Tout en s’agenouillant dans la poussière du chemin, il lance un cri aux autres bergers qui ont arrêté le troupeau aux portes de la cité (portes, c’est une façon de dire car cette cité n’a pas de murs) là où Jésus aussi s’était arrêté pour attendre les femmes et entrer avec elles dans le pays.
Le jeune berger crie:
“Père, frères et amis, nous avons trouvé le Seigneur. Venez et adorons.”
Les bergers viennent se grouper avec leur troupeau auprès de Jésus et le prient de ne pas aller ailleurs, mais d’accepter leur pauvre maison, qui n’est pas éloignée, pour y habiter avec ses amis.
“Il y a un grand bercail, expliquent-ils, puisque Dieu nous protège, et il y a des pièces et des portiques pleins de foin odorant. Les pièces pour la Mère et ses sœurs, puisque ce sont des femmes, mais il y en a une aussi pour Toi. Les autres peuvent dormir avec nous sur le foin, sous les portiques.”
“Moi aussi, je resterai avec vous et ce sera pour Moi un plus doux repos que si je dormais dans l’appartement d’un roi. Mais allons d’abord prévenir Judas et Simon.”
“J’y vais, moi, Maître” dit Pierre et il s’en va avec Jacques de Zébédée.
Ils s’arrêtent sur le bord de la route, en attendant le retour des quatre apôtres.
248.4 – Les bergers regardent Jésus comme si c’était déjà Dieu dans sa gloire. Et les plus jeunes sont réellement bienheureux et semblent vouloir s’imprimer dans l’esprit tous détails sur Jésus et sur Marie qui s’est penchée pour caresser des agneaux, venus frotter leurs museaux en bêlant contre ses genoux.
“Il y en avait un, dans la maison d’Élisabeth ma parente, qui léchait mes tresses toutes les fois qu’il me voyait. Je l’appelais “ami”, car il était vraiment pour moi un ami comme un enfant et, dès qu’il le pouvait, il courait vers moi. Celui-ci me le rappelle tout à fait, avec ses yeux de deux couleurs. Ne le tuez pas! L’autre aussi, on le laissa vivre à cause de son amour pour moi.”
“C’est une agnelle, Femme, et nous voulions la vendre parce qu’elle a des yeux de deux couleurs et je crois que d’un œil elle y voit peu. Mais nous la garderons si tu veux.”
“Oh! oui! Je voudrais bien que jamais on ne tue un agneau… Ils sont tellement innocents et leur voix est une voix d’enfant qui appelle la mère. Il me semble qu’on tue un enfant en tuant un de ceux-ci.”
“Mais alors, Femme, il n’y aurait plus de place pour nous sur la terre si tous les agneaux restaient en vie” dit le berger le plus âgé.
“Je le sais. Mais je pense à leur douleur et à celle des brebis, leurs mères. Elles pleurent tant quand on leur enlève leurs petits. Elles semblent vraiment des mères, comme nous. Et moi, je ne peux voir souffrir personne, mais j’éprouve un déchirement pour une mère ainsi déchirée. C’est une douleur différente de toute autre, car pour nous se déchirent non seulement le cœur et le cerveau par le choc de la mort d’un enfant, mais jusqu’à nos entrailles.
Nous, les mères, restons unies à notre enfant, toujours. Et c’est nous déchirer complètement que de nous l’enlever.”
Marie ne sourit plus, mais une larme brille dans son œil bleu et elle regarde Jésus qui l’écoute et la regarde et elle Lui met une main sur le bras, comme si elle craignait qu’on fût sur le point de l’arracher à son côté.
248.5 – Sur la route poussiéreuse arrive un petit groupe de gens armés: six hommes accompagnés de gens qui poussent des cris. Les bergers regardent et parlent entre eux à voix basse. Puis, ils regardent Marie et Jésus.
Le plus âgé parle:
“Heureusement que tu n’entres pas à Bethléem ce soir.”
“Pourquoi?”
“Parce que ces gens, qui viennent de passer et qui entrent dans la cité, y vont pour arracher un fils à une mère.”
“Oh! mais pourquoi?”
“Pour le tuer.”
“Oh! non! Qu’a-t-il fait?”
Jésus aussi le demande et les apôtres s’approchent pour écouter.