“Fils, je venais t’en parler…”
“Il a fait du mal? Il t’a causé de la douleur?”
“Non. Mais il m’a fait la peine que j’aurais en voyant quelqu’un très infecté… Pauvre fils! Comme son esprit est malade!”
“Et tu en as pitié? Tu n’en as plus peur? Autrefois tu en avais peur…”
“Mon Fils, ma pitié est encore plus grande que ma peur. Et je voudrais t’aider, Toi et lui, à sauver son esprit. Tu peux tout, et tu n’as pas besoin de moi. Mais tu dis que tous doivent coopérer avec le Christ au rachat… et ce fils a tellement besoin de rédemption!”
“Que dois-je faire de plus que ce que je fais pour lui?”
“Tu ne peux pas faire plus, mais tu pourrais me laisser faire. Il m’a prié de lui permettre de rester dans notre maison, car il lui semble que là il pourra se délivrer de son monstre… Tu secoues la tête? Tu ne veux pas? Je le lui dirai…”
“Non, Maman. Ce n’est pas que je ne veuille pas. Je secoue la tête parce que je sais que c’est inutile. Judas est comme quelqu’un qui se noie et qui, bien qu’il sente qu’il se noie, repousse par orgueil la corde qu’on lui envoie pour le ramener à la rive. Parfois, pris par la terreur de se noyer, il cherche et appelle à l’aide, il s’y cramponne… et puis, repris par l’orgueil, il lâche la corde, la repousse, veut se tirer d’affaire tout seul… et il s’enfonce toujours plus dans l’eau fangeuse qui l’engloutit. Mais pour qu’on ne dise pas que j’ai laissé un remède sans l’essayer, qu’on fasse encore cet essai, pauvre Maman… Oui, pauvre Maman qui te soumets, pour l’amour d’une âme, à la souffrance d’avoir tout près… quelqu’un qui te fait peur”
“Non, Jésus. Ne dis pas cela. Je suis une pauvre femme car je suis encore sujette aux antipathies. Reproche-le-moi. Je le mérite. Je ne devrais avoir de répulsion pour personne, par amour pour Toi. Mais je ne suis pas pauvre pour autre chose. Oh! si je pouvais te rendre Judas spirituellement guéri!
Te donner une âme, c’est te donner un trésor, et qui donne des trésors n’est pas pauvre. Fils!…
Je vais dire à Judas que oui, tu le permets? Tu l’as dit Tu l'as dit en EMV 157.7. Je l'ai dit, en EMV 168.9. : “Il viendra un temps où tu diras: ‘Comme il est difficile d’être la Mère du Rédempteur’ ”. Je l’ai déjà dit une fois… pour Aglaé… Mais qu’est- ce jamais qu’une fois? L’humanité est si nombreuse! Et tu es le Rédempteur de tous. Fils!… Fils!… Comme j’ai tenu dans mes bras le bébé pour que tu lui donnes ta bénédiction, laisse-moi prendre Judas dans mes bras pour l’amener à ta bénédiction…”
“Maman… Maman il ne te mérite pas…”
“Mon Jésus, quand tu hésitais à donner Marziam à Pierre, je t’ai dit que cela l’aurait épanoui. Tu ne peux pas dire que Pierre n’est pas devenu un autre homme, depuis ce moment… Laisse-moi faire avec Judas.”
“Qu’il en soit comme tu veux! Et que tu sois bénie pour ton intention d’amour envers Moi et envers Judas! Maintenant prions ensemble, Maman. C’est si doux de prier avec toi!…”
262.8 – …Le crépuscule est à peine commencé quand je vois le départ de la maison qui les a reçus.
Jean d’En-Dor et Hermastée font leurs adieux à Jésus tout de suite après avoir rejoint la route. Marie, de son côté, avec les femmes poursuit sa route avec le Fils à travers les oliviers des collines. Ils parlent, et naturellement des événements du jour.
Pierre dit:
“Un beau fou, ce Philippe! Il allait presque renier sa femme et sa fille si tu ne lui avais pas fait entendre raison.”
“Espérons pourtant qu’il garde son actuel repentir et qu’il ne soit pas repris tout de suite par la manie de déprécier les femmes. Au fond… c’est grâce aux femmes que le monde progresse” dit Thomas et plusieurs rient de la sortie.
“Bien sûr, c’est vrai. Mais elles sont plus impures que nous et…” répond Barthélemy.
“Allons! Quant à l’impureté!… Nous aussi nous ne sommes pas des anges. Voilà, je voudrais savoir si, après la Rédemption, ce sera toujours la même chose pour la femme. Nous apprenons à honorer la mère, à avoir le plus grand respect pour les sœurs, les filles, les tantes, les belles-filles, les belles-sœurs, et puis… Anathème par-ci, anathème par-là!
Au Temple, pas question. Les fréquenter souvent, non… C’est Ève qui a péché? D’accord. Mais Adam aussi. Dieu a donné à Ève sa punition, n’est-ce pas assez?”
“Mais, Thomas! Même Moïse regarde la femme comme impure.”
“Et lui, sans les femmes, serait mort noyé… Pourtant, écoute Barthélemy, je te rappelle, bien que je ne sois pas instruit comme toi mais seulement un orfèvre, que Moïse parle des impuretés charnelles de la femme, pour qu’on la respecte, non pas pour jeter sur elle l’anathème.”
262.9 – La discussion s’enflamme. Jésus, qui était en avant justement avec les femmes et avec Jean et Judas Iscariote, s’arrête, se retourne et intervient: