“Merci, Maître!” dit tout bas la belle-mère. “Lui, depuis hier, était très cruel…”

L’homme redescend après quelques minutes et dit:

“Je l’ai fait, Seigneur. La femme te remercie et elle dit de te demander le nom de la petite car… car je lui avais destiné un nom trop déplaisant dans ma haine injuste…”

“Appelle-la Marie. Elle a bu des larmes amères Larmes amères : Jésus fait allusion à l'une des nombreuses significations du prénom Marie. Celle-ci part de la racine M(a)RR(a) ou MaRiRi, qui signifie "amère". avec la première goutte de lait, amères aussi à cause de ta dureté. Elle peut s’appeler Marie, et Marie l’aimera. N’est-ce pas, Mère?”

“Oui, pauvre petite. Elle est si gracieuse et sûrement elle sera bonne en devenant une petite étoile du Cie!”

262.5 – Ils reviennent dans la pièce où les apôtres fatigués dorment d’un lourd sommeil, sauf l’Iscariote qui semble sur des épines.

“Tu voulais me voir, Judas?” demande Jésus.

“Non Maître, mais je n’arrive pas à dormir et je voudrais sortir un peu.”

“Qui t’en empêche? Moi aussi je sors. Je monte sur ce petit coteau. Il est tout ombragé… Je me reposerai en priant. Veux-tu venir avec Moi?”

“Non, Maître. Je te troublerais car je ne suis pas en état de prier. Peut-être… peut-être je ne me sens pas bien et cela me trouble…”

“Reste, alors. Je ne force personne. Adieu. Adieu, femmes. Mère, quand Jean d’En-Dor se réveillera, envoie-le-moi, tout seul”

“Oui, Fils. La paix soit avec Toi.”

Jésus sort. Marie et Suzanne se penchent pour regarder l’étoffe sur le métier. Marie s’assied, les mains sur les genoux. Peut-être prie-t-elle, elle aussi.

Marie d’Alphée se lasse vite de regarder le travail. Elle s’assoit dans le coin le plus sombre et s’endort rapidement. Suzanne pense bien à l’imiter.

Restent éveillés Marie et Judas. L’une toute recueillie en elle-même, l’autre qui la regarde, les yeux bien ouverts sans jamais la perdre de vue.

Enfin il se lève et s’approche d’elle lentement, sans faire de bruit. Je ne sais pourquoi, mais malgré son indéniable beauté, il me fait penser à un félin ou un serpent qui s’approche de sa proie. Peut-être est-ce l’antipathie que j’ai pour lui qui me fait voir sournois et cruel même son pas… Il appelle à voix basse:

“Marie!”

“Que veux-tu de moi, Judas?” demande doucement Marie et elle le regarde de son œil très doux.

“Je voudrais te parler…”

“Parle. Je t’écoute.”

“Pas ici… Je ne voudrais pas qu’on m’entende… Ne pourrais-tu sortir un peu, là dehors? Là aussi il y a de l’ombre…”

“Allons-y donc. Mais, tu vois… Tout le monde dort… Tu pouvais parler aussi ici” dit la Vierge. Pourtant elle se lève et sort la première en s’adossant à la haute haie fleurie.

“Que veux-tu de moi, Judas?” demande-t-elle de nouveau en fixant d’un regard pénétrant l’apôtre qui se trouble un peu et semble avoir du mal à trouver les mots.

“Tu te sens mal? Ou bien tu as fait du mal et tu ne sais comment le dire? Ou encore tu te sens sur le point de mal agir et il t’est pénible d’avouer que tu es tenté? Parle, fils. Comme j’ai soigné ta chair, je soignerai ton âme. Dis-moi ce qui te trouble, et si je peux, je te rendrai la sérénité. Si je ne pouvais toute seule, je le dirais à Jésus. Même si tu avais beaucoup péché, Lui te pardonnera si je Lui demande pardon pour toi.

Vraiment Jésus aussi te pardonnerait tout de suite… Mais peut-être, à Lui, le Maître, tu as honte de t’adresser. Je suis une mère… Tu n’as pas honte de t’adresser à moi…”