Ils entrent dans une pièce fraîche à laquelle donnent de l’ombre des rideaux à rayures frais. Tout est prêt: des boissons fraîches et des fruits aussi. Mais la mère de Judas appelle d’abord une servante qui apporte de l’eau et des essuie-mains. La maîtresse voudrait déchausser Jésus et laver ses pieds poussiéreux. Mais Jésus s’y oppose:

“Non, mère. La mère est une créature trop sainte, surtout quand elle est honnête et bonne comme toi, pour que je permette que tu prennes une attitude d’esclave.”

La mère regarde Judas… un regard étrange; et puis elle s’éloigne.

Jésus s’est rafraîchi. Quand il va remettre ses sandales, la femme revient avec une paire de sandales neuves.

“Voici, notre Messie. Je crois avoir bien fait… comme Judas voulait… Il m’a dit: “Un peu plus longues que les miennes et de même largeur”.

“Mais, pourquoi, Judas?”

“Tu ne veux pas me permettre de t’offrir un cadeau? N’es-tu pas mon Roi et Dieu?”

“Oui, Judas, mais tu ne devais pas donner tant de dérangement à ta mère. Tu sais comme je suis…”

“Je le sais. Tu es saint. Mais tu dois te présenter comme un Roi saint. C’est ce qui s’impose. Dans le monde où les neuf dixièmes sont des sots, il faut une présentation qui en impose. Je le sais.”

Jésus a chaussé ses sandales neuves de cuir rouge aux courroies percées avec une empeigne qui monte jusqu’à la cheville. Beaucoup plus belles que ses simples sandales d’artisan et semblables aux sandales de Judas qui sont des escarpins d’où sortent seulement les bouts de pied.

“Le vêtement aussi, mon Roi. Je l’avais préparé pour mon Judas… Mais lui te le donne. C’est du lin: frais et neuf. Permets qu’une mère t’habille… comme s’il s’agissait de son fils.”

Jésus se retourne pour regarder Judas… mais ne réplique pas. Il délace la gaine de son vêtement au cou et fait retomber l’ample tunique de ses épaules en restant avec la tunicelle de dessous. La femme lui passe le beau vêtement neuf. Elle lui présente une ceinture qui est un galon tout brodé d’où part un cordon qui finit en gros pompons. Jésus, certainement se sentira à l’aise dans ses vêtements frais et nets. Mais il ne paraît pas très heureux. Pendant ce temps, les autres se sont. nettoyés.

“Viens, Maître. Ce sont des fruits de mon modeste verger et cela c’est de l’hydromel que ma mère fabrique. Toi, Simon, peut-être tu préfères ce vin blanc, Prends. C’est de ma vigne. Et toi, Jean? Comme le Maître?”.

Judas jubile en versant dans de belles coupes d’argent, en montrant qu’il a des moyens.

La mère parle peu. Elle regarde… regarde… regarde son Judas… et plus encore elle regarde Jésus… Jésus, avant de manger, lui présente le plus beau fruit (ce sont de gros abricots, me semble-t-il, des fruits jaunes rouges, mais ce n’est pas des pommes) et quand il lui dit:

“Toujours la mère, d’abord.” ses yeux s’emperlent de larmes.

“Maman, le reste est fait?” demande Judas.

“Oui, mon fils, je crois avoir tout bien fait, mais j’ai toujours vécu ici et je ne sais pas… je ne sais pas les habitudes des rois.”

“Quelles habitudes, femme? Quels rois? Mais qu’as-tu fait, Judas?”

“Mais n’es-tu pas le Roi promis à Israël? Il est temps que le monde te salue comme tel et cela devait arriver pour la première fois ici, dans ma cité, dans ma maison. Je te vénère avec ce titre. Par amour pour moi et par respect pour ton nom de Messie de Christ, de Roi que les Prophètes t’ont donné par ordre de Yahwé LE NOM DIVIN : Javé dans le texte original. Judas prononce Jéhovah à la manière brève des Judéens. Voir le Nom divin et ses différentes prononciations locales. , ne me démens pas.”

78.3 – “Femme, amis, je vous en prie. J’ai besoin de parler avec Judas. Je dois lui donner des ordres précis.”

La mère et les disciples se retirent.

“Judas, qu’as-tu fait? M’as-tu si peu compris jusqu’à présent Pourquoi m’abaisser au point de faire de Moi un puissant de la terre et même un ambitieux qui recherche cette puissance? Et tu ne comprends pas que c’est rabaisser ma mission et même lui faire obstacle? Oui, un obstacle, c’est indéniable. Israël est soumis à Rome. Tu sais ce qui advint quand il voulut s’élever contre Rome quelqu’un qui fait figure de chef populaire et qui laisse soupçonner d’organiser une guerre de libération. Tu as vu, ces jours-ci précisément tu as vu, comment on s’est acharné sur un Bébé parce qu’on voyait en Lui un futur roi, selon le monde. Et toi et toi!

Oh! Judas qu’attends-tu d’une souveraineté charnelle pour Moi? Qu’espères-tu? Je t’ai donné le temps de réfléchir et de décider. Je t’ai parlé bien clairement, dès la première fois.

Je t’ai même repoussé, parce que je savais… parce que je sais, oui, parce que je sais, je lis, je vois ce qu’il y a en toi. Pourquoi vouloir me suivre si tu ne veux pas être tel que je veux? Va-t-en, Judas! Ne te nuis pas et ne me nuis pas… Va. Cela vaut mieux pour toi. Tu n’es pas un ouvrier fait pour ce travail… C’est trop au-dessus de toi. En toi, c’est l’orgueil, la cupidité, avec ses trois branches c’est l’esprit de domination… même ta mère doit te craindre. C’est la propension au mensonge… Non. Ce n’est pas cela que doit être celui qui veut me suivre. Judas: je ne te hais pas. Je ne te maudis pas. Je te dis seulement, et c’est avec la douleur de ne pouvoir changer quelqu’un que j’aime, je te dis seulement: va ton chemin, fais-toi une situation dans le monde puisque c’est cela que tu veux, mais ne reste pas avec Moi.