“Oui, Maître, j’ai quarante deniers 40 deniers = 40 jours de travail de journalier. . ”

“C’est bien, allons. Courage, Jonas. Encore un peu de fatigue, puis une grande paix, dans ma maison, près de Marie…”

“Marie… oui.., oh! ta maison!” Dans son épuisement il pleure, le pauvre Jonas. Il ne sait que pleurer.

“Adieu, femme. Le Seigneur te bénira pour ta miséricorde.”

“Adieu, Seigneur, adieu Jonas. Prie, priez pour moi.”

La jeune femme pleure…

109.12 – Quand ils sont sur le seuil, voilà que Doras vient. Jonas a un mouvement de peur et se cache le visage. Mais Jésus lui met une main sur la tête et sort à son côté, plus sévère qu’un juge. Le cortège misérable sort dans la cour rustique, prend l’allée du potager.

“Ce lit est à moi! Je t’ai vendu le serviteur, pas le lit.”

Sans dire un mot, Jésus jette la bourse à ses pieds. Doras la prend, la vide.

“Quarante deniers et cinq didrachmes. C’est peu!”

Jésus dévisage l’avide et répugnant argousin. C’est une scène indescriptible. Il ne répond rien.

“Au moins dis-moi que tu retires l’anathème!”

Jésus le foudroie d’un nouveau regard et d’une brève réplique:

“Je te remets au Dieu du Sinaï.”

Et très droit se retire à côté de la rustique litière, portée avec précaution par Pierre et André.

Doras, voyant que tout est inutile, que la condamnation est certaine, crie:

“Nous nous reverrons, Jésus! Oh! je t’aurai entre mes ongles! Je te ferai une guerre à mort. Emporte donc cette ombre d’homme. Il ne m’est plus utile. Cela m’épargnera les frais de sépulture. Va, va, Satan maudit! Mais je mettrai tout le Sanhédrin contre Toi. Satan! Satan!”

Jésus fait semblant de ne pas entendre. Les disciples sont consternés.

109.13 – Jésus ne s’occupe que de Jonas. Il cherche les sentiers les moins raboteux, ceux qui sont en meilleur état, jusqu’à ce qu’ils arrivent à un carrefour près des champs de Yokhanan. Les quatre paysans accourent pour saluer l’ami qui s’en va et Jésus qui les bénit.

Mais le chemin est long d’Esdrelon à Nazareth, et ils ne peuvent aller bien vite avec leur charge pitoyable. Le long de la grande route, pas un char, pas un charreton. Rien. Ils avancent silencieux. Jonas semble dormir. Mais sa main ne quitte pas la main de Jésus.

Vers le soir, voilà un char militaire romain qui les rejoint.

“Au nom de Dieu, arrêtez.” dit Jésus en levant la main. Les deux soldats arrêtent. De sous la capote du char qui es tirée parce qu’il commence à pleuvoir, un gradé bien attifé sort la tête.

“Que veux-tu?” demande-t-il à Jésus.

“J’ai un ami qui se meurt. Je demande une place pour lui sur le char.”

“On ne devrait pas… mais… monte. Nous ne sommes pas des chiens, non plus, nous autres.”