Ils se sont tous agenouillés en tendant les mains.
Jésus pleure sur tant de misère et puis il ouvre les bras en criant:
“Père, je le veux: le salut, la vie, la vue et la santé pour eux.”
Il reste, les bras ouverts, dans une prière intense de tout son esprit. Il semble s’affiner et s’élever en priant, flamme d’amour, blanche et puissante dans la puissante lumière dorée du soleil.
“Maman, je vois!”
C’est le premier cri, auquel répond le cri de la mère qui presse contre son cœur l’enfant guérie, et puis le cri des autres et celui des apôtres… Le miracle est accompli.
“Toi, Jean, qui es prêtre, tu conduiras tes compagnons pour le rite. La paix soit avec vous. À vous aussi nous apporterons des vivres dans la soirée.”
Il bénit et se dispose à s’éloigner.
Mais Jean le lépreux crie:
“Je veux venir sur tes pas. Dis-moi ce que je dois faire, où je dois aller pour parler de Toi!”
“Sur cette terre désolée et nue qui a besoin de se convertir au Seigneur. Que la cité de Jérusalem soit ton champ d’action. Adieu.”
199.6 – “Et maintenant allons trouver la Mère” dit-il ensuite aux apôtres.
“Mais où est-elle?” demandent plusieurs.
“Dans une maison que Jean connaît. Dans la maison de la jeune fille guérie l’an dernier.” Cf. EMV 86.4/5, la guérison d'Annalia.
Ils entrent dans la ville, parcourent une bonne partie du faubourg populeux d’Ophel jusqu’à une petite maison blanche.
Jésus entre avec son doux salut dans la maison dont la porte est entrouverte. Il en sort la douce voix de Marie et la voix argentine d’Annalia et celle plus rude de sa mère. La jeune fille se prosterne en adorant, la mère s’agenouille, Marie se lève.
Elles voudraient retenir le Maître avec sa Mère. Mais Jésus, en promettant de revenir un autre jour, les bénit et prend congé. Pierre s’en va heureux avec Marie. Ils tiennent tous les deux l’enfant par la main et ressemblent à une famille heureuse. Beaucoup de gens se retournent pour les regarder. Jésus observe leur démarche avec un sourire.
“Simon est heureux!” s’exclame le Zélote.
“Pourquoi souris-tu, Maître?” demande Jacques de Zébédée.
“Parce que je vois dans ce groupe une grande promesse.”
“Quelle promesse, Frère? Que vois-tu?” demande le Thaddée.
“Voici ce que je vois: je pourrai m’en aller tranquille quand ce sera l’heure. Je ne dois pas craindre pour mon Église. Alors elle sera petite et chétive comme Marziam. Mais il y aura ma Mère, pour la tenir comme cela par la main et lui servir de Mère; et il y aura Pierre pour lui servir de père. Dans sa main honnête et calleuse, je puis, sans me préoccuper, mettre la main de mon Église naissante. Pierre lui donnera la force de sa protection, ma Mère la force de son amour. Et l’Église grandira… comme Marziam… C’est vraiment l’enfant-symbole! Que Dieu bénisse ma Mère, mon Pierre et leur enfant, notre enfant! Allons maintenant chez Jeanne…”
199.7 – … Et de nouveau nous sommes, au soir, dans la petite maison de Béthanie. Plusieurs, fatigués, se sont déjà retirés. Mais Pierre fait les cent pas dans le sentier, levant très souvent la tête vers la terrasse où sont assis, parlant ensemble, Jésus et Marie. Jean d’En-Dor, de son côté, parle avec le Zélote assis avec lui sous un grenadier tout en fleurs.
Marie a déjà beaucoup parlé, car j’entends Jésus lui dire:
“Tout ce que tu m’as dit est très juste et j’en garderai présente à mon esprit la justesse. Et, pour Annalia aussi, je dis que ton conseil est juste. Que l’homme l’ait accueilli avec tant de promptitude, c’est bon signe. Vraiment la haute société de Jérusalem est fermée et rancunière, je pourrais même dire remplie d’ordure. Mais dans son petit peuple, il y a des perles dont on ignore le prix. Je suis content qu’Annalia soit heureuse… C’est une créature qui appartient davantage au Ciel qu’à la terre, et peut-être l’homme Samuel son fiancé. Annalia a fait vœu de virginité, première des Vierges consacrées. Cf. EMV 156.3/5. , maintenant qu’il juge selon l’esprit, s’en rend compte et en a un respect révérenciel. Son idée d’aller ailleurs pour ne pas troubler par un sentiment humain le vœu candide de sa promise le prouve.”