“Mais ainsi? Devant tout le monde?”
“Sur le chemin, devant tout Naïm.”
215.5 – L’hôtelier et les clients se regardent en silence. Puis l’hôtelier dit:
“Mais, il fera cela pour des amis?”
“Non, homme. Pour tous ceux qui croient en Lui et pas seulement pour eux. C’est la Pitié sur la terre, crois-le. Personne ne se tourne vers Lui pour rien. Écoutez, vous tous. N’y a-t-il pas quelqu’un parmi vous qui souffre et qui pleure pour des maladies dans sa famille, pour des doutes, pour des remords, pour des tentations, pour des ignorances? Adressez-vous à Jésus, le Messie de la Bonne Nouvelle. Il est ici aujourd’hui. Demain, il sera ailleurs. Ne laissez pas passer sans en profiter la Grâce du Seigneur qui passe” dit Philippe qui prend toujours plus d’assurance.
L’hôtelier se passe la main dans les cheveux, il ouvre et ferme la bouche, il tourmente les franges de sa ceinture… il dit enfin:
“Je vais essayer!… J’ai une fille. Jusqu’à l’été dernier elle était bien. Puis elle est devenue lunatique. Elle reste muette comme une bête dans un coin, elle est toujours là, et avec peine sa mère doit l’habiller et la faire manger. Les médecins disent que le soleil lui a brûlé la cervelle, d’autres que c’est un chagrin d’amour. Le peuple dit qu’elle est possédée. Mais comment, si cette petite n’est jamais sortie d’ici?! Où a-t-elle pris ce démon? Qu’en dit ton Maître? Que le démon peut posséder même un innocent?”
Philippe, sûr de lui, répond:
“Oui, pour tourmenter les parents et les porter au désespoir.”
“Et… Lui, il guérit les lunatiques? Dois-je espérer?”
“Tu dois croire” dit vivement André.
Et il raconte le miracle des Géraséniens et ajoute en terminant: “Si ces démons qui étaient une légion dans les cœurs des pécheurs ont ainsi pris la fuite, comment ne s’enfuira-t-il pas celui qui a pénétré de force dans un jeune cœur? Je te le dis, homme: pour qui espère en Lui, l’impossible devient facile comme la respiration. J’ai vu les œuvres de mon Seigneur et je témoigne de sa puissance.”
“Oh! alors, lequel de vous va l’appeler?”
“Moi-même, homme. Attends-moi un moment.” Et André y va promptement pendant que Philippe reste à parler.
215.6 – Quand André voit Jésus abrité sous un porche pour fuir le soleil implacable qui remplit la petite place du pays, il court vers Lui en disant:
“Viens, viens, Maître. La fille de l’hôtelier est lunatique. Son père implore de Toi sa guérison.”
“Mais, il me connaissait?”
“Non, Maître. Nous avons cherché à te faire connaître”.
“Et vous y avez réussi. Quand quelqu’un arrive à croire que je peux guérir un mal sans remèdes, il est déjà avancé dans la foi. Et vous aviez peur de ne pas savoir faire. Qu’avez-vous dit?”
“Je ne saurais même pas te le dire. Nous avons dit ce que nous pensons de Toi et de tes œuvres. Surtout, nous avons dit que tu es l’Amour et la Pitié. Le monde te connaît si mal!!!”
“Mais vous, vous me connaissez bien. Et cela suffit.”
215.7 – Ils arrivent à la petite auberge. Tous les clients sont sur la porte, curieux, et au milieu Philippe avec l’hôtelier qui continue son monologue.
Quand il voit Jésus, il court à sa rencontre:
“Maître, Seigneur, Jésus… moi… moi, je crois, je crois que tu es Toi, que tu sais tout, que tu vois tout, que tu connais tout, que tu peux tout. Je le crois tellement que je te dis: aie pitié de ma fille, bien que j’aie beaucoup de fautes sur le cœur. Que ma créature ne soit pas châtiée parce que j’ai été malhonnête dans mon métier. Je ne serai plus cupide, je le jure. Tu vois mon cœur avec son passé et ce qu’il pense maintenant. Pardon et pitié, Maître. Je parlerai de Toi à tous ceux qui viennent ici dans ma maison…”
L’homme est à genoux.
Jésus lui dit:
“Lève-toi et persévère dans tes sentiments de maintenant. Conduis-moi à ta fille.”
“Elle est dans une écurie, Seigneur. La grosse chaleur la rend encore plus malade, et elle ne veut pas sortir.”
“Peu importe. Je vais aller la trouver. Ce n’est pas la chaleur, mais le démon qui me sent venir.”
Ils entrent dans la cour et puis dans une écurie sombre, et tous les autres à la suite. La petite, décoiffée, apeurée, s’agite dans le coin le plus obscur, et quand elle voit Jésus, elle crie:
“Arrière, arrière! Ne me dérange pas. Tu es le Christ du Seigneur et moi un de ceux que tu poursuis. Laisse-moi. Pourquoi viens-tu toujours sur mes traces?”
“Sors de celle-ci. Va-t’en. Je le veux. Rends à Dieu ta proie et tais-toi!”
Un cri déchirant, une brusque détente, un corps qui se couche sur la paille… et puis, calmes, tristes, étonnées, les questions:
“Où suis-je? Pourquoi suis-je ici? Qui sont ces gens?” et l’appel: “Maman!” de la jeune fille qui a honte d’être sans voile avec un vêtement déchiré sous les yeux de plusieurs étrangers.
“Oh! Seigneur éternel! Mais elle est guérie…!”
Et il est étrange de voir sur le visage rubicond de l’hôtelier des pleurs d’enfant… Il est heureux, et il pleure ne sachant que baiser les mains de Jésus, pendant que la mère pleure, au milieu de ses petits enfants étonnés, et elle baise son aînée délivrée du démon.
Les assistants crient tous ensemble et d’autres accourent pour voir le prodige. La cour est pleine.
“Reste, Seigneur. La nuit va arriver. Reste sous mon toit.”
“Nous sommes à treize, homme.”
“Seriez-vous même trois cents, ce ne serait rien. Je sais ce que tu veux dire. Mais le Samuel avide et malhonnête est mort, Seigneur. Mon démon aussi est parti. Maintenant, c’est un nouveau Samuel. Il fera encore l’hôtelier, mais en saint. Viens, viens avec moi que je t’honore comme un roi, comme un dieu. Ce que tu es. Oh! béni soit le soleil d’aujourd’hui qui t’a amené à moi”…