“La bonne nouvelle, m’a dit mon père, c’est aussi la Parole de Jésus. Alors, quand mon père s’en ira aux Limbes après l’avoir dite sur la terre, et que moi aussi j’irai, ils nous aimeront nous aussi?”
“Toi, tu n’iras pas aux Limbes, mon petit.”
“Pourquoi?”
“Parce que Jésus sera déjà revenu aux Cieux et les aura ouverts, et tous les bons à leur mort iront tout de suite aux Cieux.”
“Je serai bon, je le promets. Et Simon de Jonas? Lui aussi, hein? Car je ne veux pas devenir orphelin une seconde fois.”
“Lui aussi, sois-en certain. Mais au Ciel, il n’y a pas d’orphelins. Nous avons Dieu, et Dieu est tout. Nous ne le sommes même pas ici-bas, car le Père est toujours avec nous.”
“Mais, dans cette belle prière que toi tu dis pendant le jour et ma maman la nuit et que vous m’avez enseignée, Jésus dit: “Notre Père qui es aux Cieux”. Nous ne sommes pas encore au Ciel, comment donc sommes-nous avec Lui?”
“Parce que Dieu est partout, mon fils. Il veille sur l’enfant qui naît et sur le vieillard qui meurt. L’enfant qui naît en ce moment, dans l’endroit le plus reculé de la terre, a sur lui le regard et l’amour de Dieu et l’aura jusqu’à sa mort.”
“Même s’il est méchant comme Doras?”
“Oui.”
“Mais Dieu qui est bon peut-Il l’aimer ce Doras qui est si méchant et fait pleurer mon vieux père?”
“Il le regarde avec indignation et douleur, mais s’il se repentait, Il lui dirait ce que dit le père de la parabole à son fils repentant Dans la parabole du fils prodigue (EMV 205.5). .
208.3 – Tu devrais prier pour qu’il se repente et…”
“Oh! non, Mère! Je prierai pour qu’il meure!!!” dit l’enfant avec fougue. Bien que sa sortie soit peu… angélique, son impétuosité est telle et si sincère que les autres sont obligés de rire.
Mais ensuite Marie reprend son doux sérieux de Maîtresse:
“Non, mon chéri, cela tu ne dois pas le faire pour un pécheur. Dieu ne t’écouterait pas et te regarderait même avec sévérité. Nous devons souhaiter du bien au prochain, même s’il est très méchant, le plus grand bien possible. La vie est un bien, car elle donne à l’homme la possibilité d’acquérir des mérites aux yeux de Dieu.”
“Mais, si quelqu’un est méchant, il n’acquiert que des péchés.”
“On prie pour qu’il devienne bon.”
L’enfant réfléchit… mais cette instruction sublime ne lui va guère et il conclut:
“Doras ne deviendra pas bon! même si je prie. Il est trop méchant. Même si tous les enfants martyrs de Bethléem priaient avec moi, il le resterait. Tu ne sais pas que… tu ne sais pas que… qu’un jour il a frappé avec une verge de fer mon vieux père parce qu’il l’a trouvé assis à l’heure du travail?
Il ne pouvait se lever car il se sentait mal et lui… l’a frappé en le laissant pour mort et puis il lui a donné un coup de pied au visage… Moi, je voyais, car j’étais caché derrière une haie… J’étais allé jusque-là parce que depuis deux jours personne ne m’avait apporté de pain, et je mourais de faim… J’ai dû m’échapper pour qu’on ne m’entende pas, car je pleurais de voir mon père en cet état, avec du sang sur la barbe, allongé par terre, comme mort… Je suis allé en pleurant mendier un pain… mais ce pain, je l’ai toujours ici… et il a le goût du sang et des larmes de mon père, des miennes et de celles de tous ceux qui sont torturés, et qui ne peuvent aimer celui qui les torture. Moi, Doras, je voudrais le frapper pour qu’il sache ce que c’est que les coups, je voudrais le laisser sans pain, pour qu’il sache ce que c’est que la faim, je voudrais le faire travailler sous le soleil, dans la boue, sous la menace des surveillants et sans manger, pour qu’il sache ce qu’il inflige aux pauvres… Je ne puis l’aimer car… il tue, mon père saint et moi, si je ne vous avais pas trouvés à qui serais-je maintenant?”
L’enfant se tord de douleur, il crie et pleure, tremblant, bouleversé, frappant l’air de ses petits poings fermés, ne pouvant frapper celui qu’il maudit. Les femmes sont stupéfaites, vivement émues et elles cherchent à le calmer. Mais il est vraiment dans une crise de douleur et n’entend rien. Il crie:
“Je ne puis, je ne puis l’aimer et lui pardonner. Je le hais, pour tous, je le hais, je le hais, je le hais…!”
Il fait peine, il fait peur.
208.4 – C’est la réaction de la créature qui a trop souffert.