Oh! Mère… Je m’enfuis le soir même avec le dégoûtant patricien. Je fus un chiffon piétiné par son animalité… Non pas déesse: fange. Non pas perle: fumier. Il ne me révéla pas la vie, mais l’ordure de la vie, l’infamie, le dégoût, la douleur, la honte, l’infinie misère de ne même plus m’appartenir… Et puis… la chute totale. Après six mois d’orgie, fatigué de moi, il passa à de nouveaux amours et je fus dans la rue. J’exploitai mes talents de danseuse… Je savais désormais que ma mère était morte de chagrin. Je n’avais plus de maison, plus de père… Un maître de danse m’accueillit dans son gymnase. Il me perfectionna… il m’exploita…il me lança comme une fleur au courant de tous les arts sensuels au milieu du patriciat corrompu de Rome. La fleur déjà souillée tomba dans un égout. Ce furent dix années de descente dans l’abîme Cohérent: plus haut Aglaé a dit qu'elle a 26 ans, et plus loin, que sa déchéance a commencé quand elle avait 14 ans. . Toujours plus bas. Puis on m’amena ici pour charmer les loisirs d’Hérode et je fus prise par un nouveau maître. Oh! il n’y a pas de chien enchaîné qui soit plus enchaîné que l’une de nous! Et il n’y a pas d’éleveur de chiens plus brutal que l’homme qui possède une femme! Mère… tu trembles! Je te fais horreur!”

Marie s’est porté la main au cœur comme si elle avait reçu un coup. Mais elle répond:

“Non, pas toi. Ce qui me fait horreur, c’est le Mal qui domine tant la terre. Continue, pauvre enfant!”

“Il m’amena à Hébron… J’étais libre? J’étais riche? Oui, parce que je n’étais pas en prison et que j’étais couverte de bijoux. Non, parce que je ne pouvais voir que ceux que lui voulait et je ne pouvais même plus disposer de moi.

168.6 – Un jour il vint à Hébron un homme: l’Homme, ton Fils Rencontre décrite en EMV 77.5/6. . Cette maison Lui était chère. Je le sus et l’invitai à entrer. Shammai n’était pas là Il s'agit, comme on l'a appris en EMV 123.7, d'un débauché, ami d'Hérode. Il ne doit pas être confondu avec le rabbi Shammaï. … et par la fenêtre j’avais déjà entendu des paroles et vu une personne qui m’avaient bouleversé. Mais, je te jure, ô Mère, que ce ne fut pas la chair qui me poussa vers ton Jésus. Ce fut une chose que Lui me révéla qui me poussa sur le seuil, méprisant les plaisanteries du vulgaire, pour Lui dire: “Entre”. Ce fut mon âme dont j’eus alors la révélation. Il me dit: “Mon nom veut dire: Sauveur. Je sauve ceux qui ont un vrai désir d’être sauvés. Je sauve en enseignant à être pur, à vouloir la souffrance mais l’honneur, le Bien à tout prix. Je suis Celui qui cherche ceux qui sont perdus, Celui qui donne la Vie. Je suis Pureté et Vérité”. Il me dit que j’avais moi aussi une âme et que je l’avais tuée par ma manière de vivre. Mais il ne me maudit pas, ne se moqua pas de moi. Il ne me regarda pas un instant! Le premier homme qui ne me dévisagea pas d’un regard avide, car j’ai la terrible malédiction d’attirer l’homme… Il me dit que qui le cherche le trouve parce que Lui se trouve où l’on a besoin de médecin et de remèdes. Et il est parti. Mais ses paroles étaient ici, et elles ne sont plus sorties.

Il m’a dit que son Nom voulait dire Sauveur comme pour commencer à me guérir. Ses paroles m’étaient restées ainsi que ses amis les bergers. Et je fis le premier pas en leur donnant l’obole et en demandant leur prière C'est conforme à ce que Élie rapporte à Jésus en EMV 79.4 . L'obole, est celle qui permit l'évasion de Jean… … Et puis… Je me suis enfuie…

Oh! sainte fugue que celle-là! J’ai fui le péché, à la recherche du Sauveur. Je suis allée le chercher, certaine de le trouver parce que Lui me l’avait promis. On m’envoya auprès d’un homme du nom de Jean Effectivement, on sait depuis EMV127.3, qu'Aglaé est allée à Enon rencontrer la Baptiste. , en me disant que c’était Lui. Mais ce n’était pas Lui. Un hébreu me dirigea vers “La Belle Eau” Ce pourrait être par exemple Doras, justement présent à Enon ce jour-là. . Je vivais en vendant l’or que j’avais en grande quantité. Pendant les mois où j’étais à sa recherche Plus précisément de juin à novembre 27. , j’avais dû me couvrir le visage pour n’être pas reprise et parce que, réellement, Aglaé était ensevelie sous ce voile.

