168 – Aglaé dans la maison de Marie à Nazareth
20 mai 1945
Vision du dimanche 20 mai 1945 (Pentecôte)
168.1 – Marie travaille paisiblement à une toile. C’est le soir. Toutes les portes sont fermées, une lampe à trois becs Quoiqu'un peu moins connues que les classiques lampes à huile romaines à un ou deux becs, les lampes à trois becs étaient déjà utilisées 3 siècles avant J-C. éclaire la petite pièce de Nazareth et surtout la table près de laquelle la Vierge est assise. La toile, peut-être un drap, retombe du coffre et de ses genoux jusqu’à terre et Marie, vêtue de bleu foncé; semble émerger d’un tas de neige. Elle est seule. Elle coud avec agilité, la tête penchée sur son travail, et la lampe éclaire le haut de sa tête en y produisant des reflets d’or clair. Le reste du visage est dans la pénombre.
Dans la pièce bien rangée règne le plus grand silence. Et même de la rue, déserte pendant la nuit, n’arrive aucun bruit. Et du jardin non plus. La lourde porte qui, de la pièce où Marie travaille, celle où elle prend habituellement ses repas et où elle reçoit les amis, donne sur le jardin, est fermée. Elle empêche de pénétrer même au bruit de la fontaine dont l’eau se déverse dans le bassin La fontaine et le bassin ont souvent été évoqués. C'est Joseph qui les installa, trente ans plus tôt (EMV 14.5, puis EMV 25.7 et EMV 26.2). . C’est vraiment le silence le plus profond. Je voudrais savoir où se trouve la pensée de la Vierge pendant que ses mains travaillent activement…
Un coup discret à la porte qui donne sur la rue. Marie lève la tête, écoute… Mais le coup a été si léger que Marie doit penser qu’il est produit par un animal nocturne ou par un peu de vent qui a secoué la porte. Elle penche de nouveau la tête sur son travail. Mais le coup se fait entendre plus distinctement. Marie se lève et va vers la porte. Elle demande avant d’ouvrir:
“Qui frappe?”
Une faible voix répond:
“Une femme. Au nom de Jésus, pitié pour moi.”
Marie ouvre tout de suite en soulevant la lampe pour voir qui est cette pèlerine. Elle voit un tas d’étoffe, un enchevêtrement d’où rien ne transparaît. Un pauvre enchevêtrement qui reste courbé dans une profonde inclination quand elle dit:
“Salut, Maîtresse!”
Et elle répète encore:
“Au nom de Jésus, pitié pour moi.”
“Entre et dis-moi ce que tu veux. Je ne te connais pas.”
“Personne ne me connaît et beaucoup me connaissent, Maîtresse. Le Vice me connaît. Et la Sainteté me connaît. Mais j’ai besoin que maintenant la Pitié m’ouvre les bras. Et tu es la pitié…”
Et elle pleure.
“Mais, entre donc… Et dis-moi… Tu m’en as dit assez pour que je comprenne que tu es une malheureuse… Mais, qui tu es, je ne le sais pas encore. Ton nom, ma sœur…”
“Oh! non! Pas ma sœur! Je ne puis être ta sœur… Tu es la Mère du Bien… moi… moi, je suis le Mal…”
Et elle pleure toujours plus fort sous son manteau qui la cache toute entière.
Marie pose la lampe sur un siège, prend la main de l’inconnue agenouillée sur le seuil et la force à se lever.
168.2 – Marie ne la connaît pas… moi, oui: C’est la femme voilée de “La Belle Eau”.
Elle se lève, humiliée, tremblante, secouée par ses pleurs et elle hésite encore à entrer en disant:
“Je suis une païenne, Maîtresse. Pour vous hébreux: ordure, même si j’étais sainte. Mais deux fois ordure car je suis une prostituée. Tout à fait conforme aux innombrables témoignages bibliques concernant l'avis que l'on portait sur les païens et les prostituées. Par exemple : Genèse 38,24-25; Lévitique 21,9, Ézéchiel 23,30 ou 1 Corinthiens 6,15. ”
“Si tu viens à moi, si tu cherches mon Fils à travers moi, tu ne peux être qu’un cœur qui se repent. Cette maison accueille tout ce qui s’appelle Douleur.”
Et elle l’attire à l’intérieur en fermant la porte, remet la lampe sur la table, lui offre un siège en lui disant: