264.4 – …Et ce n’est plus le matin, mais la fin d’un crépuscule puissant. Nazareth ouvre les portes de ses maisons, fermées pendant tout le jour à la féroce chaleur estivale du jour, et d’un jour d’Orient en plus.
Femmes, hommes, enfants sortent dans les jardins ou dans les rues encore chaudes, mais où il n’y a plus de soleil, à la recherche de l’air, ou à la fontaine, ou aux jeux, à leurs conversations… en attendant le souper. Grandes salutations, bavardages, éclats de rire et cris, respectivement entre hommes, femmes et enfants.
Judas sort aussi et se dirige vers la fontaine avec les brocs de cuivre. Les nazaréens le voient et le désignent par son surnom “le disciple du Temple”, ce qui résonne comme une musique en arrivant aux oreilles de Judas. Il passe en saluant aimablement, mais avec une réserve qui, si elle n’est pas encore de l’orgueil hautain, en est très voisin.
“Tu es très bon avec Marie, Judas” lui dit un nazaréen barbu.
“Elle mérite cela et davantage encore. C’est vraiment une grande femme d’Israël. Heureux êtes-vous de l’avoir comme concitoyenne.”
L’éloge de la femme de Nazareth plaît beaucoup aux nazaréens qui se répètent l’un à l’autre ce que Judas a dit.
Lui, pendant ce temps, arrivé à la fontaine, attend son tour et pousse la courtoisie jusqu’à porter les brocs d’une petite vieille qui n’en finit plus de le bénir, et jusqu’à prendre de l’eau pour deux femmes qui sont gênées par un bébé qu’elles tiennent dans leurs bras. En relevant un peu leurs voiles, elles murmurent:
“Dieu t’en récompense.”
“L’amour du prochain est le premier devoir d’un ami de Jésus” dit en s’inclinant l’Iscariote.
Puis il remplit ses brocs pour revenir ensuite à la maison.
264.5 – Il est arrêté, pendant qu’il y revient, par le chef de la synagogue de Nazareth et d’autres qui l’invitent à parler le sabbat suivant.
“Il y a deux semaines que tu es avec nous et tu n’as pas fait d’autre instruction que celle d’une grande courtoisie pour nous tous” dit, en se lamentant, le chef de la synagogue qui est avec d’autres anciens du pays.
“Mais s’il ne vous plaît pas d’entendre la parole de votre fils le plus grand, est-ce que celle de son disciple pourrait vous être agréable, et si de plus il est juif?” répond Judas.
“Ton soupçon est injuste et nous attriste. Notre invitation est franche. Tu es disciple et juif, c’est vrai. Mais tu es du Temple. Tu peux donc parler, car au Temple il y a la doctrine. Le fils de Joseph n’est qu’un menuisier…”
“Mais, c’est le Messie!”
“Il le dit, Lui… Mais est-de que c’est vrai? Ou bien ne délire-t-il pas?”
“Mais sa sainteté, nazaréen! Sa sainteté!” Judas est scandalisé de l’incrédulité des nazaréens.
“Elle est grande, c’est vrai. Mais de là à être le Messie!… Et puis… pourquoi son langage est-il si dur?”
“Dur? Non! À moi il ne semble pas dur. Mais plutôt, voilà, cela oui, il est trop sincère et trop intransigeant. Il ne laisse pas une faute cachée. Il n’hésite pas à dénoncer un abus… et cela déplaît. Il met le doigt juste sur la plaie, et cela fait mal. Mais c’est par sainteté. Oh! certainement! Ce n’est que pour cela qu’il agit ainsi. Je Lui l’ai dit plusieurs fois: “Jésus, tu te lais tort”. Mais il ne veut pas en convenir”
“Tu l’aimes beaucoup et, instruit comme tu l’es, tu pourrais le guider.”
“Oh! Instruit, non… Mais pratique, cela oui. Du Temple vous savez!? Je connais les usages. J’ai des amis. Le fils d’Hanne est pour moi comme un frère. Et même, si vous voulez quelque chose du Sanhédrin, dites-le, dites-le… Mais maintenant, laissez-moi porter l’eau à Marie qui m’attend pour le souper.”
“Reviens après. Sur ma terrasse, il fait frais. Nous serons entre amis et nous parlerons…”
“Oui. Adieu”
264.6 – Judas va à la maison où il s’excuse auprès de Marie d’avoir tardé parce qu’il a été retenu par le chef de la synagogue et des anciens du pays. Et il dit en terminant:
“Ils voudraient que je parle au prochain sabbat… Le Maître ne me l’a pas commandé. Toi, qu’en dis-tu, Mère? Toi, guide-moi.”