248.11 – Mais les gens de Bethléem, avec un respect mêlé de crainte, le prient:

“Parle-nous, Seigneur. Tu es réellement puissant. Tu es certainement Celui dont a parlé l’homme qui en passant par ici a annoncé le Messie.”

“Je parlerai à la nuit, près du bercail des bergers. Pour l’instant, je vais aider la mère à se rétablir.”

Et il va trouver la femme qui est assise sur les genoux de Marie d’Alphée. Elle se remet de plus en plus en regardant le visage affectueux de Marie qui lui sourit. Elle ne se rend pas bien compte jusqu’au moment où elle dirige son regard sur la chevelure d’ébène de son fils qui est penché sur ses mains tremblantes et elle demande:

“Je suis morte, moi aussi? Ce sont les Limbes?”

“Non, femme, c’est la Terre et celui-ci est ton fils, sauvé de la mort. Et Celui-là, c’est Jésus, mon Fils, le Sauveur.”

La femme a un premier mouvement, bien humain. Elle rassemble ses forces et s’avance pour prendre la tête inclinée de son enfant. Elle le voit sain et sauf, l’embrasse avec frénésie, pleurant, riant, retrouvant tous les noms qu’elle lui donnait quand il était petit pour lui dire sa joie.

“Oui, maman, oui. Mais maintenant, regarde, non pas moi, mais Lui. Lui qui m’a sauvé. Bénis le Seigneur.”

La femme, encore trop faible pour se lever ou pour se mettre à genoux, tend ses mains qui tremblent et saignent encore. Elle prend la main de Jésus en la couvrant de baisers et de larmes.

Jésus lui met sa main gauche sur la tête, en lui disant:

“Sois heureuse, en paix et sois toujours bonne. Et toi aussi, Abel.”

“Non, mon Seigneur. Ma vie et celle de mon fils sont à Toi parce que tu les as sauvées. Permets-lui d’aller avec les disciples, comme déjà il le désirait depuis qu’ils sont venus ici. Je te le donne avec tant de joie et je te prie de permettre que moi je le suive pour le servir et servir les serviteurs de Dieu.”

“Et ta maison?”

“Oh! Seigneur! Est-ce que quelqu’un qui renaît à la vie peut avoir les sentiments qu’il avait avant de mourir? Par Toi, Mirta est sortie de la mort et de l’enfer. Dans ce pays, je pourrais arriver à haïr ceux qui m’ont torturée dans mon enfant.

Et tu prêches l’amour, je le sais. Permets donc à la pauvre Mirta d’aimer le Seul qui mérite l’amour, sa mission, ses serviteurs. Maintenant, je suis encore épuisée et ne pourrais te suivre. Mais, dès que je le pourrai, permets-le-moi, Seigneur. Je serai à ta suite et près de mon Abel…”

“Tu suivras ton fils, et Moi avec lui. Sois heureuse. Sois en paix, maintenant. Avec ma paix. Adieu.”

Et, pendant que la femme soutenue par son fils et quelques pieuses personnes rentre à la maison, Jésus, avec les bergers, les apôtres, la Mère et Marie d’Alphée, sort du pays pour se rendre ensuite au bercail situé à l’extrémité d’une rue qui débouche dans les champs…

248.12 – …Un grand feu a été allumé pour éclairer la réunion. Assis en demi-cercle dans les champs, un grand nombre de gens attendent que Jésus vienne parler. En attendant, ils parlent des événements du jour. Abel aussi est là avec beaucoup de gens qui se félicitent en disant que tous croyaient à son innocence.

“Mais, vous étiez prêts à me tuer, pourtant! Même toi qui m’avais salué à la porte de ma maison, à l’heure où on tuait Joël” ne peut se retenir de répondre le jeune homme.

Et il ajoute:

“Mais moi, je te pardonne au nom de Jésus.”

Voilà que Jésus vient du bercail vers eux. Grand, vêtu de blanc, entouré par les apôtres, suivi par les bergers et les femmes.

“La paix à vous tous!

Si ma venue a servi à instaurer le Règne de Dieu parmi vous, que béni soit le Seigneur. Si ma venue a servi à faire éclater une innocence, que béni soit le Seigneur. Si le fait d’être arrivé à temps pour empêcher un crime sert aussi à donner à trois coupables un moyen de se racheter, que béni soit le Seigneur.

Maintenant cette journée nous incite à méditer un grand nombre de choses. Nous les méditerons pendant que la nuit descend pour envelopper de ténèbres la joie de deux cœurs et le remords de trois autres. Dans ses ténèbres, elle voile comme sous un voile pudique les larmes joyeuses des premiers et les larmes brûlantes des autres que cependant Dieu voit. Entre toutes ces choses, il y a cette tendance à considérer comme nul et inutile ce que Dieu a donné par la Loi.

