“Oui, mon Fils. L’homme perçoit le parfum virginal… Je me souviens de Joseph. Je ne savais de quels mots me servir. Lui ne con- naissait pas mon secret… Et pourtant il m’aida à le dire parce que sa sainteté le lui avait fait percevoir.
Il avait perçu l’odeur de mon âme… Vois aussi Jean?…Quelle paix!… Et tout le monde le recherche… Judas de Kérioth, lui-même, bien que… Non, Fils, Judas n’est pas changé. Je le sais et tu le sais. Nous n’en parlons pas pour ne pas commencer la guerre. Mais sans en parler, nous savons… et même si nous n’en parlons pas les autres en ont l’intuition… Oh! mon Jésus! Les jeunes m’ont raconté aujourd’hui, à Gethsémani, l’épisode de Magdala et celui de la matinée du sabbat Deux paroles d'enfant qui disent que Judas "leur fait peur" : Benjamin de Magdala en EMV 184.7 et Marziam en EMV 196.6. … L’innocence parle… parce qu’elle voit par les yeux de son ange. Mais les plus âgés aussi se rendent compte… Ils n’ont pas tort. C’est un être fuyant… Tout en lui est fuyant… et j’ai peur de lui. J’ai sur les lèvres les mêmes paroles que Benjamin à Magdala et que Marziam à Gethsémani, car j’ai pour Judas la même répulsion que les enfants.”
“Ils ne peuvent tous être Jean…!”
“Mais je ne le prétends pas! Ce serait le paradis sur terre, alors. Mais vois, tu m’as parlé de l’autre Jean… Un homme qui a tué… mais il me fait seulement pitié. Judas me fait peur.”
“Aime-le, Mère! Aime-le par amour pour Moi!”
“Oui, Fils. Mais mon amour ne servira pas non plus. Il sera seulement une souffrance pour moi, et pour lui une faute. Oh! pourquoi est-il entré? Il trouble tout le monde, offense Pierre qui est digne de tout respect.”
199.9 – “Oui, Pierre est très bon. Pour lui, je ferais n’importe quoi parce qu’il le mérite.”
“S’il t’entendait, il dirait avec son bon sourire franc: “Ah! Seigneur, ce n’est pas vrai!” Et il aurait raison.”
“Pourquoi, Mère?” mais Jésus sourit déjà car il a compris.
“Parce que tu ne lui fais pas plaisir en lui donnant un fils. Il m’a dit toutes ses espérances, tous ses désirs… et tous tes refus.”
“Et il ne t’a pas dit la raison qui les justifie?”
“Si. Il me l’a dite, et il a ajouté: “C’est vrai… mais je suis un homme, un pauvre homme. Jésus s’obstine à voir en moi un grand homme. Mais je sais que je suis très mesquin et, à cause de cela… il pourrait me donner un enfant. Je me suis marié pour cela… je vais mourir sans en avoir”. Pierre me montrait l’enfant qui, heureux du beau vêtement que Pierre lui avait acheté, l’avait embrassé en disant: “Père aimé” et il m’a dit: “Tu vois, quand ce petit être qu’il y a dix jours je ne connaissais pas encore, me parle ainsi, je me sens devenir plus moelleux que le beurre et plus doux que le miel et je pleure, car… chaque jour qui passe éloigne de moi cet enfant…”
Marie se tait, observant Jésus, étudiant sa physionomie, attendant une parole…Mais Jésus a mis son coude sur son genou, sa tête appuyée sur sa main et il regarde l’étendue verte du verger.