Morte la vieille Aglaé. Il y avait sous ce voile sa pauvre âme blessée et exsangue qui cherchait son médecin. Bien des fois, j’ai dû fuir l’homme qui me poursuivait bien qu’ainsi camouflée dans mon vêtement. Même un des amis de ton Fils … À Jéricho, Judas s'était renseigné à son sujet (EMV 112.2).

168.7 – À “La Belle Eau” je vivais comme une bête: pauvre mais heureuse. Les averses et le fleuve me purifièrent moins que ses paroles. Oh! Aucune ne s’est perdue. Une fois il pardonna à un assassin Cf. EMV 119.2. Jésus est à l'écart, mais à une dizaine de mètres d'Aglaé lorsque l'assassin avoue son crime. Elle seule a pu entendre ! . J’entendis et je fus sur le point de Lui dire: “Pardonne-moi, à moi aussi”. Une autre fois il parla de l’innocence perdue… Oh! quels pleurs de regret! Une autre fois il guérit un lépreux Cf. EMV 128.1/2. … et je fus sur le point de crier: “Purifie-moi de mon péché…” Une autre fois il guérit un fou et c’était un romain Cf. EMV 129.2. … et je pleurai… et il me fit dire que les patries passent mais que le Ciel reste. Un soir de tempête, il m’accueillit dans la maison Cf. EMV 124.4. … et puis il me fit trouver un logement par le régisseur… et il me fit dire par un enfant: “Ne pleure pas”… Oh! sa bonté! Oh! ma misère! Si grandes toutes les deux que je n’osai pas apporter ma misère à ses pieds… bien que l’un des siens m’eût instruit, la nuit, sur l’infinie miséricorde de ton Fils En EMV 198.11, Jésus confirme à Marie qu'il s'agissait d'André. . Et puis il fut exposé aux pièges de gens qui voulaient voir un péché dans le désir qu’avait une âme de renaître. Mon Sauveur est parti… et moi je l’ai attendu… Mais l’attendait aussi la vengeance de gens bien plus indignes que moi de le regarder. Car moi, j’ai péché en païenne contre moi-même, alors qu’eux pèchent, connaissant déjà Dieu, contre le Fils de Dieu… et ils m’ont frappée et plus que leurs pierres m’a blessée leur accusation, plus que dans ma chair, ils m’ont blessée dans ma pauvre âme en l’amenant à désespérer.

Oh! la lutte terrible avec moi-même! Déchirée, sanglante, blessée, fiévreuse, privée de mon Médecin, sans toit, sans pain, j’ai regardé en arrière, devant moi… Le passé me disait: “Reviens”, le présent me disait: “Tue-toi”, l’avenir me disait: “Espère”. J’ai espéré… Je ne me suis pas tuée. Je le ferais si Lui me chassait car je ne veux plus être ce que j’étais!… Je me suis traînée jusqu’à un pays à la recherche d’un abri… Mais j’ai été reconnue. Comme une bête, j’ai dû fuir, ici, là, toujours poursuivie, toujours méprisée, toujours maudite parce que je voulais être honnête et parce que j’avais déçu ceux qui, par mon intermédiaire, voulaient frapper ton Fils. En suivant le fleuve je suis remontée jusqu’en Galilée et suis venue ici…

Tu n’y étais pas. Je suis allée à Capharnaüm. Tu venais d’en partir Cohérent: Marie était à Capharnaüm le 1er février... et Elle est retournée à Nazareth le 6 février. Aglaé passa à Nazareth entre le 2 et le 6 février, puis à Capharnaüm vers le 7 février, pour finalement revenir à Nazareth le 13. . Mais un vieil homme m’a vue. Un de ses ennemis, et il m’a fait un texte d’accusation pour Lui, ton Fils, et comme je pleurais sans réagir, il m’a dit… il m’a dit… “Tout pourrait changer pour toi si tu voulais être ma maîtresse et ma complice pour accuser le Rabbi nazaréen. Il suffit que tu dises, devant mes amis, que Lui était ton amant…”Je me suis enfuie comme quelqu’un qui verrait s’ouvrir un buisson de fleurs sous un nid de serpents Il ne peut s'agir que d'un des deux plus virulents ennemis de Jésus à Capharnaüm: soit Joachim du sanhédrin, soit Éli, qui aurait vite oublié la guérison de son petit-fils Élysée. .

