172 – Quatrième sermon sur la Montagne : le serment, la prière, le jeûne. Le vieil Ismaël et Sarah
26 mai 1945
Le Sermon sur la Montagne.
Le samedi 26 mai 1945.
172.1 – Le sermon sur la montagne continue.
Au même endroit et à la même heure. La foule est la même, sauf le romain On apprend plus tard que ce romain en civil est en fait le centurion de Capharnaüm en mission de renseignement sur cet attroupement. Détail d'authenticité pour une force d'occupation et une administration romaine très centralisée. Mais qui a son importance dans la justification de l'Évangile : c'est parce que le centurion a écouté l'enseignement de Jésus qu'il a été touché et qu'il confessera sa foi dans son pouvoir. , peut-être encore plus nombreuse car il y en a jusqu’au commencement des sentiers qui vont vers la vallée Il s'agit des sentiers plus précisément décrits un peu plus loin, en EMV 174.3 et EMV 174.8. .
Jésus parle:
“Une des erreurs fréquente chez l’homme c’est le manque d’honnêteté même envers lui-même. Comme l’homme a du mal à être sincère et honnête, il s’est façonné un mors pour s’obliger à suivre la voie qu’il a dite. C’est un mors que du reste, lui, comme un cheval indompté, change facilement de place pour modifier à son gré sa marche, ou qu’il enlève complètement, agissant à sa fantaisie sans plus se soucier des reproches qu’il peut recevoir de Dieu, des hommes et de sa propre conscience.
Ce mors, c’est le serment. Mais le serment n’est pas nécessaire entre gens honnêtes, et Dieu, en ce qui le concerne, ne vous l’a pas enseigné, au contraire Il vous a fait dire: “Ne dites pas de faux témoignages” Interdiction du Décalogue : Exode 20,16 et Deutéronome 5,20. L'enseignement sur le faux témoignage a déjà été donné par Jésus à ses apôtres, lors de la retraite commune à la Belle-Eau, deux mois auparavant : EMV 130. sans rien ajouter d’autre. Parce que l’homme devrait être franc sans qu’il ait besoin d’autre chose que de la fidélité à sa parole.
Quand dans le Deutéronome on parle des vœux, même des vœux qui sont une chose venant d’un cœur qui se croit lié à Dieu ou par sentiment de besoin ou par sentiment de reconnaissance, il est dit: “Tu dois garder la parole une fois sortie de tes lèvres, en faisant ce que tu as promis au Seigneur ton Dieu, ce que tu as prononcé volontairement de ta bouche” Selon Deutéronome 23,23. Rappelé en Matthieu 5, 33 : Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur. . On parle toujours de parole donnée, sans autre chose que la parole.
Celui qui sent le besoin de faire un serment, c’est que déjà il n’est pas sûr de lui-même ni de l’opinion du prochain à son égard. Et celui qui exige le serment c’est qu’il se défie de la sincérité et de l’honnêteté de celui qui le prononce. Comme vous le voyez, cette habitude du serment est une conséquence de la malhonnêteté de l’homme. Et c’est une honte pour l’homme. Double honte car l’homme n’est même pas fidèle à cette chose honteuse qu’est le serment et, se moquant de Dieu avec la même facilité qu’il se moque du prochain, il arrive à se parjurer avec la plus grande facilité et la plus grande tranquillité.
172.2 – Peut-il y avoir une créature plus abjecte que le parjure? Celui-ci use souvent d’une formule sacrée en demandant par conséquent la complicité et la garantie de Dieu ou bien il invoque les affections les plus chères: le père, la mère, l’épouse, les enfants, ses morts, sa vie elle-même et ses organes les plus précieux, qu’il appelle à l’appui de ses dires mensongers, il amène ainsi son prochain à se fier à lui. Il le trompe donc. C’est un sacrilège, un voleur, un traître, un homicide. De qui? Mais de Dieu, puisqu’il mélange la Vérité à l’infamie de ses mensonges et le bafoue en le bravant: “Frappe-moi, démens-moi si Tu peux. Tu es là-bas, moi je suis ici et je m’en ris”. Oui!
Riez, riez bien, ô menteurs et railleurs! Mais viendra le moment où vous ne rirez pas et ce sera quand Celui à qui est remis tout pouvoir vous apparaîtra terrible dans sa majesté et par son seul aspect vous rendra attentifs et vous foudroiera de son seul regard, avant, avant encore que sa voix ne vous précipite vers votre destin éternel en vous marquant de sa malédiction.
C’est un voleur, car il s’approprie une estime qu’il ne mérite pas. Le prochain frappé par son serment la lui accorde et le serpent s’en fait un ornement en se montrant pour ce qu’il n’est pas. C’est un traître, car par son serment il promet une chose qu’il ne veut pas tenir.
