— Non, le jeu a déjà été inscrit au programme. Le cirque se remplit de nouveau.

— Ceux des autres prisons pourraient suffire.

— Trop peu! Proculus n’a pas su gérer les quantités. Il en a destiné trop aux lions, et trop peu au bûcher…

— C’est vrai. Que faire?

— Attends.”

L’un d’eux se place au centre de la pièce et demande:

“Que ceux d’entre vous qui sont moins blessés se lèvent.”

Une vingtaine de personnes se lèvent.

“Pouvez-vous marcher? Vous tenir debout?

— Nous le pouvons.

— Tu es aveugle, disent-ils à Decimus.

— Je peux être guidé. Ne me privez pas du bûcher, car je suppose que c’est à cela que vous pensez, répond Decimus.

— C’est bien à cela. Et tu désires le bûcher?

— Je le demande comme une grâce. Je suis un soldat fidèle. Voyez les cicatrices de mes membres. En récompense de mon long et fidèle service à l’empereur, accordez-moi le bûcher.

— Si tu aimes tant l’empereur, pourquoi le trahis-tu?

— Je ne trahis ni l’empereur ni l’empire, car je ne fais rien contre eux. Mais je sers le vrai Dieu, qui est l’Homme-Dieu et le seul à être digne d’être servi jusqu’à la mort.

— Cassianus, contre de tels cœurs les tortures ne servent à rien. C’est moi qui te le dis. Nous ne faisons que nous couvrir de cruauté sans but… dit un intendant du cirque à son compagnon.

— C’est peut-être vrai. Mais le divin César…

— Laisse tomber! Vous qui marchez, sortez d’ici! Attendez-nous près des sorties. Nous allons vous donner des vêtements neufs.”

Les martyrs font leurs adieux à ceux qui restent. Un adolescent s’agenouille pour être béni par sa mère. De son sang, une jeune fille trace une petite croix comme si c’était du chrême sur le front de sa mère qui la quitte pour monter sur le bûcher. Decimus étreint ses deux frères d’armes. Un vieillard embrasse sa fille mourante et s’éloigne d’un pas assuré. Tous se font bénir par le prêtre Cletus avant de sortir… Les pas de ceux qui marchent vers la mort s’éloignent dans le couloir.

“Vous restez encore ici? demandent les intendants aux deux soldats.

— Oui, nous restons.

— Pour quel motif? C’est… risqué. Ceux-là corrompent les fidèles citoyens.”

Les deux soldats haussent les épaules.

Les intendants s’en vont tandis que des fossoyeurs entrent avec des civières pour emporter les morts. Il y a un peu de confusion, car des parents de morts et de mourants les accompagnent, de sorte qu’on assiste à des larmes et des adieux entre les uns et les autres. Les deux soldats en profitent pour suggérer à un enfant: