“Tu n’es pas d’ici. Tu n’es pas prêtre, ni juge. Tu n’es rien. Tu es l’étranger.”
“Oui, je suis l’Étranger car la Terre n’est pas mon Royaume. Mais je suis Juge et Prêtre. Non seulement de cette petite portion d’Israël, mais de tout Israël et du monde entier.”
“Allons, allons! Nous n’avons affaire avec un fou” dit l’autre témoin et il pousse Jésus pour l’écarter.
“Tu ne feras pas un pas de plus” tonne Jésus en le regardant d’un regard de miracle qui subjugue et paralyse, comme il rend la vie et la joie quand il le veut. “Tu ne fais pas un pas de plus!
248.9 – Tu ne crois pas à ce que je dis? Eh bien, alors, regarde. Ici, il n’y a pas la poussière du Temple, ni son eau, et il n’y a pas de paroles écrites avec de l’encre pour rendre très amère l’eau qui est le jugement pour la jalousie et l’adultère. Mais ici, il y a Moi. Et c’est Moi qui rends le jugement.”
La voix de Jésus est une sonnerie de trompette tant elle est pénétrante.
Les gens se bousculent pour voir. Seules Marie très Sainte et Marie d’Alphée sont restées pour secourir la mère évanouie.
“Et voici comment je juge. Donnez-moi une pincée de la poussière de la route et une goutte d’eau dans un vase. Et pendant qu’on me les donne, vous les accusateurs, et toi l’accusé, répondez-moi. Es-tu innocent, fils? Dis-le avec sincérité à Celui qui est pour toi le Sauveur.”
“Je le suis, Seigneur.”
“Aser, peux-tu jurer n’avoir dit que la vérité?”
“Je le jure. Je n’aurais pas de raison de mentir. Je le jure par l’autel. Que descende du Ciel une flamme qui me brûle si je ne dis pas la vérité.”
“Jacob, peux-tu jurer que tu es sincère dans l’accusation et sans un motif secret qui te pousse à mentir?”
“Je le jure par Jéhovah (Geové). Seul l’amour pour mon ami assassiné me pousse à parler. Avec celui-ci, je n’ai rien de personnel.”
“Et toi, serviteur, peux-tu jurer d’avoir dit la vérité?”
“Je le jure mille fois, s’il le faut! Mon maître! Mon pauvre maître!”
Il pleure en cachant sa tête avec son manteau.
“C’est bien. Voici l’eau et voici la poussière. Et voici la parole: “Toi, Père Saint et Dieu Très-Haut, accomplis par mon intermédiaire le jugement de vérité pour que vie et honneur soient rendus à l’innocent et à sa mère désolée, et un juste châtiment à qui n’est pas innocent. Mais, pour la grâce que j’ai à tes yeux, ni flamme, ni mort, mais qu’une longue expiation arrive à ceux qui ont commis le péché.”
Il dit ces paroles en tenant les mains étendues sur le vase comme fait le prêtre pendant la Messe, à l’offertoire. Puis il plonge sa main droite dans le vase et de sa main mouillée il asperge les quatre qui sont soumis au jugement et leur fait boire une gorgée de cette eau, d’abord au jeune homme, puis aux trois autres. Ensuite il croise les bras sur sa poitrine et les regarde.
248.10 – La foule aussi regarde et après un moment pousse un cri et se jette le visage contre terre. Alors les quatre qui étaient alignés se regardent entre eux, et crient à leur tour. Le premier, le jeune homme, crie de stupeur, les autres d’horreur, car ils voient leurs visages couverts d’une lèpre subite, alors que le jeune homme en est indemne.
Le serviteur se jette aux pieds de Jésus qui s’écarte comme tout le monde, y compris les soldats, et il s’écarte en prenant par la main le jeune Abel pour qu’il ne se contamine pas près des trois lépreux. Et le serviteur crie:
“Non! Non! Pardon! Je suis lépreux! Ce sont eux qui m’ont payé pour retarder le maître jusqu’au soir pour le frapper sur le chemin désert. Ils m’ont fait exprès déferrer la mule. Ils m’ont appris à mentir en disant que j’étais venu en avant. Au contraire, j’étais avec eux pour le tuer et je dis aussi pourquoi ils l’ont fait. Parce que Joël s’était aperçu que Jacob aimait sa jeune femme et parce qu’Aser voulait la mère d’Abel et qu’elle le repoussait. Ils se sont mis d’accord pour se débarrasser en même temps de Joël et d’Abel et jouir des femmes. J’ai parlé. Enlève-moi la lèpre, enlève-la-moi! Abel, tu es bon, prie pour moi!”
“Toi, va auprès de ta mère. Qu’en sortant de son évanouissement elle voie ton visage et revienne à une vie tranquille. Et vous… À vous je devrais dire: “Qu’il vous soit fait ce que vous avez fait”. Et ce serait humaine justice. Mais je vous livre à une expiation surhumaine. La lèpre, dont vous êtes horrifiés, vous préserve d’être saisis et tués comme vous le méritez. Peuple de Bethléem, écartez- vous, ouvrez-vous comme les eaux de la mer pour les laisser aller à leur longue galère. Galère terrible! Plus atroce qu’une mort immédiate. Et c’est une pitié de Dieu pour leur donner possibilité de se repentir, s’ils le veulent. Allez!”
La foule se colle aux murs pour laisser libre le milieu du chemin. Les trois, recouverts de la lèpre comme s’ils étaient malades depuis des années, s’en vont, l’un derrière l’autre, vers la montagne. Dans le silence du crépuscule qui descend et qui a fait taire toutes les voix d’oiseaux et de quadrupèdes, on n’entend que leurs pleurs.
“Purifiez le chemin avec quantité d’eau après y avoir allumé le feu. Et vous, soldats: allez rapporter que justice est faite et faite selon la plus parfaite loi mosaïque.”
Jésus se dispose à aller où sa Mère et Marie d’Alphée continuent de secourir la femme qui revient lentement à elle, pendant que son fils caresse ses mains glacées et les baise.