216 – Les infidélités des disciples, dans la parabole du pissenlit
12 juillet 1945
Le jeudi 12 juillet 1945.
216.1 – Une plaine inondée par le soleil qui brûle les grains mûrs et en fait sortir une odeur qui déjà rappelle le pain. L’odeur du soleil, des lessives, des moissons, l’odeur de l’été.
Car toute saison, je pourrais dire tout mois, et même toute heure de la journée, a son odeur comme toute localité a la sienne pour un sens très affiné et un esprit d’observation très aiguisé. Elle est bien différente l’odeur d’un jour d’hiver avec un vent cinglant de celle pâteuse d’un jour d’hiver nébuleux, ou de l’odeur que répand la neige. Et combien différente de celles-ci l’odeur du printemps qui arrive et qui s’annonce ainsi, en un parfum qui n’est pas un parfum, mais bien différente de l’odeur de l’hiver. Un matin on se lève, et voilà que l’air a une odeur différente: le premier souffle du printemps.
Et puis, et puis, avec l’odeur des vergers en fleurs, puis des jardins, des moissons, jusqu’à la chaleur des-vendanges et à l’intérieur, comme un intermède, l’odeur de la terre après un orage…
Et les heures? il serait stupide de dire que l’odeur de l’aurore est comme celle du midi et celle-ci comme celle du soir ou de la nuit. La première fraîcheur est virginale, la seconde riante et joyeuse, l’autre encore lassitude et aussi saturation de tout ce qui, dans la journée, a exhalé des odeurs; la dernière, celle de la nuit, est paisible, recueillie, comme si la terre était un immense berceau qui accueille le repos de ses petits.
Et les lieux? Oh! l’odeur des rivages, si différente de l’aube au soir, du midi à la nuit, des tempêtes au temps calme, des régions rocheuses à celles aux plages plates! Et l’odeur des algues que laisse la marée et il semble que la mer ait ouvert ses entrailles pour nous faire aspirer l’odeur âcre du fond. Différentes aussi l’odeur des plaines à l’intérieur des terres, celle des collines et celle des montagnes élevées.
Elle est si grande l’infinité du Créateur qu’il a pu donner un cachet spécial, de lumière, de couleur, de parfum, de son, de forme, de hauteur à chacune des choses infinies qu’il a créées. Beauté infinie de l’Univers que je ne vois plus qu’ainsi, à travers les visions et le souvenir de ce que j’ai vu en aimant Dieu et en Le priant au travers de ses œuvres et pour la joie que leur vision me donnait, comme tu es vaste, puissante, inépuisable et exempte d’ennui. Pas d’ennui chez toi et tu n’en apportes pas. Mais, au contraire, l’homme se renouvelle en te regardant, Univers de mon Seigneur. il devient meilleur, plus pur, il s’élève, il oublie… Oh! pouvoir te regarder toujours et oublier les hommes en ce qu’ils ont en eux d’inférieur et les aimer dans leur âme et pour elle, pour les conduire à Dieu!
Et voilà qu’en suivant Jésus, qui va avec les apôtres à travers cette plaine couverte de moissons, je m’écarte de nouveau de mon sujet en me laissant prendre par la joie de parler de mon Dieu dans ses œuvres splendides. C’est encore de l’amour cela, parce que la créature loue dans la créature ce qu’il aime en elle ou bien loue simplement la créature qu’il aime. Et c’est ainsi entre la créature et le Créateur. Qui L’aime Le loue et plus il L’aime plus il Le loue pour Lui-même et pour ses œuvres. Et maintenant j’impose silence à mon cœur, et je suis Jésus non comme adoratrice, mais comme fidèle chroniqueur.
216.2 – Jésus s’en va donc à travers les moissons. La journée est chaude. La région déserte. On ne voit pas âme qui vive dans les champs. Rien que les épis mûrs et ça et là des arbres. Soleil, grains, oiseaux, lézards, touffes vertes et immobiles dans l’air tranquille: voilà ce qui entoure Jésus. Aux deux extrémités de la grand-route que suit Jésus, ruban poussiéreux et éblouissant à travers la mer des grains, il y a d’un côté un petit pays, de l’autre une ferme. Rien d’autre.
Tous avancent en silence, en sueur. Ils ont enlevé leurs manteaux mais certainement ils souffrent aussi sous leurs vêtements de laine, même s:ils sont légers. Seuls Jésus, les deux cousins et Judas Iscariote sont vêtus de lin ou de chanvre. Sûrement les vêtements de Jésus et de l’Iscariote sont de lin blanc, les autres, ceux des fils d’Alphée à cause de leur épaisseur me paraissent plus lourds que le lin, et ils sont teints d’une couleur ivoire sombre justement comme celle du chanvre non blanchi. Les autres ont leurs vêtements habituels et marchent en essuyant la sueur avec le voile de lin qui leur couvre la tête.
Ils arrivent à un bouquet d’arbres à un carrefour. Ils s’arrêtent à leur ombre agréable et boivent avidement à leurs gourdes.
“Elle est chaude comme si elle avait été sur le feu” bougonne Pierre.
“Si seulement il y avait un ruisseau!” soupire Barthélemy.
“Mais rien, rien! Sous peu je n’en ai plus.”
“Je dirais presque que c’est mieux la montagne” gémit Jacques de Zébédée congestionné par la chaleur.
“Le mieux c’est la barque. Fraîche, reposante, propre, ah!” dit Pierre.
Son cœur s’en va vers le lac et sa barque.
“Vous avez tous raison! dit Jésus pour les encourager. Mais les pécheurs, il y en a en montagne comme en plaine. S’ils ne nous avaient pas chassés de “La Belle Eau” et s’ils n’avaient pas été toujours sur nos talons, je serais venu ici entre Tébeth et Scebat Début janvier. Les disciples chassés de la "Belle Eau", une propriété de Lazare en bordure du Jourdain, Cf. EMV 130.1. . Mais nous allons être bientôt au bord de la mer. Là l’air est tempéré par le vent du large.”
“Hé! On en a besoin! Ici on semble des brochets mourants. Mais comment font les blés pour être si beaux, s’il n’y a pas d’eau?” demande Pierre.
“Il y a des eaux souterraines, elles gardent le terrain humide” explique Jésus.
“Il vaudrait mieux qu’elles soient en surface au lieu d’être en dessous. À quoi me servent-elles, si elles sont en dessous? Moi je ne suis pas une racine!” dit impétueusement Pierre qui fait rire tout le monde.
Mais ensuite Jude Thaddée devient sérieux et il dit:
“Le sol est égoïste, comme le sont les âmes, et aride de la même manière. S’ils nous avaient laissé séjourner dans ce pays et y passer le sabbat, on aurait eu de l’ombre, le repos, de l’eau. Mais ils nous ont chassés…”