C’est un homicide parce que soit il tue l’honneur de son semblable en lui enlevant par son faux serment l’estime du prochain, soit il tue sa propre âme, car le parjure est un abject pécheur aux yeux de Dieu qui voient même si personne d’autre ne la voit, la vérité. On ne trompe pas Dieu ni avec des paroles menteuses ni par une conduite hypocrite. Lui voit. Pas un seul instant Il ne perd de vue chacun des hommes. Il n’y a pas de forteresse ni de souterrain où ne puisse pénétrer son regard. Même en votre intérieur, la forteresse que chaque homme a autour de son cœur, Dieu pénètre. Et Il ne vous juge pas sur vos serments mais sur vos actions.
172.3 – Voilà pourquoi Moi, à l’ordre qui vous a été donné, quand fut mis en usage le serment pour mettre un frein au mensonge et à la facilité de manquer à la parole donnée, je substitue un autre ordre. Je ne dis pas comme les anciens: “Ne vous parjurez pas, mais soyez fidèles à vos serments” Selon Lévitique 19,11-12. , mais je vous dis: “Ne faites jamais de serments”. Ni au nom du Ciel qui est le trône de Dieu, ni par la terre qui est l’escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem et son Temple qui sont la cité du grand Roi et la maison du Seigneur notre Dieu. Ainsi que le rapporte Matthieu 5,34-36 et Jacques 5,12.
Ne jurez pas sur les tombes des trépassés ni sur leurs esprits. Les tombes sont pleines des restes de ce qui est inférieur dans l’homme et de ce qui est commun avec les brutes. Les esprits, laissez-les dans leurs demeures. Faites qu’ils ne souffrent pas et ne soient pas horrifiés s’il s’agit des esprits de justes qui sont déjà dans une préconnaissance de Dieu. Et parce qu’il s’agit d’une préconnaissance, c’est-à-dire une connaissance partielle car jusqu’au moment de la Rédemption ils ne posséderont pas Dieu dans la plénitude de sa splendeur, ils ne peuvent pas ne pas souffrir de vous voir pécheurs. Et, s’ils ne sont pas justes, n’augmentez pas leur tourment en leur rappelant leur péché par le vôtre. Laissez, laissez les morts saints dans la paix et ceux qui ne sont pas saints dans leur peine. N’enlevez rien aux premiers, n’ajoutez rien aux seconds.
Pourquoi faire appel aux morts? Ils ne peuvent parler. Les saints parce que la charité le leur défend: ils devraient trop souvent vous démentir. Les damnés parce que l’Enfer n’ouvre pas ses portes et que les damnés n’ouvrent la bouche que pour maudire et parce que toute voix est étouffée par la haine de Satan et des satans car les damnés sont des satans.
Ne jurez ni sur la tête de votre père, ni sur celle de votre mère, ni sur celle de votre épouse ou de vos enfants innocents. Vous n’en avez pas le droit. Sont-ils par hasard de l’argent ou une marchandise? Sont-ils une signature sur un papier? Ils sont plus et moins que ces choses. Ils sont le sang et la chair de ton sang, homme, mais ils sont aussi des créatures libres et tu ne peux t’en servir comme esclaves pour garantir un faux que tu as fait. Et ils sont moins que ta propre signature car tu es intelligent, libre et adulte et non pas un interdit ou un enfant qui n’est pas au courant et qui, pour cette raison, doit être représenté par ses parents. Tu es ce que tu es: un homme doué de raison et par conséquent tu es responsable de tes actions et tu dois agir par toi-même, en garantissant tes actions et tes paroles par ton honnêteté et ta sincérité, l’estime que tu as su faire naître chez le prochain, non pas l’honnêteté, la sincérité des parents et l’estime qu’eux ont su faire naître. Les pères sont-ils responsables de leurs enfants? Oui, mais tant qu’ils sont mineurs. Ensuite chacun est responsable de lui-même. Les enfants des justes ne sont pas toujours des justes, et une femme sainte n’est pas toujours mariée à un homme saint. Pourquoi alors baser votre garantie sur la justice de votre conjoint? Pareillement d’un pécheur peuvent naître des enfants saints et tant qu’ils sont innocents, ils sont tous des saints. Pourquoi alors prendre un être pur pour garantir cet acte impur qui est le serment auquel on veut ensuite manquer?
Ne jurez pas non plus par votre tête, vos yeux, votre langue et vos mains. Vous n’en avez pas le droit. Tout ce que vous avez appartient à Dieu. Vous n’êtes que les gardiens temporaires des trésors moraux ou matériels que Dieu vous a accordés. Pourquoi alors disposer de ce qui n’est pas à vous? Pouvez-vous ajouter un cheveu à votre tête ou en changer la couleur? Et, si vous ne pouvez le faire, pourquoi garantir un serment que vous faites par votre vue, votre parole, la liberté de vos membres? Ne bravez pas Dieu. Il pourrait vous prendre au mot et assécher vos yeux, comme Il peut sécher les arbres de vos vergers, ou vous enlever vos enfants comme Il peut vous arracher vos maisons, pour vous rappeler que Lui est le Seigneur et vous ses sujets et que maudit est celui qui s’idolâtre au point de se considérer supérieur à Dieu en le bravant par le mensonge.
