Mon chemin!…Ma royauté! Oh! quelles souffrances y seront! Sais-tu où je serai Roi? Quand on proclamera ma Royauté! Ce sera quand je serai élevé sur un bois infâme, quand j’aurai pour pourpre mon propre sang, pour couronne des épines entrelacées, pour enseigne un écriteau infâme, pour trompettes, cymbales, orgues et cithares saluant celui qu’on a proclamé Roi, les blasphèmes de tout un peuple: de mon peuple. Et sais-tu par le travail de qui tout cela? De quelqu’un qui ne m’aura pas compris. Qui n’aura rien compris. Cœur de bronze vide, où l’orgueil, la sensualité, l’avarice auront distillé leurs poisons d’où sera né un entrelacement de serpents qui seront pour Moi une chaîne et… et pour lui une malédiction. Les autres ne connaissent pas aussi clairement ma destinée. Et, je t’en prie: n’en parle pas. Que cela reste entre toi et Moi. Du reste… c’est un reproche… et tu te tairas pour ne pas dire: “J’ai été blâmé…”. As-tu compris, Judas?”

78.4 – Judas est violet, tant il est rouge. Il est debout devant Jésus. Il est confus, tête basse… Puis il se jette à genoux et pleure, la tête sur les genoux de Jésus.

“Je t’aime, Maître, ne me repousse pas. Oui, je suis un orgueilleux, je suis un sot, mais ne me renvoie pas. Non, Maître, ce sera la dernière fois que je te manque. Tu as raison je n’ai pas réfléchi. Mais même dans cette erreur il y a de l’amour. Je voulais te faire tant d’honneur… et que les autres aussi te le donnent… parce que je t’aime. Tu l’as dit, il y a trois jours En EMV 77.2, page 511. : “Quand vous vous méprenez sans malice, par ignorance, ce n’est pas erreur mais jugement imparfait, jugement d’enfants, et Moi je suis ici pour vous faire devenir adultes”. Voici, Maître, je suis ici contre tes genoux…

Tu m’as dit que tu serais pour moi un père… En EMV 71.2. contre tes genoux, comme si tu étais mon père, et je te demande pardon. Je te demande de faire de moi un “adulte”, un adulte saint… Ne me renvoie pas, Jésus, Jésus, Jésus… Non! Tout n’est pas mauvais en moi. Tu vois: pour Toi, j’ai tout quitté et je suis venu. Tu es pour moi supérieur aux honneurs et aux avantages que j’obtenais en servant les autres. Toi, oui, Tu es l’amour du pauvre, du malheureux Judas qui voudrait ne te donner que de la joie et te donne au contraire de la douleur…”

“Cela suffit, Judas. Une fois de plus, je te pardonne…”.

Jésus paraît fatigué…

“Je te pardonne, dans l’espoir… dans l’espoir que dans l’avenir tu me comprennes.”

“Oui, Maître, oui. Et maintenant pourtant, maintenant ne m’écrase pas sous le poids d’un démenti qui ferait de moi un objet de dérision. Tout Kérioth sait que je venais avec le Descendant de David, le Roi d’Israël et s’est préparé à Te recevoir dans cette cité qui est la mienne… J’avais cru bien faire… de te faire voir comme il le fait pour inspirer la crainte et l’obéissance et de le faire voir à Jean, à Simon, et par eux aux autres qui t’aiment; mais te traitent d’égal à égal… Même ma mère serait humiliée d’être la mère d’un fils menteur et insensé. À cause d’elle, mon Seigneur… et je te jure que je…”

“Ne me fais pas de serment, mais jure-toi à toi même, si tu le peux, de ne plus pécher en ce sens. À cause de ta mère et des habitants, je ne ferai pas l’affront de partir sans m’arrêter. Relève-toi.”

“Que dis-tu aux autres?”

“La vérité…”

“Oh! non.”

“La vérité: que je t’ai donné des ordres pour aujourd’hui. Il y a toujours manière de dire la vérité sans offenser la charité. Allons. Appelle ta mère et les autres.”

Jésus est plutôt sévère. Il ne se remet à sourire que quand Judas revient avec sa mère et les disciples. La femme scrute le visage de Jésus; mais elle y voit la bienveillance. Elle se rassure J’ai l’impression que c’est une âme en peine.

“Voulons-nous aller à Kérioth? Je suis reposé et je te remercie mère, de toutes tes bontés. Que le Ciel te récompense, et donne pour la charité que tu as envers moi, repos et joie au conjoint que tu pleures.”

La femme cherche à lui baiser la main, mais Jésus lui met la main sur la tête, en la caressant, et ne la laisse pas faire.

“Le char est prêt, Maître. Viens.”

Dehors, en fait voilà qu’arrive un char tiré par des bœufs. C’est un beau char, pratique, sur lequel on a disposé, pour servir de sièges, des coussins couverts de housses rouges.

“Monte, Maître.”

“La mère, d’abord.”

La femme monte, puis Jésus et les autres.

“Ici, Maître” (Judas ne l’appelle plus roi).

Jésus s’assoit sur le devant avec Judas près de Lui. En arrière la femme et les disciples. Le conducteur pique les bœufs et le stimule en marchant à côté.

78.5 – Le trajet est court. Quatre cents mètres, un peu plus, puis voilà qu’on aperçoit les premières maisons de Kérioth, qui me paraît une petite cité bien ordinaire. Dans la rue ensoleillée, un petit garçon regarde, et puis part comme une fusée. Quand le char arrive aux premières maisons, les notables et le peuple sont là pour l’accueillir, avec des tentures et de la verdure et de la verdure et des tentures tout le long des rues d’une maison à l’autre. Cris de joie et inclinations profondes, jusqu’à terre. Jésus désormais ne peut se dérober, du haut de son trône vacillant, il salue et bénit.

Le char continue et puis tourne au-delà d’une place dans une autre rue. Il s’arrête devant une maison qui a le portail grand ouvert avec, sur le seuil, deux ou trois femmes, On s’arrête. On descend.