“Oui, il y a l’ombre et le silence. Nous allons finir par nous endormir” confirme Pierre déjà à demi-assoupi.
“D’ici trois jours, nous serons pour longtemps dans nos maisons. Vous vous reposerez, car vous irez évangéliser dans les environs immédiats de Capharnaüm” dit Jésus.
“Et Toi?”
“Moi, je resterai à Capharnaüm presque toujours avec des séjours à Bethsaïde. Et j’évangéliserai ceux qui me rejoignent là. Puis, au début de la lune de Tisri Tishri : Mi-septembre. , nous reprendrons nos voyages. Le soir, cependant, je continuerai à vous perfectionner…”
Jésus se tait, voyant que le sommeil rend ses paroles inutiles. Il sourit en secouant la tête, en regardant le groupe de personnes que la fatigue a épuisées et qui, dans des poses plus ou moins commodes, se laissent aller au sommeil. Le silence de la maison et de la campagne ensoleillée est complet. On dirait un lieu enchanté. Jésus se met sur le seuil de la porte, près de la haie fleurie, et il regarde à travers les branches les douces collines de Galilée rendues toutes grises par les oliviers immobiles.
262.3 – Un léger bruit de pas qu’accompagne la plainte incertaine de nouveau-né résonne au-dessus de sa tête. Jésus lève son visage en souriant à sa Mère qui descend, portant dans ses bras un petit paquet tout blanc d’où émergent trois petites choses rouges: une petite tête et deux petits poings qui s’agitent.
“Regarde, Jésus, quelle belle enfant! Elle te ressemble un peu quand tu avais un jour. Tu étais blond comme cela, au point de paraître sans cheveux s’ils ne s’étaient dès ce moment soulevés en légères boucles, comme un flocon de nuage, et tu étais ainsi comme une rose pour le teint. Et regarde, regarde, maintenant qu’elle ouvre ses petits yeux dans cette ombre et qu’elle cherche le sein, elle a tes yeux bleu foncé…Oh! chérie! Mais moi, je n’ai pas le lait, petite, petite rose, ma petite tourterelle!”.
La Vierge berce la petite qui apaise son vagissement en un vrai gargouillis de petite tourterelle, et s’endort.
“Maman, c’est ainsi que tu faisais avec Moi?” demande Jésus qui regarde sa Mère bercer la petite, en appuyant sa joue sur la petite tête blonde.
“Oui, Fils. Mais à Toi Je disais: “Mon petit agneau”. Elle est belle, n’est-ce pas?”
“Elle est belle et robuste. La mère peut en être heureuse” approuve Jésus, penché Lui aussi pour regarder le sommeil de l’innocente.
“Par contre, elle ne l’est pas… Le mari est fâché parce que tous ses enfants sont des filles. C’est vrai qu’avec les champs que nous avons, il vaut mieux des garçons, mais ce n’est pas la faute de notre fille…” dit en soupirant la maîtresse de maison, qui vient d’arriver.
“Ils sont jeunes. Ils s’aiment et auront aussi des garçons” dit avec assurance le Seigneur.
262.4 – “Voici Philippe… maintenant il va faire sombre…” dit la femme, troublée. Et elle dit plus fort:
“Philippe, il y a le Rabbi de Nazareth.”
“Très heureux de le voir. Paix à Toi, Maître.”
“Et à toi, Philippe. J’ai vu ta belle petite. Je suis même encore en train de la regarder car elle mérite des compliments. Dieu te bénit en te donnant de beaux enfants, sains et bons. Tu dois Lui en être reconnaissant… Tu ne réponds pas? Tu sembles fâché…”
“J’espérais avoir un garçon, moi!”
“Tu ne voudras pourtant pas me dire que tu es injuste en accusant l’innocente d’être une fille, et encore moins en te montrant dur envers ton épouse?” demande Jésus avec sévérité.
“Moi, je voulais un garçon! Pour le Seigneur et pour moi!” s’écrie Philippe, fâché.
“Et c’est par l’injustice et la révolte que tu crois l’obtenir? Tu as lu peut-être la pensée de Dieu? Es-tu plus que Lui pour Lui dire: “Fais ainsi, car c’est juste”? Cette femme qui est ma disciple n’a pas d’enfants et elle est arrivée à me dire: “Je bénis ma stérilité qui me donne des ailes pour te suivre”.
Et elle, mère de quatre garçons, aspire au moment où tous les quatre ne lui appartiendront plus. Est-ce vrai, Suzanne et Marie? Tu les entends? Et toi, marié depuis peu d’années à une femme féconde, béni par trois boutons de rose qui demandent ton amour, tu es fâché? Avec qui? Pourquoi? Tu ne veux pas le dire? Moi, je te le dis: parce que tu es un égoïste. Quitte tout de suite ta rancœur, ouvre les bras à cette enfant qui est née de toi et aime-la. Allons! Prends-la!”
Et Jésus prend le paquet de lin et le met dans les bras du jeune père. Jésus reprend:
“Va auprès de ta femme qui pleure, et dis-lui que tu l’aimes. Ou bien Dieu vraiment ne te donnera jamais à l’avenir de garçon. Je te le dis. Va!…”
L’homme monte dans la chambre où se trouve son épouse.