168.8 – J’ai compris, de cette façon, que je ne puis aller à ses pieds… et je viens aux tiens. Voici: piétine-moi, je ne suis que boue. Voici: chasse-moi, je suis la pécheresse. Voici: dis-moi mon nom: prostituée. J’accepterai tout de toi, mais aie pitié de moi, Mère. Prends ma pauvre âme souillée et porte-la à Lui. C’est un péché que de remettre entre tes mains ma luxure. Mais il n’y a que là qu’elle sera protégée du monde, qui la veut, et deviendra pénitence. Dis-moi comment je dois faire. Dis-moi ce que je dois faire. Dis-moi quels moyens je dois mettre en œuvre pour n’être plus Aglaé. Que dois-je mutiler en moi? Qu’est-ce que je dois m’arracher pour n’être plus péché, plus séduction, pour n’avoir plus rien à craindre de moi-même et de l’homme? Dois-je m’arracher les yeux? Dois-je me brûler les lèvres? Dois-je me couper la langue? Les yeux, les lèvres, la langue m’ont servi à faire le mal. Je ne veux plus le mal et je suis disposée à me punir et à les punir en les sacrifiant. Ou veux-tu que je m’arrache ces reins avides qui m’ont poussée à des amours dépravés? Ces entrailles insatiables dont je crains toujours le réveil? Dis-moi, dis-moi comment l’on fait pour oublier que l’on est femme et comment l’on fait pour faire oublier que l’on est femme!”

Marie est bouleversée. Elle pleure, elle souffre, mais les seuls signes de sa douleur ce sont les larmes qui tombent sur la repentie.

“Je veux mourir pardonnée. Je veux mourir sans autre souvenir que mon Sauveur. Je veux mourir avec sa Sagesse pour amie… et je ne peux plus l’approcher car le monde nous guette Lui et moi pour nous accuser…”

Aglaé pleure, jetée parterre comme une vraie loque.

168.9 – Marie se lève en murmurant toute angoissée:

“Comme il est difficile d’être rédempteurs!” Marie se souvient de cette parole devant Jésus, en EMV 262.7.

Aglaé, qui entend ce murmure et voit sa réaction, gémit:

“Tu le vois! Tu vois qu’à toi aussi j’inspire le dégoût? Maintenant je m’en vais. C’est fini pour moi!”

“Non, ma fille. Non, ce n’est pas fini. Pour toi maintenant, c’est le commencement. Écoute, pauvre âme. Ce n’est pas pour toi que je gémis, mais pour le monde cruel. Je ne te laisse pas partir, mais je te recueille, pauvre hirondelle que la bourrasque a abattue contre mes murs. Je t’amènerai à Jésus, et Lui t’indiquera le chemin de la rédemption…”

“Je n’espère plus… Le monde a raison. Je ne puis être pardonnée.”

“Par le monde, non. Mais par Dieu, oui. Laisse-moi te parler au nom du Suprême Amour qui m’a donné un Fils pour que je le donne au monde. Il m’a sortie de la bienheureuse ignorance de ma virginité consacrée pour que le monde ait le Pardon. Il m’a tiré le sang non de l’enfantement, mais du cœur en me révélant que mon Fils est la Grande Victime. Regarde-moi, ma fille. Il y a dans ce cœur une grande blessure. Elle gémit depuis trente ans et plus. Elle s’élargit de plus en plus et me consume. Sais-tu quel nom, elle a?”

“Douleur.”

“Non. Amour. Et c’est cet Amour qui me saigne pour que le Fils ne soit pas seul à opérer le salut. C’est l’amour qui met en moi un feu pour que je purifie ceux qui n’osent pas aller vers mon Fils. C’est l’amour qui me donne les pleurs pour que je lave les pécheurs. Tu voulais mes caresses. Je te donne mes larmes qui déjà te blanchissent pour que tu puisses regarder mon Seigneur. Ne pleure pas ainsi. Tu n’es pas la seule pécheresse qui vient au Seigneur et repart rachetée. Il y en a eu d’autres, et il y en aura d’autres.

