200 – Aglaé et le parfum de sa joie d’être sauvée

25 juin 1945

Le lundi 25 juin 1945.

200.1 – Jésus rentre seul dans la maison du Zélote. Le soir va descendre, tranquille et serein après tant de soleil. Jésus se montre à la porte de la cuisine, salue et puis monte méditer dans la pièce à l’étage supérieur déjà préparée pour le souper.

Il ne paraît pas gai, le Seigneur. Il soupire souvent et va et vient dans la pièce. Il jette de temps à autre un regard sur la campagne environnante que l’on voit par les nombreuses portes de cette grande pièce qui forme un cube au-dessus du rez-de-chaussée. Il sort aussi se promener sur la terrasse en faisant le tour de la maison et s’arrête sur le côté arrière pour regarder Jean d’En-Dor qui courtoisement puise de l’eau au puits pour l’apporter à Salomé toute affairée. Il regarde, secoue la tête, soupire.

La puissance de son regard attire Jean qui se retourne pour regarder et qui demande:

“Maître, tu as besoin de moi?”

“Non, je te regardais seulement.”

“Il est bon, Jean. Il m’aide” dit Salomé.

“De cette aide aussi Dieu le récompensera.”

Jésus, après ces paroles, rentre dans la pièce et s’assied.

200.2 – Il est tellement absorbé qu’il ne remarque pas le bourdonnement de plusieurs voix et le bruit de nombreux pas à l’intérieur du corridor d’entrée, et puis deux pieds légers qui montent l’escalier extérieur et s’approchent de la pièce. C’est seulement quand Marie l’appelle qu’il lève la tête.

“Fils, Suzanne est arrivée à Jérusalem avec sa famille et m’a tout de suite amené Aglaé. Veux-tu l’entendre pendant que nous sommes seuls?”

“Oui, Mère, tout de suite et que personne ne monte jusqu’à ce que tout soit fini. J’espère avoir tout terminé avant le retour des autres. Mais je te prie de veiller pour qu’il n’y ait pas de curiosités indiscrètes… chez personne… et spécialement chez Judas de Simon.”

“J’y veillerai soigneusement…”

Marie sort pour revenir peu après tenant Aglaé par la main, non plus emmitouflée dans son manteau gris et dans son voile qui lui retombait sur le visage, non plus avec les sandales hautes et compliquées de boucles et de courroies qu’elle avait auparavant, mais toute semblable à une femme du pays avec ses sandales plates et basses, très simples comme celles de Marie, son vêtement bleu sombre sur lequel se drape le manteau, son voile blanc qu’elle porte comme les israélites du peuple c’est-à-dire posé simplement sur la tête avec un coin retombant sur les épaules, de sorte que le visage est voilé mais pas complètement. Le vêtement commun à une infinité d’autres femmes et le fait d’être dans un groupe de galiléens ont épargné à Aglaé d’être reconnue.

Elle entre, la tête inclinée, rougissant comme la pourpre à chaque pas qu’elle fait, et je crois que, si Marie ne l’avait pas poussée doucement vers Jésus, elle se serait agenouillée sur le seuil.

“Voici, Fils, celle qui te cherche depuis si longtemps. Écoute-la” dit Marie quand elle est près de Jésus.

Elle abaisse les rideaux sur les portes ouvertes et ferme celle qui est la plus proche de l’escalier.

200.3 – Aglaé quitte le petit sac qu’elle avait sur les épaules et puis s’agenouille aux pieds de Jésus et fond en larmes. Elle glisse jusqu’à terre et pleure, la tête appuyée sur ses bras croisés contre le sol.

“Ne pleure pas ainsi, ce n’est plus le moment. Il te fallait pleurer lorsque tu étais en haine pour Dieu. Pas maintenant que tu l’aimes et que tu en es aimée.”

Mais Aglaé continue de pleurer…

“Tu ne crois pas qu’il en est ainsi?”

Sa voix se fraye un chemin à travers les sanglots:

“Je L’aime, c’est vrai, comme je sais, comme je peux… mais, bien que je le sache et que je croie que Dieu est Bonté, je ne puis oser espérer qu’il me donne son amour. J’ai trop péché… Je l’aurai, peut-être, un jour… mais je dois encore tant pleurer… Pour l’instant, je suis seule dans mon amour. Je suis seule… Ce n’est pas la solitude désespérée des années passées. C’est une solitude pleine du désir de Dieu et qui n’est donc plus désespérée… mais si triste, si triste…”