“Oh!… mais… mais que vont-ils dire ceux qui te haïssent?”
“Moi, j’écoute ce qu’on dit au Ciel, et là, on dit: “Gloire à Dieu pour un pécheur qui se sauve!”, et le Père dit: “Éternellement la Miséricorde se lèvera dans les Cieux et se répandra sur la terre et puisque Je t’aime d’un amour éternel, d’un amour parfait, voici qu’aussi, à ton égard J’use de miséricorde”. Viens. Et par ma venue, en plus du cœur, que ta maison soit sanctifiée.”
“Je l’ai déjà purifiée par l’espérance que j’avais dans l’âme… mais que mon esprit ne pouvait admettre qu’elle fût vraie… Oh! moi avec tes saints…” et il regarde les disciples.
“Oui, avec mes amis. Venez. Je vous unis. Et soyez frères.”
Les disciples sont tellement stupéfaits qu’ils n’ont pas encore trouvé manière de dire une parole. Ils ont cheminé en groupe, derrière Jésus et Matthieu, sur la place toute ensoleillée, et maintenant absolument déserte, par un bout de route qui brûle dans un soleil éblouissant. Il n’y a personne dans les rues. Mais seulement le soleil et la poussière.
97.4 – Ils entrent dans la maison. Une belle maison avec une large entrée qui donne sur la rue. Une jolie cour ombragée et fraîche, au delà de laquelle on en voit une grande organisée en jardin.
“Entre, mon Maître! Apportez de l’eau et des boissons.”
Les serviteurs accourent avec tout ce qu’il faut.
Matthieu sort pour donner des ordres, pendant que Jésus et les siens se rafraîchissent. Puis, il revient.
“Viens maintenant, Maître. La salle est plus fraîche… Maintenant des amis vont venir… Oh! je veux que ce soit grande fête! C’est ma régénération… C’est ma… ma circoncision vraie, celle-là… Tu m’as circoncis le cœur par ton amour…Maître, ce sera la dernière fête… Maintenant, plus de fêtes pour le publicain Matthieu. Plus de fêtes de ce monde… Seulement la fête intérieure, celle d’être racheté et de te servir… d’être aimé de Toi… Combien j’ai pleuré… Combien ces derniers mois… Cela fait presque trois mois que je pleure… Je ne savais comment faire… je voulais venir…Mais, comment venir vers Toi, Saint, avec mon âme souillée?”
“Tu l’as lavée par ton repentir et par ta charité. Pour Moi et pour le prochain. Pierre? Viens ici.”
Pierre qui n’a pas encore parlé, tant il est ébahi, s’avance. Les deux hommes, âgés tous les deux, petits, trapus, sont en face l’un de l’autre, et Jésus est entre eux deux, souriant, beau.
“Pierre, tu m’as demandé tant de fois qui était l’inconnu de la bourse apportée par Jacques. Le voici: il est là.”
“Qui? Ce vol… Oh! pardon, Matthieu! Mais qui pouvait penser que c’était toi, toi, vraiment. qui nous désespérais par ton usure, que tu fusses capable de t’arracher chaque semaine un morceau de ton cœur pour donner cette riche obole?”
“Je le sais. Je vous ai injustement taxés. Mais, voici que je m’agenouille devant vous tous et que je vous dis: ne me chassez pas! Lui m’a accueilli. Ne soyez pas plus sévères que Lui.”
Pierre, qui a Matthieu à ses pieds, le relève d’un seul coup, rudement, affectueusement:
“Debout, debout! Pas à moi, ni aux autres. Ce n’est qu’à Lui qu’il faut demander pardon. Nous… allons, nous sommes tous plus ou moins voleurs comme toi… Oh! je l’ai dit! Maudite langue! Mais moi, je suis fait comme ça: ce que je pense, je le dis, ce que j’ai sur le cœur, je l’ai sur les lèvres. Viens, que nous fassions un pacte d’affectueuse paix” et il embrasse Matthieu sur les joues.
Les autres aussi le font avec plus ou moins d’affection. Je dis cela, car André est retenu par sa timidité, et Judas Iscariote est glacial. On dirait qu’il embrasse un tas de reptiles, tant son accolade est détachée et brève.
97.5 – Matthieu sort, entendant du bruit.
“Pourtant, Maître, dit Judas Iscariote, il me semble que cela n’est pas prudent. Déjà les pharisiens d’ici t’accusent, et Toi… Voilà un publicain parmi les tiens! Un publicain après une prostituée!… As-tu décidé ta ruine? S’il en est ainsi, dis-le, que…”
“Que nous filions, pas vrai?” dit Pierre ironique.
“Et toi qui te parle?”
“Je sais bien que tu ne t’adresses pas à moi, mais moi, par contre, je parle à ton âme de grand seigneur, à ton âme très pure, à ton âme de sage. Je sais que toi, membre du Temple, tu sens l’odeur de péché en nous, pauvres, et qui ne sommes pas du Temple. Je sais bien, que toi, juif complet, mélange de pharisien, de sadducéen et d’hérodien, à moitié scribe et un brin essénien - veux-tu d’autres de nobles appellations? - tu te sens mal à l’aise parmi nous, comme une magnifique alose prise dans un filet rempli de goujons. Mais, que veux-tu y faire? Lui nous a pris et nous… nous restons. Si tu te sens mal à l’aise… va-t’en, toi. Nous respirerons mieux, nous tous. Même Lui, qui, tu le vois, est indigné par moi et par toi. Par moi parce que je manque de patience et aussi… oui, et aussi de charité, mais plus par toi qui ne comprends rien, avec toute ta chamarrure de nobles titres, et qui n’as ni charité, ni humilité, ni respect. Tu n’as rien, garçon. Une grande fumée seulement, et Dieu veuille qu’elle soit inoffensive.”
Jésus a laissé Pierre parler. Il est resté debout, sévère, les bras croisés, les lèvres serrées et les yeux… peu rassurants. À la fin il dit:
“As-tu tout dit, Pierre? As-tu aussi libéré ton cœur de tout le levain qu’il contenait? Tu as bien fait. Aujourd’hui, ce sont les Azymes de Pâques pour un fils d’Abraham. L’appel du Christ est comme le sang de l’agneau sur vos âmes, et où il vient, la faute ne descendra plus. Elle ne descendra pas, si celui qui le reçoit, lui est fidèle. Mon appel est libération et il faut le fêter sans levain d’aucune sorte.”