La route est en assez bon état, bien que taillée dans les montagnes et les panoramas toujours variés rompent la monotonie de la marche. Ruisseaux et torrents dessinent des virgules d’argent liquide et écrivent des paroles qu’ils chantent ensuite, dans leurs mille méandres qui se recoupent, qui se répandent sous les bois ou se cachent sous des cavernes d’où ils ressortent plus beaux. Ils semblent jouer avec les arbres et les roches comme de joyeux enfants.
Même Marziam, maintenant complètement rasséréné, joue et essaie son instrument pour imiter les oiseaux. Mais vraiment ce ne sont pas des chants mais de lamentables sons discordants qui me semblent être très désagréables aux plus difficiles de la troupe, c’est-à-dire à Barthélemy à cause de son âge et à Judas de Kérioth pour d’autres motifs. Mais personne ne donne clairement son avis et l’enfant continue en sautant ici et là. Deux fois seulement, il montre un pays niché dans les bois et il dit:
“Est-ce le mien?” et il devient tout pâle.
Mais Simon, qui le garde tout près de lui, répond: “Le tien est très loin d’ici. Viens, viens cueillir ces belles fleurs et les apporter à Marie.” Et il le distrait ainsi de ses souvenirs.
208.7 – Le crépuscule commence quand apparaît Bet-Çur sur sa colline et tout de suite sur le chemin secondaire qu’on a pris pour y aller, voici les troupeaux des bergers, et avec eux les bergers qui accourent. Mais quand Elie voit qu’il y aussi Marie, il lève les bras, étonné, et reste ainsi n’osant pas en croire ses yeux.
“La paix à toi, Élie. C’est bien moi. On te l’avait promis et, à Jérusalem, il n’a pas été possible de nous voir… Mais, n’y pensons plus. Maintenant nous nous voyons” dit doucement Marie.
“Oh! Mère, Mère…!”
Élie ne sait que dire. Puis finalement il trouve:
“Voilà, ma Pâque je la fais maintenant. C’est la même chose, et mieux encore.”
“Mais oui, Elie. Nous avons fait un bon marché. Nous pouvons tuer un agnelet. Oh! soyez les hôtes de notre pauvre table…” dit Lévi et aussi Joseph.
“Ce soir nous sommes fatigués. Ce sera pour demain. Écoutez. Connaissez-vous une certaine Élise, épouse d’Abraham de Samuel?”
“Oui, elle est dans sa maison de Bet-Çur, mais Abraham est mort, et l’an passé ses fils aussi sont morts. Un malaise subit pour le premier et on n’a jamais compris de quoi il était mort. Le second a décliné lentement et rien n’arrêtait le mal. Nous lui donnions du lait de nouvelle chèvre car les médecins disaient que c’était bon pour le malade. Il en buvait des quantités qui venaient de tous les bergers car la pauvre mère en envoyait chercher auprès de quiconque avait une chèvre de premier lait dans son troupeau. Mais cela n’a servi à rien. Quand nous sommes revenus à la plaine, il ne se nourrissait plus. Quand nous sommes revenus au mois d’Adar, il était mort depuis deux lunes.”
“Ma pauvre amie! Elle m’aimait bien au Temple… nous avions des aïeux communs… Elle était bonne… Elle quitta le Temple pour épouser Abraham auquel elle était promise depuis son enfance, deux ans avant moi, et je me souviens de sa venue au Temple pour l’offrande de son premier-né au Seigneur. Elle me fit appeler, pas moi seule, mais elle voulut me voir seule plus longtemps… Et maintenant, elle est seule… Oh! il faut que je me hâte d’aller la consoler! Vous, restez. Je vais avec Élie et j’entrerai seule. La douleur veut qu’on la respecte…”
“Pas même Moi, Mère?”
“Toi, toujours. Mais les autres… Pas même toi, petit. Ce serait pour elle une douleur. Viens, viens Jésus!”
“Attendez-nous sur la place du pays. Cherchez un abri pour la nuit. Adieu” ordonne Jésus à tout le monde.
208.8 – Et, seuls avec Elie, Jésus et la Mère s’en vont jusqu’à une grande maison toute fermée et silencieuse à laquelle le berger frappe avec son bâton. Une servante met son visage à la fenêtre en demandant qui c’est. Marie s’avance en disant:
“Marie de Joachim et son Fils, de Nazareth. Dis-le à ta maîtresse.”
“C’est inutile. Elle ne veut voir personne. Elle se laisse mourir en pleurant.”
“Essaie.”
“Non, je sais comment elle me chasse si je cherche à la distraire. Elle ne veut personne, voir personne, parler à personne. Elle ne parle qu’au souvenir de ses fils.”
“Va, femme, je te l’ordonne. Dis-lui: “C’est la petite Marie de Nazareth, celle qui était ta fille au Temple…” Tu verras qu’elle me voudra.”
La femme s’en va en secouant la tête.
Marie explique à son Fils et au berger:
“Élise était beaucoup plus âgée que moi Une dizaine d'années. Elle a donc une petite soixantaine. . Elle attendait au Temple le retour de son époux, parti en Égypte pour une affaire d’héritage, et elle y resta jusqu’à un âge inhabituel. Elle a environ dix années de plus. Les maîtresses avaient l’habitude de donner aux plus jeunes des élèves plus grandes pour les conduire… et elle fut ma compagne-maîtresse. Elle était bonne et… Voilà la femme.”