douter de sa royauté. David, roi et pasteur, ou mieux pasteur puis roi. Jésus, roi et menuisier ou plutôt menuisier et puis roi.”

264.8 – “Tu parles comme un rabbi. On sent en toi quelqu’un qui a reçu l’éducation du Temple, dit le chef de la synagogue. Et tu pourrais faire savoir au Sanhédrin que moi, le chef de la synagogue, j’ai besoin de l’aide du Temple pour une cause particulière?”

“Mais oui! Mais certainement! Avec Eléazar! Imagine! Et puis Joseph l’Ancien, tu sais? Le riche d’Arimathie. Et puis le scribe Sadoq… et puis… oh! Tu n’as qu’à parler.”

“Alors, demain, sois mon hôte. Nous parlerons.”

“Ton hôte. Non. Je n’abandonne pas cette femme sainte et affligée qu’est Marie. Je suis venu exprès pour lui tenir compagnie…”

“Qu’a donc notre parente? Nous savons qu’elle est en bonne santé et heureuse dans sa pauvreté…” dit Simon d’Alphée.

“Oui, et nous ne l’abandonnons pas, dit en soupirant Joseph d’Alphée. Ma mère est toujours auprès d’elle, et moi aussi de même que ma femme. Bien que… bien que je ne puisse lui pardonner sa faiblesse envers son Fils et aussi la douleur de mon père qui, à cause de Jésus, est mort avec seulement deux de ses fils près de son lit. Et puis! Et puis!… Mais les ennuis de famille ne se crient pas sur les toits!”

“Tu as raison. On en parle à voix basse et en secret, en les épanchant dans un cœur ami. Mais, il en est ainsi de beaucoup de douleurs! Moi aussi, j’ai les miennes, comme disciple… Mais n’en parlons pas!”

“Parlons-en, au contraire! Qu’y a-t-il? Des ennuis pour Jésus? Nous n’approuvons pas sa conduite. Mais nous sommes quand même parents. Et disposés à faire cause commune avec Lui, contre ses ennemis. Parle!” dit encore Joseph.

“Des ennuis? Non! Je parlais ainsi pour dire… Et puis les douleurs d’un disciple sont si nombreuses! Ce n’est pas seulement la douleur pour la façon dont le Maître agit avec les amis et les ennemis, en se faisant tort, mais aussi de voir qu’il n’est pas aimé. Je voudrais que vous tous l’aimiez…”