En effet la servante accourt, stupéfaite, et elle ouvre toute grande la porte principale:
“Entre, entre!” dit-elle.
Et puis à voix basse:
“Bénie sois-tu, toi qui la fais sortir de cette pièce.”
Élie se retire et Marie entre avec son Fils.
“Mais, cet homme, vraiment… par pitié! Il a l’âge de Lévi…”
“Laisse-le entrer. C’est mon Fils, et il la consolera mieux que moi.”
La femme hausse les épaules et les précède à travers un long vestibule d’une maison belle mais bien triste. Tout est propre, mais tout semble mort…
208.9 – Une femme grande, mais qui est toute courbée dans ses vêtements sombres, s’avance dans le couloir dans la pénombre.
“Élise! Chère Élise! C’est moi, Marie!” dit Marie en courant à sa rencontre et en l’embrassant.
“Marie? Toi… Je te croyais morte, toi aussi. On m’avait raconté… quand? Je ne sais plus… J’ai un vide ici, dans la tête… On m’avait dit que tu étais morte, avec beaucoup de mères, après la venue des Mages. Mais qui m’a dit que tu étais la Mère du Sauveur?”
“Les bergers, peut-être…”
“Oh! les bergers!”
Et elle éclate en sanglots.
“Ne me dis pas ce nom. Il me rappelle l’ultime espérance pour la vie de Lévi… Et pourtant… oui… un berger m’a parlé du Sauveur et j’ai tué mon fils en l’amenant à l’endroit où on disait qu’était le Messie, près du Jourdain. Mais il n’y avait personne… et mon fils est revenu pour mourir… La fatigue, le froid… je l’ai tué… mais je n’ai pas voulu l’assassiner. Je me disais que Lui, le Messie, guérissait les maladies… et je l’ai fait à cause de cela… Maintenant mon fils m’accuse de l’avoir tué…”
“Non, Élise. C’est de l’imagination. Écoute. Je crois que ton fils, au contraire, m’a prise par la main en me disant: “Va trouver ma chère maman. Conduis-lui le Sauveur. Je suis mieux ici que sur la terre. Mais elle n’écoute que son chagrin et ne peut entendre les paroles que je lui dis tout bas parmi mes baisers, pauvre maman qui est comme possédée par un démon qui la pousse au désespoir parce qu’il nous veut séparés. Alors que si elle se résigne et croit que Dieu fait tout pour le bien nous serons unis pour toujours, avec le père et avec le frère. Jésus peut le faire”. Et moi, je suis venue… avec Lui… Ne veux-tu pas le voir?…”
Marie a parlé en tenant toujours dans ses bras la malheureuse en lui donnant des baisers sur ses cheveux gris et avec une douceur qu’elle seule peut avoir.
“Oh! si c’était vrai! Mais pourquoi, pourquoi alors Daniel n’est pas venu te trouver pour te dire de venir plus tôt?…Mais, qui m’a dit autrefois que tu étais morte? Je ne me souviens pas… je ne me souviens pas… Même à cause de cela, j’ai peut-être trop attendu à venir au Messie. Mais on m’avait dit qu’il était mort, Lui, toi, tous à Bethléem…”
“Ne cherche pas qui te l’a dit.
208.10 – Viens, regarde, ici, c’est mon Fils. Viens à Lui. Fais plaisir à tes enfants et à ta Marie. Sais-tu que nous souffrons de te voir ainsi?” Et elle la conduit vers Jésus qui s’est placé dans un coin sombre et qui maintenant seulement s’avance sous une lampe que la femme de service a mise sur un coffre élevé.
La pauvre mère lève la tête… et je vois alors que c’est Élise qui était aussi sur le Calvaire avec les pieuses femmes. Jésus lui tend les mains en un geste d’invitation qui n’est qu’amour. La malheureuse lutte un peu, puis Lui donne les siennes et enfin de compte s’abandonne sur la poitrine de Jésus en gémissant:
“Dis-moi, dis-moi que je ne suis pas coupable de la mort de Lévi! Dis-moi qu’ils ne sont pas perdus pour toujours! Dis-moi que bientôt je serai avec eux…!”
“Oui, oui. Écoute. Ils sont dans la jubilation maintenant que tu es dans mes bras. Je ne tarderai pas de les rejoindre, et que dois-je leur dire, alors? Que tu ne t’en remets pas au Seigneur? Est-ce cela que je dois dire? Les femmes d’Israël, les femmes de David si courageuses, si sages, dois-tu leur donner un démenti? Non. Tu souffres, mais parce que tu as souffert seule. Ta douleur et toi. Toi et ta douleur. Alors tu ne peux en porter le poids. Tu n’as plus présentes à ton esprit les paroles d’espoir au sujet de ceux que la mort nous a pris? “Je vous sortirai de vos tombeaux et je vous amènerai dans la terre d’Israël Cf. Ézéchiel 37,12. . Et vous saurez que je suis le Seigneur quand j’aurai ouvert vos tombes et vous aurai tiré de vos tombeaux Cf. Ézéchiel 37,13. . Quand j’aurai versé en vous mon esprit vous aurez la vie” Cf. Ézéchiel 37,14. . La terre d’Israël, pour les justes endormis dans le Seigneur, c’est le Royaume de Dieu. Je l’ouvrirai et le donnerai à ceux qui attendent.”
“Même à mon Daniel? Même à mon Lévi?… Il avait une si grande répulsion pour la mort… Il ne pouvait s’imaginer d’être éloigné de sa maman. C’est pour cela que je voulais mourir et aller à côté de lui au tombeau…”
“Mais ce n’est pas là qu’ils sont, en ce qui en eux est vivant. Là il n’y avait que des choses mortes qui ne pouvaient t’entendre. Eux sont dans le lieu de l’attente…”