“On a trouvé, tué sur le chemin de la montagne, le riche Joël. Il revenait de Sicaminon avec beaucoup d’argent. Mais ce n’étaient pas des voleurs car l’argent était encore sur le mort. Le serviteur qui l’accompagnait a dit que son maître lui avait dit de courir en avant pour prévenir de son retour, et sur la route, se dirigeant vers le lieu où fut commis l’homicide, il vit seul le jeune homme que l’on va tuer. Deux hommes du pays, ensuite, jurent qu’ils l’ont vu attaquer Joël. Maintenant les parents du mort exigent la mort du jeune homme. Et s’il est homicide…”
“Tu ne le crois pas?”
“Cela ne me paraît pas possible. Le jeune est un peu plus âgé qu’un adolescent. Il est bon. Il vit toujours avec sa mère dont il est le fils unique, et elle est veuve, une sainte veuve. Il ne manque pas de ressources, il ne pense pas aux femmes. Il n’est pas querelleur, il n’est pas fou. Pourquoi alors a-t-il tué?”
“Mais il a peut-être des ennemis?”
“Qui? Joël qui est mort ou Abel l’accusé?”
“L’accusé.”
“Ah! Je ne saurais… Mais… Je ne saurais.”
“Sois franc, homme.”
“Seigneur, c’est une chose que je pense, et Isaac nous a dit de ne pas penser du mal du prochain.”
“Mais on doit avoir le courage de parler pour sauver un innocent.”
“Si je parle, que j’aie raison ou tort, je devrai m’enfuir d’ici parce qu’Aser et Jacob sont puissants.”
“Parle sans crainte: Tu ne seras pas contraint de fuir.”
“Seigneur, la mère d’Abel est belle, jeune et sage. Aser n’est pas sage, ni non plus Jacob. Au premier, la veuve plaît, et au second… le pays sait que le second c’est un coucou dans le ménage de Joël. Je pense que…”
“J’ai compris.
248.6 – Allons, amis. Vous, les femmes, restez donc avec les bergers. Je reviendrai bientôt.”
“Non, Fils. Je viens avec Toi.”
Jésus s’en va rapidement vers le centre de la cité. Les bergers restent indécis, mais ensuite ils laissent le troupeau aux plus jeunes qui restent avec toutes les femmes, sauf la Mère et Marie d’Alphée qui suivent Jésus et se hâtent de rejoindre le groupe apostolique.
À la troisième rue qui coupe la voie principale de Bethléem, ils rencontrent l’Iscariote, Simon, Pierre et Jacques qui arrivent en gesticulant et en criant.
“Quelle affaire, Maître! Quelle affaire! et quelle peine!” dit Pierre bouleversé.
“Un fils enlevé de force à sa mère pour qu’on le tue. Elle le défend comme une hyène. Mais c’est une femme contre des gens armés” ajoute Simon le Zélote.
“Elle saigne déjà de partout!” dit l’Iscariote.
“Ils ont défoncé sa porte car elle s’était barricadée dans sa maison” termine Jacques de Zébédée.
“Je vais la trouver.”
“Oh! oui! Toi seul peux la consoler.”
248.7 – Ils tournent à droite, puis à gauche vers le centre du pays. Déjà on voit l’attroupement tumultueux qui s’agite et se presse près de la maison d’Abel, et les cris d’une femme, déchirants, inhumains, féroces, en même temps que pitoyables, arrivent jusqu’ici.