“Elle est dans tout ce qu’est l’homme. Elle vous contient et elle est contenue en vous. Quand elle vous quitte, vous devenez des cadavres. Quand elle est tuée par un crime que l’homme commet contre lui-même, vous êtes damnés, séparés pour toujours de Dieu.”
“Tu admets donc que le philosophe qui nous a déclarés “immortels” avait raison, bien que païen Exact: Platon évoque l'immortalité de l'âme dans le Phédon où il décrit le dernier jour de Socrate. ?” demande Plautina.
“Je ne l’admets pas. Je fais davantage. Je dis que c’est un article de foi. L’immortalité de l’âme, c’est-à-dire l’immortalité de la partie supérieure de l’homme est le mystère le plus certain et le plus consolant de la croyance. C’est ce qui nous donne l’assurance de notre origine, de notre but, de ce que nous sommes, et nous enlève l’amertume de toute séparation.”
167.13 – Plautina réfléchit profondément. Jésus l’observe et se tait. Enfin elle demande:
“Et Toi, tu as une âme?”
Jésus répond:
“Certainement.”
“Mais, es-tu Dieu ou non?”
“Je suis Dieu. Je te l’ai dit. Mais maintenant, j’ai pris une nature d’homme. Et sais-tu pour quel motif? Parce que, par ce sacrifice seulement je pouvais résoudre les difficultés qui dépassent votre raison, et après avoir abattu l’erreur, en libérant la pensée, je pouvais libérer aussi l’âme d’un esclavage que pour l’heure je ne puis t’expliquer. C’est pour cela que j’ai enfermé la Sagesse dans un corps, la Sainteté dans un corps. La Sagesse, je la répands comme la semence sur la terre, comme le pollen aux vents. La Sainteté, comme d’une amphore précieuse que l’on a brisée, coulera sur le monde à l’heure de la Grâce et sanctifiera les hommes. Alors, le Dieu Inconnu sera connu.”
“Mais tu es déjà connu, ceux qui mettent en doute ta puissance et ta sagesse sont mauvais ou menteurs.”
“Je suis connu. Mais ce n’est qu’une aube. Le midi sera rempli de la connaissance de Moi.”
“Que sera ton midi? Un triomphe? Le verrai-je, moi?”
“En vérité, ce sera un triomphe, et tu y seras Plautina sera effectivement témoin oculaire de la Passion, et c'est seulement alors que commencera vraiment sa conversion. . Car tu as la nausée de ce que tu sais et le désir de ce que tu ignores. Ton âme a faim.”
“C’est vrai! J’ai faim de vérité.”
“Je suis la Vérité.”
“Donne-toi alors à moi qui suis affamée.”
“Tu n’as qu’à venir à ma table. Ma parole est pain de vérité.”
167.14 – “Mais, que diront nos dieux si nous les abandonnons? Ne se vengeront-ils pas sur nous?» demande Lydia craintive.
“Femme, as-tu jamais vu le brouillard du matin? Les prés disparaissent sous une vapeur qui les cache. Vient le soleil et le brouillard s’évapore. Les prés resplendissent plus beaux. Vos dieux, c’est cela, le brouillard d’une pauvre pensée humaine. Elle ignore Dieu et elle a besoin de croire car la foi est l’état permanent et nécessaire de l’homme. Alors elle a créé cet Olympe, vraie fable illusoire. Ainsi vos dieux au lever du Soleil: le Dieu vrai, se dissiperont dans vos cœurs sans pouvoir vous nuire, car ils n’existent pas.”
“Il faudra t’écouter encore… beaucoup… Nous sommes absolument devant l’inconnu. Tout ce que tu dis est nouveau.”
“Mais cela te répugne-t-il? Ne peux-tu l’accepter?”
Plautina répond avec assurance:
“Non, je me sens plus fière de ce peu que maintenant je sais, - et que César ne connaît pas -, que de mon nom.”
167.15 – “Et alors, persévère. Je vous laisse avec ma paix.”
“Mais comment? Tu ne restes pas, mon Seigneur?” dit Jeanne désolée.
“Je ne reste pas. J’ai beaucoup à faire…”
“Oh! moi qui voulais te dire ma peine!”
Jésus, qui s’est mis en route après les salutations des romaines, se retourne et dit:
“Viens jusqu’à la barque. Tu me diras ton ennui.”
Jeanne va et dit:
“Kouza veut m’envoyer pour quelque temps à Jérusalem et j’en suis chagrinée. Il le fait car il ne veut pas que je sois davantage reléguée, maintenant que je suis en bonne santé…”
“Toi aussi, tu te crées des nuées illusoires!”
Jésus a déjà un pied dans la barque.
“Si tu pensais qu’ainsi tu pourras me donner l’hospitalité et me suivre plus facilement, tu serais contente et tu dirais: “La Bonté y a pensé”.
“Oh!… c’est vrai, mon Seigneur! Je n’avais pas réfléchi.”
“Tu vois donc! Obéis en brave épouse. L’obéissance te donnera la récompense de m’avoir pour la prochaine Pâque, et l’honneur de m’aider à évangéliser tes amies. La paix soit toujours avec toi!”
La barque se détache et tout prend fin.