172.4 – Que votre parler soit: oui si c’est oui, non si c’est non Cette parole, rapportée par Matthieu et Jacques (voir ci-dessus), est également reprise par Paul en 2 Corinthiens 1,17b-18. . Rien de plus. Ce que vous dites de plus, c’est le Malin qui vous le suggère, pour rire ensuite de vous parce que ne pouvant tout retenir, vous tombez dans le mensonge et on vous bafoue et vous vous faites une réputation de menteurs.
Sincérité, fils. Dans la parole et dans la prière. Ne faites pas comme les hypocrites. Quand ils prient, ils aiment à rester debout dans les synagogues ou aux coins des places pour que les hommes les voient et les louent comme hommes pieux et justes, mais quand ils sont dans leurs familles, ils offensent Dieu et le prochain. Ne voyez-vous pas, à la réflexion, que c’est une sorte de parjure L'invective contre les hypocrites est rapportée par Matthieu 6,5, mais l'originalité de sa justification comme forme de parjure mérite attention. ? Pourquoi vouloir soutenir ce qui n’est pas vrai dans le but de conquérir une estime que vous ne méritez pas? La prière hypocrite se propose de dire: “En vérité moi, je suis un saint. Je le jure aux yeux de ceux qui me voient prier et qui ne peuvent démentir de me voir prier”. C’est un voile dont on couvre une méchanceté réelle. La prière faite dans cette Intention devient un blasphème.
Laissez à Dieu le soin de vous proclamer saints. Et faites que toute votre vie crie pour vous: “Voici un serviteur de Dieu”. Mais vous, vous, par charité pour vous-mêmes, gardez le silence. Ne faites pas de votre langue, poussée par votre orgueil, un objet de scandale aux yeux des anges. Il vaudrait mieux devenir muets à l’instant, si vous n’avez pas la force de commander à votre orgueil et à votre langue qui vous poussent à vous proclamer vous-mêmes justes et agréables à Dieu. Laissez aux hommes orgueilleux et faux cette pauvre gloire! Laissez-leur, à eux cette récompense éphémère. Pauvre récompense! Mais c’est celle qu’ils veulent et ils n’en auront pas d’autre car ils ne peuvent en avoir qu’une. Ou la vraie récompense qui vient du Ciel et est éternelle et juste ou cette fausse récompense qui vient de la terre et qui dure autant que la vie de l’homme et encore moins, et il faut ensuite la payer, étant injuste, après la vie par une très mortifiante punition.
172.5 – Écoutez comment vous devez prier par vos lèvres, par votre travail, par tout vous-mêmes, par l’impulsion d’un cœur qui aime Dieu, oui, en voyant en Lui un Père, mais [d’un cœur] qui se souvient aussi qui est le Créateur, et qui est la créature et qui se tient avec un respectueux amour en présence de Dieu, toujours, soit que vous priez ou vous occupiez d’affaires, soit que vous marchiez ou vous reposez, soit que vous receviez un salaire ou en fassiez bénéficier un autre.
Par l’impulsion du cœur, ai-je dit. C’est la qualité première et essentielle, car tout vient du cœur. Tel est le cœur, telle la pensée, la parole, le regard, l’action. C’est de son cœur que le juste tire le bien, et plus il en tire plus il en trouve, car le bien que l’on fait donne naissance à un bien nouveau. C’est comme le sang qui se renouvelle dans le circuit des veines et revient au cœur toujours enrichi d’éléments nouveaux venant de l’oxygène qu’il a absorbé ou des sucs des aliments qu’il a assimilés Cette mention a été considérée comme anachronique puisque Le mot "oxygène" est d'origine récente (Lavoisier). Mais Jésus a déjà indiqué qu'il utilisait parfois des termes "modernes" pour adapter le langage à notre temps (un peu comme il utilise l'italien pour se faire comprendre de Maria Valtorta qui ne connaissait pas l'araméen NDLR). Quatre siècles avant J.-C., dans son livre « Du Cœur » (Περί Καρδίής, § 10 et 11) Hippocrate s'interrogeait déjà sur la circulation du sang dans les veines et sur le rôle présumé de l'air et des nutriments qu'il transporte. L'explication donnée par Jésus était donc "audible" par l'assistance (Source : note de Jean-François Lavère). . L’homme pervers, au contraire, ne peut tirer de son cœur ténébreux et rempli de mensonge et de poison que mensonge et poison qui se développent toujours plus, fortifiés qu’ils sont par les fautes qu’ils accumulent comme s’accumulent sur celui qui est bon les bénédictions de Dieu. Croyez en effet que c’est le trop plein du cœur qui déborde des lèvres et se manifeste dans les actions.