Et Jésus le dit:

“C’est le plus grand crime de Doras: pousser un innocent à la haine…”

Mais après cela, il prend dans ses bras l’enfant et lui parle:

“Écoute, Marziam. Tu veux aller un jour avec ta maman, avec ton père, avec tes frères, avec le vieux père?”

“Oui…”

“Et alors tu ne dois haïr personne. Au Ciel n’entre pas celui qui hait. Tu ne peux, maintenant, prier pour Doras? Eh bien ne prie pas, mais ne hais pas. Sais-tu ce que tu dois faire? Tu ne dois jamais te retourner en arrière pour penser au passé…”

“Mais le père qui souffre, ce n’est pas du passé…”

“C’est vrai, Marziam, mais essaie de prier ainsi: “Notre Père, qui es aux Cieux, pense, Toi à ce que je désire…”. Tu verras que le Père t’écoute de la meilleure des manières. Si même tu tuais Doras, que ferais-tu? Tu perdrais l’amour de Dieu, le Ciel, l’union avec ton père et ta mère et tu n’enlèverais pas ses peines au vieillard que tu aimes. Tu es trop petit pour pouvoir le faire. Mais Dieu le peut. Parles-en à Lui. Dis-Lui: “Tu sais comme j’aime mon vieux père et comme j’aime tous ceux qui sont malheureux. Penses-y, Toi qui peux tout”. Comment? Ne veux-tu pas annoncer la Bonne Nouvelle? Mais elle parle d’amour et de pardon! Comment peux-tu dire à un autre: “Ne hais pas. Pardonne” si tu ne sais pas aimer et pardonner?

Laisse faire, laisse faire le bon Dieu et tu verras comment Il règle bien toutes choses. Le feras-tu?”

“Oui, parce que je t’aime.”

Jésus embrasse l’enfant et le met par terre. L’affaire est réglée et on arrive au bout de la route.

208.5 – Les trois grands bassins creusés dans la roche de la montagne, œuvre vraiment grandiose, brillent avec leurs surfaces très limpides et avec la chute d’eau qui, du premier bassin, tombe dans le second plus grand et de celui-ci dans un troisième bassin qui est un véritable petit lac d’où elle part par des conduites vers des villes éloignées.

Mais par suite de l’humidité du sol en cette région, la montagne, de la source aux piscines et de celles-ci à la plaine, est d’une fertilité merveilleuse. Les fleurs, les plus variées d’entre les fleurs sauvages, rient sur les pentes vertes en même temps que des plantes parfumées et rares. Il semble qu’ici l’homme a semé des fleurs de jardin et les plantes parfumées qui répandent dans l’air, sous le soleil qui les chauffe, leurs arômes de cannelle, de camphre, d’œillet, de lavande et autres odeurs pénétrantes, fortes, suaves, en la fusion la plus merveilleuse des meilleures odeurs de la terre. Je dirais que c’est une symphonie de parfums parce que c’est réellement le poème des plantes et de fleurs dans leurs teintes variées et leurs agréables exhalaisons.

Tous les apôtres sont assis à l’ombre d’un arbre couvert de grandes fleurs blanches, dont j’ignore le nom, aux énormes clochettes d’émail blanc, pendants qui ondulent au moindre souffle de vent et qui répandent des flots de parfum à chaque ondulation. Je ne connais pas le nom de cet arbre.

La fleur me rappelle un arbuste qui existe en Calabre et que là-bas on appelle “bottaro”, mais le fût certainement pas, car celui-ci est un arbre élevé, au tronc robuste, pas un arbuste.

Jésus les appelle, et ils accourent.

“Nous avons trouvé presque immédiatement Joseph qui revenait d’un marché. Ce soir, ils seront tous à Bet-Çur. Nous nous sommes réunis, en nous appelant à haute voix et nous nous sommes installés ici, au frais” explique Pierre.

“Quel bel endroit! On dirait un jardin! Nous discutions entre nous s’il était naturel ou non. Les uns sont d’un avis, les autres d’un avis différent” dit Thomas.

“La terre de Judée a de ces merveilles” dit l’Iscariote qui s’enorgueillit inévitablement de tout, même des fleurs et des plantes.

“Oui, mais… je crois que si par exemple le jardin de Jeanne à Tibériade était abandonné et devenait sauvage, même la Galilée posséderait au milieu des ruines la merveille de ses roses splendides” réplique Jacques de Zébédée.

“Et tu ne te trompes pas. C’était dans cette région qu’étaient les jardins de Salomon, célèbres comme ses palais dans le monde de cette époque. C’est peut-être ici qu’il a rêvé le Cantique des Cantiques appliquant à la Cité Sainte toutes les beautés qu’il avait fait pousser ici” dit Jésus. Cf. Cantique des Cantiques 4,12-16.

“Alors c’est moi qui avais raison!” dit le Thaddée.

“Tu avais raison, dit son autre frère Jacques. Sais-tu, Maître? Il citait l’Ecclésiaste en unissant l’idée des jardins à celle des bassins Cf. Ecclésiaste (Qôhèlet) 2,1-10. et terminait en disant: “Pourtant il s’aperçut que tout est vanité et que rien ne dure sous le soleil sauf la Parole de mon Jésus Cf. Ecclésiaste (Qôhèlet) 2,11. ”.

“Je te remercie, mais remercions aussi Salomon. Que les fleurs primitives viennent ou non de lui, certainement viennent de lui les bassins qui alimentent les plantes et les hommes. Qu’il en soit béni. Allons alors jusqu’à ce grand rosier sauvage qui a formé, d’un arbre à l’autre, une galerie fleurie. Nous allons nous arrêter là. Nous sommes presque à mi-chemin”…

208.6 – …Et ils reprennent la route, vers la neuvième heure Neuvième heure = 15 heures. lorsque s’allongent les ombres des arbres de cette région bien cultivée. On croit traverser un immense jardin botanique car chaque espèce de plante y est représentée pour son fût, pour son fruit ou sa beauté. Les cultivateurs circulent un peu partout mais ne font pas attention à la troupe des apôtres qui passe. Elle n’est pas la seule, d’ailleurs. D’autres groupes d’hébreux sont sur la route, au retour des fêtes pascales.