“Oui. Je n’éprouve pas de honte parce que tu es mère et tellement bonne. Tu es vraiment la paix parmi nous.
262.6 – Moi… moi, je me sens très troublé. J’ai un très mauvais caractère, Marie. Je ne sais ce que j’ai dans le sang et dans le cœur… De temps en temps je ne sais plus leur commander… et alors je ferais les choses les plus étranges… et les plus mauvaises.”
“Même avec Jésus tout près, tu ne réussis plus à résister à celui qui te tente?”
“Même alors. Et j’en souffre, crois-le. Mais c’est ainsi. Je suis un malheureux.”
“Je prierai pour toi, Judas.”
“Cela ne suffit pas.”
“Je ferai prier sans dire pour qui est la prière que je demande aux justes.”
“Ce n’est pas suffisant.”
“Je ferai prier les enfants. Il y en a tant qui viennent chez moi, dans mon jardin, comme des oiseaux qui cherchent du grain. Et le grain, ce sont les caresses et les paroles que je leur donne. Je parle de Dieu… Et eux, innocents, préfèrent cela aux jeux et aux histoires. La prière des enfants est agréable au Seigneur.”
“Jamais autant que la tienne, mais cela ne suffit pas encore.”
“Je dirai à Jésus de prier le Père pour toi.”
“Cela ne suffit pas encore.”
“Mais il n’y a rien de plus que cela! La prière de Jésus triomphe même des démons…”
“Oui, mais Jésus ne prierait pas toujours et j’en reviendrais à être moi… Jésus ne cesse de le dire, il s’en ira un jour. Je dois penser au moment où je serai sans Lui. Jésus, maintenant, veut nous envoyer évangéliser. J’ai peur de m’en aller avec cet ennemi qui est le mien, que je suis moi-même, pour répandre la parole de Dieu. Je voudrais être formé pour cette heure.”
“Mais, mon fils, si Jésus Lui-même ne réussit pas, qui veux-tu qui le puisse?”
“Toi, Mère! Permets-moi de rester un peu de temps avec toi. Les païens et les courtisanes y sont restés. Je peux y rester moi aussi. Si tu ne veux pas que je reste pendant la nuit là où tu vis, j’irai dormir chez Alphée et chez Marie de Cléophas, mais la journée, je la passerai avec toi, avec les enfants. Les autres fois j’ai cherché à agir par moi-même et cela a été pire. Dis Si je vais à Jérusalem, j’ai trop d’amis mauvais, et dans les conditions où je me trouve, quand cela me prend, je deviens leur jouet… Si je vais dans une autre ville, c’est la même chose. La tentation de la route m’enflamme en même temps que celle que j’ai déjà. Si je vais à Kérioth, près de ma mère, l’orgueil me rend esclave. Si je vais dans la solitude, le silence me déchire par les voix de Satan. Mais, chez toi… Oh! chez toi, je sens que ce sera différent!… Permets-moi de venir! Dis à Jésus qu’il me l’accorde! Veux-tu que je me perde? As-tu peur de moi? Tu me regardes avec le regard d’une gazelle blessée qui n’a plus la force de fuir devant ceux qui l’assaillent. Mais je ne t’offenserai pas. J’ai une mère, moi aussi… et je t’aime plus que ma mère. Aie pitié d’un pécheur, Marie! Regarde: je pleure à tes pieds… Si tu me repousses, ce peut être ma mort spirituelle…”
Judas pleure réellement aux pieds de Marie qui le regarde d’un regard de pitié et d’angoisse mêlées de peur.
Elle est très pâle. Mais pourtant elle fait un pas en avant car elle s’était presque enfoncée dans la haie pour fuir Judas qui s’approchait trop, et elle met la main sur les cheveux bruns de l’Iscariote.
“Tais-toi! Qu’on ne t’entende pas. Je parlerai à Jésus et si Lui le veut… tu viendras dans ma maison. Je ne me soucie pas du jugement du monde. Il ne blesse pas mon âme et ce serait seulement d’être coupable moi envers Dieu que j’aurais horreur. La calomnie me laisse indifférente. Mais je ne serai pas calomniée parce que Nazareth sait que sa fille n’est pas un scandale pour sa ville. Et puis, advienne que pourra, je tiens à ce que tu te sauves en ton esprit. Je vais trouver Jésus. Reste en paix.”
Elle s’enveloppe dans son voile, blanc comme son vêtement, elle s’en va rapidement par le sentier qui mène à un petit coteau couvert d’oliviers.
262.7 – Elle cherche son Jésus et le trouve absorbé dans une méditation profonde.
“Fils, c’est moi… Écoute-moi!”
“Oh! Maman! Tu viens prier avec Moi? Quelle joie, quel soulagement tu me donnes!”
“Quoi, mon Fils? Tu es fatigué en ton esprit? Triste? Dis-le à ta Mère!”
“Fatigué, tu l’as dit, et affligé. Non pas tant par la fatigue et les misères que je vois dans les cœurs, que de voir que ne changent pas ceux qui sont mes amis. Mais je ne veux pas être injuste envers eux. Un seul me fatigue et c’est Judas de Simon…”