645 – Le procès et la lapidation d’Étienne. Les voies opposées de Saul et de Gamaliel vers la sainteté

7 août 1944

Vision du lundi 7 août 1944

645.1 - La disposition de la salle du Sanhédrin est la même qu’au procès de Jésus, dans la nuit du jeudi au vendredi, et les personnes aussi. Le Grand Prêtre et les autres sont sur leurs sièges. Au centre, dans l’espace vide, devant le Grand Prêtre, où était Jésus durant le procès, il y a maintenant Étienne. Il doit déjà avoir parlé pour confesser sa foi Cf. Actes des apôtres 7, 2-53 : "Frères et pères, écoutez ! Le Dieu de gloire est apparu à notre père Abraham […] Vous qui aviez reçu la loi sur ordre des anges, vous ne l'avez pas observée". et apporter son témoignage sur la vraie Nature du Christ et sur l’Église, car le tumulte est à son comble et dans sa violence il est en tout semblable à celui qui s’agitait contre le Christ dans la nuit fatale de la trahison et du déicide.

Coups de poing, malédictions, blasphèmes horribles sont lancés contre le diacre Étienne qui, sous les coups brutaux, vacille et chancelle alors que férocement ils le tirent çà et là. Mais lui garde son calme et sa dignité et même plus encore, Il est non seulement calme et digne, mais même bienheureux, presque en extase.

Sans se soucier des crachats qui coulent sur son visage, ni du sang qui descend de son nez brutalement frappé, il lève à un certain moment son visage inspiré et son regard lumineux et souriant pour regarder fixement une vision connue de lui seul Actes des apôtres 7, 55-56 : Mais lui, rempli de l'Esprit Saint, fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu". Cette vision lui avait été annoncée par Jésus à l'Ascension : "Tu seras couronné d'un diadème que tu ne connais pas encore mais que t'annonceront les anges" Cf. 638.19. .

Ensuite il ouvre ses bras en croix et les lève comme pour embrasser ce qu’il voit. Après cela il tombe à genoux en s’écriant: “Voici que je vois les Cieux ouverts et le Fils de l’Homme, Jésus, le Christ de Dieu, que vous avez tué, qui siège à la droite de Dieu.”

Alors le tumulte perd le minimum d’humanité et de légalité qu’il gardait encore, et avec la furie d’une meute de loups, de chacals, de fauves enragés, tous s’élancent sur le diacre, le mordent, le piétinent, le saisissent, le relèvent en le soulevant par les cheveux, le traînent, le faisant tomber de nouveau, la furie s’opposant à la furie, car dans la rixe ceux qui cherchent à entraîner le martyr dehors sont contrariés par ceux qui le tirent dans une autre direction pour le frapper, le piétiner de nouveau.

645.2 - Parmi les plus furieux, se trouve un jeune homme laid et de petite taille, qu’on appelle Saul. Il est impossible de décrire la férocité de son visage.

Dans un coin de la salle se tient Gamaliel. Il n’a jamais pris part à la bagarre, ni jamais adressé la parole à Étienne, ni à aucun puissant. Son dégoût devant la scène injuste et féroce est bien visible. Dans un autre coin, dégoûté et étranger au procès et à la mêlée, se trouve Nicodème, qui regarde Gamaliel dont le visage a une expression plus claire que toute parole. Mais tout à coup, et précisément quand il voit que pour la troisième fois on soulève Étienne par les cheveux, Gamaliel s’enveloppe dans son ample manteau et il se dirige vers une sortie opposée à celle vers laquelle on traîne le diacre.

Son action n’échappe pas à Saul qui crie:

“Rabbi, tu t’en vas?”

Gamaliel ne répond pas. Saul qui craint que Gamaliel n’ait pas compris que la question s’adressait à lui, répète et précise:

“Rabbi Gamaliel, tu te détournes de ce jugement?”

Gamaliel se tourne tout d’une pièce et, avec un regard terrible tellement il est dégoûté, hautain et glacial, il répond seulement: “Oui.” Mais c’est un “oui” qui a plus de portée qu’un long discours.

Saul comprend tout ce qu’il y a dans ce “oui” et, abandonnant la meute féroce, il court vers Gamaliel, le rejoint, l’arrête et lui dit:

“Tu ne voudrais pas me dire, ô rabbi, que tu désapprouves notre condamnation.”

Gamaliel ne le regarde pas et ne lui répond pas. Saul poursuit:

“Cet homme est doublement coupable pour avoir renié la Loi en suivant un samaritain possédé par Belzébuth, et pour l’avoir fait après avoir été ton disciple.”

Gamaliel continue à ne pas le regarder et à se taire. Saul, alors, demande:

“Mais serais-tu peut-être, toi aussi, un partisan de ce malfaiteur appelé Jésus?”

Cette fois, Gamaliel lui répond:

“Je ne le suis pas encore. Mais si Lui était ce qu’il disait, et en vérité beaucoup de choses tendent à prouver qu’il l’était, je prie Dieu de le devenir.”

“Horreur!” crie Saul.

“Aucune horreur. Chacun a une intelligence pour s’en servir et une liberté pour l’appliquer. Que chacun s’en serve donc d’après la liberté que Dieu a donnée à tout homme et la lumière qu’il a mise dans le cœur de chacun. Les justes, maintenant ou plus tard, emploieront ces deux dons de Dieu pour le Bien, et les mauvais pour le Mal.” Et il s’en va en se dirigeant vers la cour où se trouve le trésor et il va s’appuyer contre la même colonne contre laquelle Jésus avait parlé de la pauvre veuve qui donne au Trésor du Temple tout ce qu’elle a: deux piécettes Cf. EMV 596.8. .