À Judas, pas un mot. Pierre se tait, mortifié.

“Notre hôte revient, dit Jésus. Il est avec des amis. Ne leur montrons pas autre chose que la vertu. Si quelqu’un ne peut y parvenir, qu’il sorte. Ne soyez pas semblables à des pharisiens qui accablent les gens de préceptes qu’eux, les premiers, n’observent pas.”

97.6 – Matthieu rentre avec d’autres hommes et le repas se déroule. Jésus est au centre, entre Pierre et Matthieu. Ils parlent de sujets divers et Jésus répond patiemment à toutes les questions qu’on Lui pose. Ce sont aussi des plaintes à l’égard des pharisiens qui les méprisent.

“Eh bien! venez à qui ne vous méprise pas et puis agissez de telle façon que les bons, au moins, ne vous méprisent” répond Jésus.

“Tu es bon. Mais tu es le seul!”

“Non ceux-ci sont comme Moi et puis… c’est le Dieu Père qui aime qui se repent et veut devenir son ami. Si tout manquait à l’homme, sauf le Père, ne serait-elle pas complète la joie de l’homme?”

Le repas en est au dessert, quand un serviteur fait signe au maître de maison et lui dit quelque chose.

“Maître: Élie, Simon et Joachim demandent à entrer et à te parler. Veux-tu les voir?”

“Certainement.”

“Mais… mes amis sont publicains.”

“Et c’est justement pour cela qu’ils viennent. Laissons, qu’ils voient. Il ne servirait à rien de dissimuler. Cela ne servirait pas au bien, et la malice augmenterait l’épisode jusqu’à dire qu’il y avait des courtisanes, Qu’ils entrent.”

97.7 – Les trois pharisiens entrent. Ils regardent tout autour avec un rire méchant et vont parler. Mais Jésus, qui s’est levé et est allé leur rencontre avec Matthieu, les devance. Il met une main sur l’épaule de Matthieu et dit: “O vrais fils d’Israël, je vous salue et vous donne une grande nouvelle qui certainement comblera de joie votre cœur de parfaits Israélites, qui soupire après l’observance de la Loi par tous les cœurs, pour donner gloire à Dieu. Voici: Matthieu fils d’Alphée, n’est plus, à partir d’aujourd’hui, le pécheur, le scandale de Capharnaüm. Une brebis galeuse d’Israël est guérie. Réjouissez-vous!

Après lui, d’autres brebis pécheresses redeviendront saines et votre cité, à la sainteté de laquelle vous vous intéressez tant, deviendra par sa sainteté agréable au Seigneur. Lui laisse tout pour servir Dieu. Donnez le baiser de paix à l’Israélite égaré qui revient dans le sein d’Abraham.”

“Et y revient avec les publicains? Dans un gai banquet? Oh! vraiment, c’est une conversion avantageuse! Tiens, regarde-là, Élie c’est Josias, le souteneur.”

“Et celui-ci Simon d’Isaac, l’adultère.”

“Et celui-là? C’est Azarias, le tenancier du tripot, où Romain et Juifs vont jouer, se quereller, s’enivrer et se livrer à la débauche.”

“Mais, Maître, sais-tu au moins qui sont ces gens-là? Le savais-tu?”

“Je le savais.”

“Et vous, alors, vous de Capharnaüm, vous disciples, pourquoi avez-vous permis la chose? Tu me stupéfies, Simon de Jonas!”

“Et toi, Philippe, bien connu ici, et toi, Nathanaël! Mais j’en suis fort stupéfait! Comment as-tu pu supporter que ton Maître mange avec des publicains et des pécheurs?”

“Mais, il n’y a donc plus de retenue en Israël?” Les trois sont tout à fait scandalisés.

Jésus dit:

“Laissez en paix mes disciples. C’est Moi qui l’ai voulu. Moi seul.”

“Oh! oui, on comprend. Quand on veut faire les saints et qu’on ne l’est pas, on tombe vite dans des erreurs impardonnables!”

“Et quand on habitue les disciples à manquer de respect - il me brûle encore l’éclat de rire irrespectueux de celui-ci, juif et du Temple, à moi, Éli le pharisien! - on ne peut qu’être sans respect pour la Loi. On enseigne ce qu’on sait. ”

“Tu te trompes, Éli. Vous vous trompez tous. On enseigne ce qu’on sait, c’est vrai. Et Moi qui connais la Loi, je l’enseigne à qui ne la connaît pas: aux pécheurs par conséquent. Vous… je sais bien que vous êtes maîtres de votre âme. Les pécheurs ne le sont pas. Je recherche leur âme, je la leur rends, pour que à leur tour, ils me la rapportent comme elle est: malade, blessée, souillée, pour que je la soigne et la purifie. Je suis venu pour cela. Ce sont les pécheurs qui ont besoin du Sauveur et Moi, je viens les sauver. Comprenez-moi… et ne me haïssez pas sans raison.”

Jésus est doux, persuasif, humble… Mais les trois sont trois chardons tout hérissés de piquants… et ils sortent avec une moue de dégoût.

“Ils sont partis… Maintenant, ils vont nous critiquer partout” murmure Judas l’Iscariote.

“Et, laisse-les faire! Agis seulement de façon à ce que le Père n’ait pas à te critiquer. Ne sois pas mortifié, Matthieu, ni vous, ses amis. La conscience nous dit: “Vous ne faites pas de mal”. Cela suffit.”

Jésus s’assoit de nouveau à sa place et tout prend fin.