248.13 – La Loi donnée par Dieu est théoriquement très observée en Israël, mais réellement elle ne l’est pas. La Loi est là, analysée, disséquée, mise en morceaux au point de la faire mourir par des tortures subtiles. Elle est là. Mais comme un cadavre momifié, elle est sans vie, sans respiration, sans circulation de sang bien qu’elle ait l’apparence de quelqu’un que le sommeil a immobilisé, ainsi la Loi n’a ni vie, ni respiration, ni sang en trop, trop, trop de cœurs. Sur une momie, on s’assoit comme sur un tabouret, sur une momie on peut poser des objets, des vêtements, même des ordures si on veut, et elle ne se révolte pas parce qu’elle n’a pas de vie. Ainsi trop de gens font de la Loi un tabouret, un appui, une décharge pour leurs ordures, certains qu’elle ne se révolte pas en leur conscience parce que, pour eux, elle est morte.

Je pourrais comparer une grande partie d’Israël aux forêts pétrifiées que l’on voit çà et là dans la vallée du Nil et dans le désert de l’Égypte Voir, à ce propos, les travaux de Jean-François Lavère. . C’étaient des bois et des bois de plantes vivantes, nourries par la sève, bruissantes au soleil, couvertes de beaux feuillages, de fleurs, de fruits. Elles faisaient du lieu où elles avaient grandi un petit paradis terrestre, chers aux hommes et aux animaux qui oubliaient l’aridité désolée du désert, la soif ardente que le sable donne à l’homme par sa poussière brûlante qui pénètre dans la gorge. Ils oubliaient le soleil impitoyable qui, en peu de temps, calcifie les cadavres en les décharnant, en consumant les chairs en poussière, et en laissant couchés dans les vagues des sables, des squelettes et encore des squelettes polis comme par un ouvrier soigneux. Ils oubliaient tout sous cette ombre verte, bruissante, riche en eau et en fruits qui restauraient, consolaient, redonnaient du courage pour de nouveaux parcours.

Puis, pour une cause inconnue, comme des choses maudites, elles se sont non seulement desséchées comme font les arbres qui, bien que morts, servent encore à faire du feu dans les foyers de l’homme ou des braisiers pour éclairer la nuit, éloigner les fauves et chasser l’humidité de la nuit pour les voyageurs éloignés des pays. Mais ces arbres n’ont pas servi comme bois. Ils sont devenus de la pierre. De la pierre. La silice du sol semble, par un sortilège, être montée des racines, au tronc, aux branches, au feuillage. Puis les vents ont brisé les branches les plus faibles, devenues semblables à de l’albâtre qui est, à la fois, dur et mou.

Mais les branches, les plus grosses, sont là, sur leurs troncs puissants pour tromper les caravanes fatiguées, qui sous les reflets éblouissants du soleil ou sous la lumière spectrale de la lune, voient se profiler les ombres des troncs qui se dressent sur les plaines ou dans le fond des vallées qui ne voient l’eau qu’aux époques des crues fécondes, cherchant avec angoisse un refuge, de quoi se restaurer, un puits, des fruits frais et, les yeux fatigués par le reflet du soleil sur les sables sans rien qui en abrite, les caravaniers se précipitent vers les forêts fantômes. De vrais fantômes! Apparences illusoires de corps vivants, présence réelle de choses mortes.

Je les ai vues. J’en ai gardé le souvenir, bien que je fusse seulement un peu plus grand qu’un tout petit Cf. L'exil en Égypte de la Sainte Famille : EMV 35 à EMV 36. , comme d’une des plus tristes choses de la Terre. C’est ainsi qu’elles m’étaient apparues tant que je n’ai pas eu touché, mesuré, pesé les choses de la Terre qui sont totalement tristes parce qu’elles sont complètement mortes. Les choses immatérielles, c’est-à-dire les vertus et les âmes mortes. Les premières, mortes dans les âmes, mortes les âmes parce qu’elles se sont tuées.

248.14 – La Loi est en Israël, mais elle y est comme les arbres pétrifiés dans le désert: devenue silice. Morte. Cause d’erreur, objet destiné à se corroder sans utilité. Objets nuisibles même comme les arbres pétrifiés parce qu’ils créent des mirages qui attirent en éloignant des vraies oasis, en faisant mourir de faim, de soif, de désolation, en attirant vers leur mort. Choses mortes qui en attirent d’autres à la mort, comme on lit dans certains récits de mythes païens.

Aujourd’hui, vous avez eu un exemple de ce que c’est qu’une Loi réduite à l’état de pierre dans une âme devenue elle aussi de pierre. C’est la source de toutes sortes de péchés et de malheurs. Que cela vous serve à savoir vivre et à savoir faire vivre la Loi en vous, dans son intégrité que Moi j’éclaire par des lumières de miséricorde.

La nuit est profonde. Les étoiles nous regardent, et Dieu avec elles. Levez votre regard vers le ciel étoilé et élevez votre esprit vers Dieu. Et sans critiquer les malheureux déjà punis par Dieu, sans orgueil pour n’avoir pas leur péché, promettez à Dieu et à vous-mêmes de ne pas tomber dans l’aridité des plantes maudites des déserts et des vallées d’Égypte.

La paix soit avec vous.”

Il les bénit, et puis se retire dans la vaste enceinte du bercail entouré de portiques rustiques sous lesquels les bergers ont étendu une bonne couche de foin pour servir de lit aux serviteurs du Seigneur.