180.8 – Jean s’attache au cou de Jésus et crie:
“J’ai peur pour Toi! pour Toi! pour Toi! Les saints ont leurs traîtres qui se vendent pour de l’or, pour de l’or et par peur des grands, par l’appât d’une récompense, par… par soumission à Satan. Pour mille et mille choses! Oh! Jésus, Jésus, Jésus! Quelle douleur! Mon premier maître! Mon Jean qui m’a donné à Toi!”
“Du calme! Il ne m’arrivera rien pour le moment.”
“Mais après? Mais après? Je me regarde… je regarde ceux-ci… j’ai peur de tous, même de moi. Il y aura parmi nous ton traître…”
“Mais tu es fou? Et tu crois que nous ne le mettrions pas en pièces?” crie Pierre.
Et l’Iscariote:
“Oh! vraiment fou! Moi, je ne trahirai jamais. Mais, si je me sentais affaibli au point de le faire, je me tuerais C'est le germe de l'idée de suicide, que Judas mettra en œuvre après sa trahison (EMV 605.1/13). . Cela vaut mieux que d’être le meurtrier de Dieu.”
Jésus se dégage de l’étreinte de Jean et secoue rudement l’Iscariote en lui disant:
“Ne blasphème pas! Rien ne pourra t’affaiblir si tu ne le veux pas. Et si cela arrivait, il faudrait pleurer et ne pas commettre un crime qui s’ajoute au déicide. Devient faible celui qui rompt le lien vivant avec Dieu.”
180.9 – Puis il se tourne vers Jean qui pleure, la tête appuyée sur la table et il dit:
“Parle avec ordre. Moi aussi je souffre. C’était mon sang et mon Précurseur.”
“Je n’ai vu que ses disciples, une partie d’entre eux, consternés et furieux contre le traître. Les autres ont accompagné Jean à la prison pour être à côté de lui à sa mort.”
“Mais il n’est pas encore mort… l’autre fois il a pu s’enfuir” dit le Zélote qui aime beaucoup Jean, pour essayer de le réconforter.
“Il n’est pas encore mort, mais il mourra” répond Jean.
“Oui, il mourra. Il le sait comme Moi, je le sais Jésus ne l'avait d'ailleurs pas caché à Jean lui-même, en lui rendant visite au EMV 148.2. La mort du Baptiste est annoncée en EMV 270.7. . Rien, ni personne ne le sauvera cette fois. Quand? Je ne sais pas. Je sais qu’il ne sortira pas vivant des mains d’Hérode.”
“Oui, d’Hérode. Écoute. Il est allé vers cette gorge par laquelle nous sommes passés, nous aussi en revenant en Galilée C'était lors de la rencontre avec la samaritaine Fotinaï en EMV 143.4. , entre les monts Ebal et Garizim, parce que le traître lui avait dit: “Le Messie est mourant après avoir été assailli par des ennemis. Il veut te voir pour te confier un secret”. Et il est parti avec le traître et quelques autres. À l’ombre du vallon étaient les soldats d’Hérode qui l’ont pris. Les autres se sont enfuis, apportant la nouvelle aux disciples restés près d’Hennon. Ils venaient d’arriver quand je les ai rejoints avec la Mère. Et ce qui est horrible, c’est que c’était un de nos régions… et que ce sont les pharisiens de Capharnaüm qui sont à la tête du complot Ce sont probablement Joachim et Élie de Capharnaüm qui ont organisé ce complot. (Voir EMV 182.1). . Ils étaient allés le trouver en disant que tu avais été leur hôte et que, de là, tu étais parti pour la Judée… Il ne serait pas sorti de son refuge pour un autre que Toi… Enon, en limite de la Décapole et de la Samarie, était hors de la juridiction d'Hérode. Jean y était à l'abri. ”
180.10 – Un silence de mort succède au récit de Jean. Jésus semble à bout: ses yeux d’un bleu très sombre sont comme embués. Il est là, la tête inclinée, la main encore posée sur l’épaule de Jean et sa main est agitée par un léger tremblement. Personne n’ose parler. Jésus rompt le silence:
“Nous irons en Judée par une autre route. Mais demain je dois aller à Capharnaüm, le plus tôt possible. Reposez- vous. Je monte dans les oliviers. J’ai besoin d’être seul.”
Et il sort sans rien ajouter.
“Il va certainement pleurer” murmure Jacques d’Alphée.
“Suivons-le, frère” dit Jude Thaddée.
“Non, laissez-le pleurer. Seulement, sortons doucement et soyons à l’écoute. Je crains des pièges de tous côtés” répond le Zélote.
“Oui, allons. Nous pêcheurs sur la rive et si quelqu’un vient du large, nous le verrons. Vous parmi les oliviers. Il est sûrement à sa place habituelle, près du noyer. À l’aube nous préparerons les barques pour partir au plus vite. Ces serpents! Hé! je l’ai dit, moi! Dis, garçon? Mais… la Mère est elle bien en sûreté?”
“Oh! oui! Même les bergers disciples de Jean sont allés avec elle. André… nous ne le verrons plus, notre Jean!”
“Tais-toi! Tais-toi! Il me semble que c’est comme le chant du coucou… L’un précède l’autre et… et…”
“Pour l’Arche Sainte! Taisez-vous! Si vous parlez encore de malheur au Maître, je commence par vous faire apprécier le goût de ma rame sur vos reins!” crie Pierre furieux. “Vous” dit-il ensuite à ceux qui restent parmi les oliviers “prenez des bâtons, de grosses branches. Il y en a là, dans le bûcher et disséminez-vous avec vos armes. Le premier qui s’approche de Jésus pour Lui nuire, qu’on le tue.”
“Les disciples! Les disciples! Il faut être prudent avec les nouveaux!” s’exclame Philippe.
Le nouveau disciple se sent blessé et dit:
“Doutes-tu de moi? C’est Lui qui m’a choisi et voulu.”
“Pas de toi, mais de ceux qui sont scribes et pharisiens et de ceux qui les adorent. C’est de là que viendra la ruine, croyez-le.”
Ils sortent et s’éparpillent les uns dans les barques, les autres dans les oliviers des collines, et tout prend fin.