Mais n’envisageons que les vrais apôtres, ceux qui sont de purs miroirs de Dieu. Ils sont paternels, miséricordieux, patients et en même temps forts comme leur Seigneur. Voilà que les esprits préparés par eux et par leur propre volonté sont comparables aux champs fertiles sans cailloux et sans ronces, nets de chiendent et d’ivraie. En eux prospère la parole de Dieu et toute parole: une semence fait une touffe et des épis, en donnant ici le cent pour cent, ailleurs le soixante, ailleurs encore le trente pour cent Conforme aux propos transmis par Matthieu 13,23 et Marc 4,20. Quant à Luc 8,15 et son surprenant "portent du fruit par la patience" Jean Carmignac a montré que pour passer, en hébreu, de "la patience" à "au centuple", il n'y a que deux lettres qui soit se touchent, soit sont séparées. Si elles ne se touchent pas tout à fait, ces lettres veulent dire "au centuple". . Y en a-t-il parmi ceux qui me suivent? Certainement et ils seront saints. Parmi eux, il y en a de toutes les castes, de tous les pays. Il y a même des gentils et qui pourtant donneront le cent pour cent par leur bonne volonté, uniquement par elle, ou bien par elle et celle d’un apôtre ou d’un disciple qui me les prépare.
Les champs épineux sont ceux où l’incurie a laissé pénétrer les enchevêtrements épineux des intérêts personnels qui étouffent la bonne semence. Il faut se surveiller toujours, toujours, toujours. Il ne faut jamais dire: “Oh! désormais je suis formé, ensemencé, je puis être tranquille que je donnerai des semences de vie éternelle”. Il faut se surveiller: la lutte entre le Bien et le Mal est continuelle. Avez-vous jamais observé une tribu de fourmis qui s’installent dans une maison? Les voilà sur le foyer. La femme n’y laisse plus de nourriture et la met sur la table; et elles flairent l’air et donnent l’assaut à la table. La femme les met dans la crédence, et elles passent par la serrure. La femme suspend ses provisions au plafond, et elles font un long chemin le long des murs et des soliveaux, elles descendent le long des cordes et dévorent. La femme les brûle, les empoisonne et puis reste tranquille, croyant les avoir détruites. Oh! si elle ne veille pas, quelle surprise! Voilà que sortent celles qui viennent de naître et tout est à recommencer. C’est ainsi tant qu’on vit. Il faut se surveiller pour extirper les mauvaises plantes dès qu’elles sortent, dans le cas contraire elles font un plafond de ronces et étouffent la graine. Les soucis mondains, la duperie des richesses créent l’enchevêtrement, noient les plantes semées par Dieu et les empêchent de former l’épi.
Voici maintenant les champs pleins de cailloux. Combien il y en a en Israël! Ce sont ceux qui appartiennent aux “fils des lois” comme l’a dit très justement mon frère Jude. Il ne s’y trouve pas la Pierre unique du Témoignage, il n’y a pas la Pierre de la Loi. Il y a la pierraille des petites, pauvres lois humaines créées par les hommes. Tant et tant qui, par leur poids, ont fait une carapace même à la Pierre de la Loi. C’est une ruine qui empêche tout enracinement de la semence. La racine n’est plus nourrie. Il n’y a plus de terre, plus de sucs nourriciers. L’eau fait pourrir parce qu’elle stagne sur les pavés des sillons. Le soleil échauffe les sillons et brûle les petites plantes. Ce sont les esprits de ceux qui ont remplacé par des doctrines humaines compliquées la simple doctrine de Dieu. Ils reçoivent, et même avec joie, ma parole. Sur le coup, elle les ébranle et les séduit. Mais ensuite… Il faudrait de l’héroïsme pour piocher jusqu’à débarrasser le champ, l’âme et l’esprit de toute la pierraille des rhéteurs. Alors la semence s’enracinerait et formerait une forte touffe. Autrement… elle ne donne rien. Il suffit de la crainte de représailles humaines. Il suffit d’une réflexion: “Mais, après cela? Que me feront-ils, les puissants?” et la pauvre semence languit sans nourriture. Il suffit que toute la pierraille s’agite avec le son vain des cent et cent préceptes qui se sont substitués au Précepte et voilà que l’homme périt avec la semence qu’il a reçue… Israël est rempli de ces hommes. Ceci explique comment le chemin vers Dieu va en sens inverse de celui de la puissance humaine.