Marie Lui prend la main et la caresse et dit:
“Simon a ce grand désir… Pendant que j’allais avec lui, il n’a pas arrêté de m’en parler, et avec des raisons si justes que… je n’ai rien pu dire pour le faire taire. C’étaient les mêmes raisons que nous pensons nous toutes, femmes et mères. L’enfant n’est pas robuste. S’il avait été comme Toi… oh! alors il aurait pu aller sans peur à la rencontre de la vie de disciple. Mais, comme il est chétif!… Très intelligent, très bon… mais rien de plus. Quand un tourtereau est délicat il ne peut prendre son vol tout de suite, comme font ceux qui sont forts. Les bergers sont bons… mais ce sont toujours des hommes. Les enfants ont besoin des femmes. Pourquoi ne le laisses-tu pas à Simon? Tant que tu lui refuses un enfant vraiment né de lui, je comprends le motif. Un petit, pour nous, c’est comme une ancre. Et Simon, destiné à un si grand rôle, ne peut avoir d’ancres qui le retiennent. Mais pourtant tu dois convenir que lui doit être le “père” de tous les enfants que tu lui laisseras. Comment peut-il être père s’il n’a pas été à l’école d’un petit? Un père doit être doux. Simon est bon, mais pas doux. C’est un impulsif et un intransigeant. Il n’y a qu’un enfant qui puisse lui enseigner l’art subtil de la compassion pour les faibles… Considère le sort de Simon… C’est bien ton successeur! Oh! je dois pourtant la dire, cette atroce parole! Mais pour toute la souffrance qu’il m’en coûte pour la dire, écoute-moi. Jamais je ne te conseillerais une chose qui ne serait pas bonne. Marziam… Tu veux en faire un parfait disciple… mais, c’est encore un enfant. Toi… tu t’en iras avant que lui ne soit homme. À qui alors le donner plutôt qu’à Simon pour compléter sa formation? Enfin, le pauvre Simon, tu sais quelles tribulations il a subies, même à cause de Toi de la part de sa belle-mère; et pourtant il n’a pas repris la plus petite parcelle de son passé, de sa liberté depuis un an, pour que le laisse en paix sa belle-mère que même Toi n’as pu changer. Et sa pauvre créature d’épouse? Oh! Elle a un tel désir d’aimer et d’être aimée. La mère? oh! … le mari? un cher autoritaire …Jamais une affection qui lui soit donnée sans trop exiger…
Pauvre femme!… Laisse-lui l’enfant. Écoute, Fils. Pour le moment, nous l’emmenons avec nous. Je viendrai, moi aussi en Judée. Tu m’y conduiras avec Toi chez une de mes compagnes du Temple et presque une parente parce qu’elle descend de David. Elle réside à Bet-Çur Élise. . Je la reverrai volontiers si elle vit encore. Ensuite, au retour en Galilée, nous le donnerons à Porphyrée. Quand nous serons dans les environs de Bethsaïda, Pierre le prendra. Quand nous viendrons ici, au loin, l’enfant restera avec elle. Ah! mais tu souris maintenant! Alors tu vas faire plaisir à ta Maman. Merci, mon Jésus.”
“Oui, qu’il soit fait comme tu veux.”
Jésus se lève et appelle à haute voix:
“Simon de Jonas, viens ici.”
Pierre sursaute et monte en vitesse l’escalier:
“Que veux-tu, Maître?”
“Viens ici, usurpateur et corrupteur!”
“Moi? Pourquoi? Qu’ai-je fait Seigneur?”
“Tu as corrompu ma Mère. C’est pour cela que tu voulais être seul. Qu’est-ce que je dois te faire? JÉSUS PLAISANTE : Ce passage a fait polémique auprès de certains : - les uns ne pouvant imaginer que Jésus plaisante de la manière dont on le fait avec les meilleurs amis (semblant les accuser de l'antithèse de ce qu'ils sont, à l'évidence). - Les autres effectuant une lecture partielle qui interprète la corruption dans l'isolement comme une pratique indigne et choquante. MARIE MÉDIATRICE DE TOUTES'GRÂCES : Sur le premier point, la plaisanterie, il faut noter que Jésus n'utilise pas la vulgarité généralement associée à ce type de plaisanterie, mais en tire une leçon sainte : Marie médiatrice de Toutes-Grâces. Il "évangélise" notre humanité. Pour l'autre, la lecture du contexte ôte tout doute sur l'intention de Pierre qui, trouvant une fin de non-recevoir à son désir le plus profond, demande le secours et la médiation de Marie. ”.
Mais Jésus sourit et Pierre se rassure.
“Oh! dit-il, tu m’as réellement fait peur! Mais maintenant tu ris… Que veux-tu de moi, Maître? Ma vie? Je n’ai plus qu’elle puisque tu m’as tout pris… mais, si tu la veux, je te la donne.”
“Je ne veux pas t’enlever, mais te donner. Cependant n’abuse pas de ta victoire et ne donne pas le secret à d’autres, homme rempli de fourberie qui triomphes du Maître avec l’arme de la parole maternelle. Tu auras l’enfant mais…”
Jésus ne peut plus parler car Pierre qui était à genoux se redresse vivement et baise Jésus avec une telle impétuosité qu’il Lui coupe la parole.
“Remercie-la, elle, pas Moi. Mais cependant rappelle-toi que cela doit t’aider et ne pas être pour toi un obstacle…”
“Seigneur, tu n’auras pas à regretter ton don… Oh! Marie! Que tu sois toujours bénie, sainte et bonne…”
Et Pierre, qui est retombé à genoux, pleure réellement en baisant la main de Marie…