“Je vais à la recherche de travail. Si j’étais mieux nourrie, je guérirais des fièvres et si j’étais guérie, je pourrais travailler aux grains.”
“Tu crois que la nourriture seule te guérirait?”
“Non. Il y a aussi Toi.., mais je suis une pauvre chose, une trop pauvre chose pour pouvoir demander la pitié.”
“Et si je te guérissais que voudrais-tu après?”
“Rien de plus. J’aurais eu déjà bien plus que je ne puis espérer.”
Jésus sourit et lui donne un morceau de pain humecté d’un peu d’eau vinaigrée qui sert de boisson. La femme le mange sans parler et Jésus continue de sourire.
172.10 – Le repas est vite fini. Il était tellement frugal! Apôtres et disciples vont chercher de l’ombre sur les pentes, parmi les buissons. Jésus reste sous la tente. Le vieillard s’est allongé sur l’herbe et s’endort de fatigue.
Peu après la femme, qui pourtant s’était éloignée pour se reposer à l’ombre, vient vers Jésus qui lui sourit pour l’encourager. Elle avance, timide et pourtant joyeuse, jusqu’à ce qu’elle arrive près de la tente et puis, vaincue par la joie, elle fait rapidement les derniers pas et tombe prosternée avec un cri étouffé:
“Tu m’as guérie! Béni! C’est l’heure du grand frisson, et je ne l’ai plus… Oh!” et elle baise les pieds de Jésus.
“Es-tu sûre d’être guérie? Je ne te l’ai pas dit. Ce pourrait être un hasard…”
“Oh! non! Maintenant j’ai compris ton sourire quand tu m’as donné ce pain. Ta puissance est entrée en moi avec cette bouchée. Je n’ai rien à te donner en échange, rien d’autre que mon cœur. Commande à ta servante, Seigneur, et elle t’obéira jusqu’à la mort.”
“Oui. Tu vois ce vieil homme? Il est seul et c’est un juste. Tu avais un mari et la mort te l’a enlevé. Lui avait une fille et l’égoïsme la lui a enlevée. C’est pire. Et pourtant, il ne maugrée pas. Mais il n’est pas juste qu’il s’en aille seul vers sa dernière heure. Sois une fille pour lui.”
“Oui, mon Seigneur.”
“Mais cela veut dire travailler pour deux.”
“Je suis forte, maintenant, et je le ferai.”
172.11 – “Alors, va là-bas sur cette pente et dis à l’homme qui s’y repose, à celui-là qui est vêtu de toile bise, qu’il vienne me trouver.”
La femme s’en va promptement et revient avec Simon le Zélote.
“Viens, Simon. J’ai à te parler. Attends, femme.”
Jésus s’éloigne de quelques mètres.
“Penses-tu que Lazare aurait difficulté à accueillir une travailleuse de plus?”
“Lazare? Mais je crois qu’il ne sait même pas combien il a de serviteurs. Un de plus, un de moins!… Mais, qui est-ce?”
“Cette femme. Je l’ai guérie et…”
“Ça suffit, Maître. Si tu l’as guérie, c’est signe que tu l’aimes. Ce que tu aimes est sacré pour Lazare. Je m’engage pour lui.”
“C’est vrai, ce que j’aime est sacré pour Lazare. Tu as bien dit. Et pour cette raison Lazare deviendra saint, car aimant ce que j’aime, il aimera la perfection. Je veux unir ce vieil homme à cette femme et faire faire joyeusement à ce patriarche sa dernière Pâque. J’aime beaucoup les vieillards qui sont saints et si je peux leur donner un crépuscule serein, je suis heureux.”
“Tu aimes aussi les enfants…”