“Mon Seigneur! Moi aussi je mourrai pour Toi?”
“Oui, mais d’une autre manière. Ta chair mourra d’heure en heure, et par le vouloir de ta volonté. Cela fait presqu’un an qu’elle est en train de mourir. Quand elle sera morte toute entière, je t’appellerai.”
“Aurai-je la force de détruire ma chair coupable?”
“Dans la solitude où tu seras et où Satan t’assaillira avec une haineuse violence au fur et à mesure que tu appartiendras davantage au Ciel, tu trouveras un de mes apôtres autrefois pécheur, puis racheté. Probablement Matthieu. ”
“Alors ce n’est pas l’apôtre béni qui me parlait de Toi? Il est trop honnête pour avoir été pécheur. André. ”
“Pas celui-là, un autre. Il te rejoindra à l’heure juste. Il te dira ce qu’encore tu ne peux savoir. Va en paix. Que la bénédiction de Dieu soit sur toi.”
200.5 – Aglaé, qui est toujours restée à genoux, se penche pour baiser les pieds du Seigneur. Elle n’ose faire plus. Puis elle prend son sac et le retourne. Il en tombe des vêtements simples, un petit sac qui résonne et une amphore d’un délicat albâtre rose.
Aglaé remet les vêtements dans le sac, prend en mains le sachet et dit:
“Ceci pour tes pauvres. C’est le reste de mes bijoux. Je n’ai gardé que l’argent de ma nourriture durant le voyage… car, même si tu ne me l’avais pas dit, je serais allée dans un lieu éloigné. Maintenant, ceci c’est pour Toi. Moins suave que le parfum de ta sainteté. Mais c’est tout ce que peut donner de meilleur la terre. Et je m’en servais pour faire le pire… Le voilà. Que Dieu m’accorde d’exhaler un parfum au moins égal à celui-là, en ta présence au Ciel”
Et elle enlève à l’amphore son bouchon précieux et renverse le contenu sur le sol. Une odeur pénétrante de rose s’élève à flots des carreaux imprégnés par l’essence précieuse. Aglaé ramasse l’amphore vide:
“En souvenir de cette heure” dit-elle et ensuite elle se penche encore pour baiser les pieds de Jésus, se relève, se retire à reculons, sort, ferme la porte…
On entend son pas qui s’éloigne vers l’escalier, sa voix qui échange quelques mots avec Marie et puis le bruit des sandales sur les marches de l’escalier, et puis plus rien.
D’Aglaé il ne reste que le sachet aux pieds de Jésus et l’arôme pénétrant répandu dans la pièce.
Jésus se lève… ramasse le sachet et le met sur son sein, il va vers une ouverture qui donne sur le chemin, sourit en voyant la femme qui, seule, s’éloigne avec son manteau d’israélite en direction de Bethléem. Il fait un geste de bénédiction et puis s’en va sur la terrasse et appelle:
“Maman.”
Marie monte vivement l’escalier:
“Tu l’as rendue heureuse, mon Fils. Elle est partie, courageuse et paisible.”
“Oui, Mère. Quand André reviendra envoie-le-moi avant les autres.”
200.6 – Quelque temps se passe, puis on entend les voix des apôtres qui reviennent… André accourt:
“Maître, tu me demandes?”
“Oui, viens ici. Que personne ne le sache, mais à toi, il est juste que je te le dise. André, merci au nom du Seigneur et d’une âme.”
“Merci? De quoi?”
“Tu ne sens pas ce parfum? C’est le souvenir de la femme voilée. Elle est venue. Elle est sauvée.”
André rougit comme une fraise, tombe à genoux et ne trouve plus une parole… À la fin il dit:
“Maintenant je suis content. Que le Seigneur soit béni!”