“Mais est-ce vraiment cela? Oh! ne te scandalise pas à mon sujet. Ma mémoire s’est fondue dans mon chagrin! J’ai la tête remplie du bruit des larmes et du râle de mes fils. Quel râle! Quel râle!… Cela m’a dissous le cerveau. Je n’ai que ce râle, là-dedans…”

“Et Moi, je t’y mettrai les paroles de la vie. Je sèmerai la Vie, car je suis Vie là où est le fracas de la mort. Rappelle-toi le grand Judas Macchabée qui voulut faire un sacrifice pour les morts avec la juste pensée qu’ils sont destinés à ressusciter et qu’il faut hâter pour eux l’heure de la paix par des sacrifices opportuns 2 Maccabées 12,43. . Si Judas Macchabée n’avait pas été certain de la résurrection, aurait-il prié et fait prier pour les morts 2 Maccabées 12,44. ? Lui, au contraire, comme il est écrit, pensa qu’une grande récompense était réservée à ceux qui meurent pieusement 2 Maccabées 12,45. , comme certainement tes fils sont morts…

Tu vois que tu dis oui? Ne désespère donc plus. Mais prie saintement pour tes morts pour que leurs péchés soient effacés avant que je ne vienne à eux. Alors, sans attendre un instant, ils viendront avec Moi au Ciel. Car je suis le Chemin, la Vérité et la Vie et je conduis et je dis la Vérité et je donne la Vie à celui qui croit à ma Vérité et me suit. Dis-moi. Tes fils croyaient-ils à la venue du Messie?”

“Certainement, Seigneur. Ils avaient appris de moi cette croyance.”

“Et Lévi croyait-il possible sa guérison par l’effet de ma volonté?”

“Oui, Seigneur, nous espérions en Toi mais… cela ne lui a pas servi… et il est mort découragé après avoir tant espéré…”

Les pleurs de la femme reprennent plus calmes, mais plus désolés dans ce calme que dans leur furie précédente.

“Ne dis pas que cela n’a pas servi. Celui qui croit en Moi, même s’il est mort, vivra éternellement…

208.11 – La nuit descend, femme. Je rejoins mes apôtres. Je te laisse, Mère…”

“Oh! reste, Toi aussi!… J’ai peur, si tu t’éloignes, d’être reprise par ce tourment… Elle commence à peine, à peine à se calmer la tempête au son de tes paroles…”

“Ne crains pas! Tu as Marie avec toi. Demain je reviendrai. J’ai quelque chose à dire aux bergers. Puis-je leur dire de venir près de ta maison…”

“Oh! oui. Ils y venaient aussi l’an passé pour mon fils… Derrière la maison, il y a un jardin et puis une cour rustique. Ils peuvent y venir comme ils faisaient alors pour rassembler les troupeaux…”

“C’est bien. Je viendrai. Sois bonne. Rappelle-toi que, au Temple Marie t’avait été confiée. Moi aussi, je te la confie cette nuit.”

“Oui, sois tranquille. J’en prendrai soin, la… Je devrai penser à son souper, à son repos… Il y a combien de temps que je ne pense plus à ces choses! Marie, veux-tu dormir dans ma chambre comme faisait Lévi durant sa maladie? Moi, dans le lit de mon fils, toi dans le mien. Et il me semblera entendre sa respiration légère… Il me tenait toujours par la main…”

“Oui, Élise. Et auparavant nous parlerons de tant de choses.”

“Non, tu es fatiguée. Tu dois dormir.”

“Toi aussi…”

“Oh! moi! Je ne dors plus depuis des mois… Je pleure… je pleure… Je ne sais pas faire autre chose…”

“Ce soir, au contraire, nous prierons et puis nous irons au lit et tu dormiras… Nous dormirons la main dans la main, nous deux aussi. Tu peux aller, Fils, et prie pour nous…”

“Je vous bénis. Que la paix soit avec vous et à cette maison!”

Et Jésus s’en va avec la servante qui reste interdite et ne fait que répéter:

“Quel miracle, Seigneur! Quel miracle! Après tant de mois, elle a parlé, elle a pensé… Oh! quelle affaire!… On disait qu’elle mourait folle… Et j’en étais peinée car elle est bonne.”

“Oui, elle est bonne, et Dieu lui viendra en aide à cause de cela. Adieu femme. La paix aussi à toi.”

Jésus sort dans la rue à moitié sombre et tout prend fin.