Doutes-tu que Lui puisse te pardonner? Mais ne vois-tu pas en tout ce qui t’est arrivé une mystérieuse volonté de la Bonté Divine? Qui t’a amenée en Judée? Qui t’a conduite dans la maison de Jean? Qui t’a mise à la fenêtre ce matin-là? Qui a allumé une lumière pour éclairer ses paroles? Qui t’a donné la capacité de comprendre que la charité, unie à la prière de celui qui reçoit un bienfait, obtient l’aide de Dieu? Qui t’a donné la force de t’enfuir de la maison de Shammaï? Qui t’a donné la force de persévérer les premiers jours jusqu’à son arrivée? Qui t’a conduite sur sa route? Qui t’a rendue capable de vivre en pénitente pour purifier toujours plus ton âme? Qui t’a rendu l’âme d’une martyre, l’âme d’une croyante, une âme persévérante, une âme pure?…

Oui, ne secoue pas la tête. Crois-tu qu’il n’y a de pur que celui qui n’a pas connu le sens? Crois-tu que l’âme ne puisse plus jamais redevenir vierge et belle? Oh! ma fille! Mais entre ma pureté qui est toute entière grâce du Seigneur et ton héroïque ascèse pour retourner vers le sommet de ta pureté perdue, crois que c’est la tienne qui est la plus grande. C’est toi qui la construis: contre le sens, le besoin et l’habitude. Pour moi, c’est un don naturel comme la respiration. Toi, tu dois briser au vif dans ta pensée, tes affections, la chair, pour ne pas te souvenir, pour ne pas désirer, pour ne pas seconder. Moi…

Oh! est-ce qu’une petite enfant de quelques heures peut désirer la chair? Et en a-t-elle le mérite de ne pas le faire? Ainsi pour moi. Je ne sais pas ce qu’est cette tragique faim qui a fait de l’humanité une victime. Je ne sais autre chose que la très sainte faim de Dieu. Mais, toi, tu ne la connaissais pas, et c’est par toi-même que tu l’as apprise. Mais toi, l’autre faim, tragique et horrible, tu l’as domptée pour l’amour de Dieu, ton unique amour maintenant. Souris, fille de la miséricorde divine! Mon Fils fait en toi ce qu’il t’a dit à Hébron. Il l’a déjà fait. Tu es déjà sauvée car tu as eu la volonté sincère de te sauver, parce que tu as appris la pureté, la douleur, le Bien. Ton âme est revenue à la vie. Oui. Il te faut sa parole pour te dire au nom de Dieu: “Tu es pardonnée”. Moi, je ne peux la dire, mais je te donne mon baiser comme une promesse, comme un commencement de pardon…

O Esprit Éternel, un peu de Toi est toujours en ta Marie! Permets qu’elle te répande, Esprit Sanctificateur, sur la créature qui pleure et espère. Au nom de notre Fils, ô Dieu d’amour, sauve celle qui attend de Dieu le salut. Que la Grâce, dont l’Ange m’a dit que Dieu m’a comblée, se pose miraculeusement sur celle-ci et la soutienne, jusqu’à ce que l’absolve Jésus, le Sauveur Béni, le Prêtre Suprême au nom du Père, du Fils et de L’Esprit…

Il fait nuit, ma fille. Tu es fatiguée et brisée. Viens. Repose-toi. Demain tu partiras… Je t’enverrai dans une famille de gens honnêtes Marie va adresser Aglaé à Cana, chez Suzanne. On l'apprend en EMV 198.11, et Jésus en remercie Suzanne en EMV 243.3. , car ici il vient maintenant trop de monde. Et je te donnerai un vêtement, tout comme le mien. On te prendra pour une israélite. Je dois revoir mon Fils en Judée, car la Pâque approche et à la nouvelle lune d’Avril, nous serons à Béthanie. Je parlerai alors de toi. Viens à la maison de Simon le Zélote, Tu m’y: trouveras et je te conduirai à Lui.” La rencontre à Béthanie a lieu en EMV 200.1/5.

168.10 – Aglaé pleure encore, mais paisiblement. Elle s’est assise par terre. Marie aussi s’est assise de nouveau. Aglaé met sa tête sur les genoux de Marie et baise sa main… Puis, elle gémit:

“On me reconnaîtra…”

“Oh! non, ne crains pas. Ton vêtement était désormais trop connu, mais je te préparerai pour ce voyage que tu feras vers le Pardon. Et tu seras comme la vierge qui va à ses noces: différente et inconnue à travers la foule ignorante du rite. Viens. J’ai une petite chambre près de la mienne. Elle a abrité des saints et des pèlerins désireux d’aller vers Dieu. Elle t’abritera toi aussi.”

Aglaé veut reprendre son manteau et son voile.

“Laisse-les. Ce sont les habits de la pauvre Aglaé perdue. Elle n’existe plus… et d’elle il ne doit même pas rester ce vêtement. Il a reçu trop de haine … et la haine fait mal autant que le péché.”

Elles sortent dans le jardin obscur, elles entrent dans la petite chambre de Joseph. Marie allume la lampe qui est sur une petite table, caresse encore la repentie, ferme la porte et avec sa triple flamme s’éclaire pour voir où elle peut porter le manteau déchiré d’Aglaé pour qu’aucun visiteur ne le voie le lendemain.