“Fais semblant d’être mort. Nous te mettrons à l’abri.

— Est-ce que, vous, vous trahiriez l’empereur en vous mettant à l’abri alors qu’il a confiance en vous pour sa gloire?

— Certainement pas, mon garçon.

— Eh bien, moi non plus je ne trahis pas mon Dieu, qui est mort pour moi sur la croix.”

Les deux soldats, littéralement abasourdis, se demandent:

“Mais qui leur donne une telle force?”

Puis, le coude contre la muraille pour se soutenir la tête, ils restent là à observer, méditatifs.

Les intendants reviennent avec des esclaves et des civières. Ils disent:

“Vous êtes encore bien peu pour le bûcher. Que les moins blessés s’assoient.”

Les moins blessés! Ils sont tous plus ou moins agonisants, et sont incapables de s’asseoir. Mais les voix supplient:

“Moi! Moi! Pourvu que vous me portiez…”

On en choisit onze autres…

“Heureux êtes-vous! Prie pour moi, Maria! Adieu Placidus! Souviens-toi de moi, mère! Mon fils, appelle vite mon âme! Ô mon époux, que la mort te soit douce!…”

Les adieux s’entrecroisent.

On emporte les civières.

“Soutenons les martyrs de notre prière. Offrons pour eux la double douleur de nos membres et de notre cœur qui se voit privé du martyre. Notre Père…”

Cletus, livide à faire peur et mourant, rassemble néanmoins ses forces pour réciter le Notre-Père.

Un homme entre, hors d’haleine. À la vue des deux soldats, il recule et retient le cri qu’il avait déjà sur les lèvres.

“Tu peux parler, homme. Nous ne te trahirons pas. Nous, soldats de Rome, demandons à devenir soldats du Christ.

— Le sang des martyrs féconde les terres”, s’exclame Cletus.

S’adressant à l’arrivant, il demande:

“As-tu les mystères?”

— Oui. J’ai pu les donner aux autres un instant avant qu’on les emmène dans l’arène. Voilà!”

Les soldats, stupéfaits, regardent la bourse de pourpre que l’homme sort de sa poitrine.

“Soldats, vous vous demandez d’où nous tirons notre force. La voilà, la Force! Voici le Pain des forts. Voici Dieu qui entre vivre en nous. Voici…