Enfin, pour finir, les champs pleins de sentiers, poussiéreux, dénudés. Ce sont ceux des mondains, des égoïstes. Leur confort est leur loi, la jouissance est leur but. Ne pas se fatiguer, sommeiller, rire, manger… L’esprit du monde est roi chez eux. La poussière de la mondanité couvre le terrain qui devient stérile. Les oiseaux, qui symbolisent la dissipation, se précipitent sur les mille sentiers qu’on a ouverts pour rendre la vie plus facile. L’esprit du monde, c’est-à-dire du Malin, dévore et détruit toute semence qui tombe sur ce terrain ouvert à toutes les sensualités et à toutes les légèretés.
180.7 – Avez-vous compris? Avez-vous autre chose à demander? Non? Alors nous pouvons aller nous reposer pour partir demain pour Capharnaüm. Je dois aller encore dans un endroit avant de commencer le voyage vers Jérusalem pour la Pâque.”
“Passerons-nous encore par Arimathie?” demande l’Iscariote.
“Ce n’est pas sûr. Cela dépend des…”
On a frappé violemment à la porte.
“Mais qui peut-il être à cette heure?” dit Pierre en se levant pour aller ouvrir.
C’est Jean qui se présente, bouleversé, couvert de poussière avec des marques visibles de pleurs sur le visage.
“Toi ici? s’écrient-ils tous. Mais qu’est-il arrivé?”
Jésus qui s’est levé dit seulement:
“La Mère, où est-elle?”
Jean s’avance, va s’agenouiller aux pieds de son Maître, tendant les bras comme pour avoir du secours et dit: “La Mère se porte bien, mais elle est en larmes comme moi, comme tant de gens et elle te prie de ne pas venir en suivant le Jourdain de notre côté Jésus confirme en EMV 187.3 qu'il respecte ce souhait de sa mère, et en reparle à Marie en EMV 198.1/2. . Elle m’a fait revenir pour cela parce que… parce que Jean, ton cousin a été fait prisonnier…”
Et Jean pleure alors qu’un grand émoi saisit ceux qui sont présents.
Jésus devient très pâle mais ne se trouble pas. Il dit seulement:
“Lève-toi et raconte.”
“J’allais vers le sud avec la Mère et les femmes. Isaac et aussi Timon étaient avec nous. Trois femmes et trois hommes. J’ai obéi à ton ordre de conduire Marie auprès de Jean… ah! Tu le savais que c’était le dernier adieu!… Que ce devait être le dernier adieu. Les orages des jours derniers nous ont fait arrêter quelques heures, mais cela a suffi pour que Jean ne pût plus voir Marie… Nous sommes arrivés à la sixième heure et lui avait été pris au chant du coq… Gallicinium, "le chant du coq", correspondait à la dernière veille : de 3h à 6h du matin. ”
“Mais où? Mais comment? Par qui? Dans sa grotte?”
Tout le monde questionne, tous veulent savoir.
“Il a été trahi. On s’est servi de ton Nom pour le trahir!”
“Quelle horreur! Mais qui était-ce?” crient-ils tous.
Et Jean, en frissonnant dit tout bas cette horreur que l’air lui-même ne devrait pas entendre:
“Par l’un de ses disciples… Ce fait, qui ne semble être évoqué par aucune tradition, indique que Le Précurseur a lui aussi été trahi par un des siens. ”
L’émoi est à son comble. Les uns maudissent, d’autres pleurent, d’autres abasourdis restent immobiles comme des statues.