97.2 – Jésus se met en route et dit en souriant:
“Oh! maintenant que grâce aux figues le tout s’est éclairci, allons à… Où dites-vous d’aller?”
Les apôtres ne savent pas: qui indique un endroit, qui un autre. Jésus secoue toujours la tête et rit.
Pierre dit:
“J’y renonce à moins que tu ne le dises… J’ai des idées noires aujourd’hui. Tu ne l’as pas vu, mais quand nous débarquions, il y avait là Élie, le pharisien. Plus jaune que d’habitude. Et il nous regardait d’un air!”
“Laisse-le regarder.”
“Hé! par force. Mais je t’assure, Maître, que pour faire la paix avec celui-là il faudra plus de deux figues!”
“Qu’ai-je dit à la maman de Tobie? “J’ai fait la paix avec l’objet même de la guerre”. Et ainsi je tâcherai à faire la paix en leur témoignant du respect, puisque selon eux je les ai offensés, les notables de Capharnaüm. Ainsi, même quelqu’un d’autre sera content”
“Qui?”
Jésus ne répond pas à la demande et continue:
“Je ne réussirai pas probablement, car à eux, il leur manque la volonté de faire la paix. Mais écoutez: si dans toutes les disputes le plus modéré savait céder et ne pas s’acharner à avoir raison, et se montrait conciliant en partageant en deux l’objet du litige même si, je veux l’admettre, ses réclamations étaient fondées, ce serait mieux et plus saint. Ce n’est pas toujours que quelqu’un nuit par parti-pris de nuire. Parfois on agit mal sans le vouloir. Pensez toujours à cela et pardonnez. Éli et les autres croient servir Dieu avec justice en agissant comme ils le font. Je chercherai, avec patience et constance et tant d’humilité et de bonne grâce, à les persuader qu’un nouveau temps est venu et que Dieu, maintenant, veut être servi d’après mon enseignement.
La ruse de l’apôtre: c’est la bonne grâce, son arme: la constance, le secret de la réussite: l’exemple et la prière pour ceux qu’il faut convertir.”
97.3 – Ils sont arrivés sur la place. Jésus va tout droit au comptoir de la gabelle où Matthieu est en train de faire ses comptes et de vérifier les monnaies qu’il répartit par catégories en les mettant dans des sacs de diverses couleurs qu’il place dans un coffre de fer que deux serviteurs attendent de transporter autre part. À peine l’ombre projetée par la grande taille de Jésus s’allonge sur le comptoir, Matthieu lève la tête pour voir celui qui vient payer en retard. Pierre, en attendant, dit à Jésus le tirant par la manche:
“Il n’y a rien à payer, Maître. Que fais-tu?”
Mais Jésus ne s’en occupe pas. Il fixe Matthieu qui, tout de suite s’est levé par respect. Un second regard pénétrant. Mais ce n’est pas, comme l’autrefois, le regard du juge sévère. C’est un regard d’appel affectueux. Il l’enveloppe, le pénètre d’amour. Matthieu devient rouge. Il ne sait que faire, que dire…
“Matthieu, fils d’Alphée, l’heure est sonnée. Viens. Suis-Moi!” lui déclare Jésus majestueusement.
“Moi? Maître, Seigneur! Mais sais-tu qui je suis? C’est pour Toi, pas pour moi, que je le dis…”
“Viens, suis-Moi, Matthieu, fils d’Alphée” répète Jésus plus doucement.
“Oh! comment puis-je avoir trouvé grâce près de Dieu? Moi… Moi…”
“Matthieu, fils d’Alphée, j’ai lu dans ton cœur. Viens, Suis-Moi.”
La troisième invitation est une caresse.
“Oh! tout de suite, mon Seigneur!”
Et Matthieu, en pleurant, sort de derrière le comptoir sans plus s’occuper de ramasser les pièces de monnaies éparses, de fermer le coffre. Rien.
“Où allons- nous, Seigneur? demande-t-il quand il est près de Jésus. Où me conduis-tu?”
“Dans ta maison. Veux-tu donner l’hospitalité au Fils de l’homme?”