645.3 - Il est là depuis peu de temps quand Saul le rejoint de nouveau et se plante devant lui.

Il y a entre les deux un très grand contraste. Gamaliel grand, à l’aspect noble, beau, aux traits fortement sémitiques, un front haut, des yeux très noirs, intelligents, pénétrants, longs et très enfoncés sous les sourcils épais et droits, aux côtés d’un nez droit, long et fin qui rappelle un peu celui de Jésus. La couleur de la peau, aussi, la bouche aux lèvres fines, rappellent celles du Christ. Seulement les moustaches et la barbe de Gamaliel, autrefois très noires, sont maintenant grisonnantes et plus longues.

Saul, au contraire, est petit, trapu, presque rachitique, avec des jambes courtes et grosses, un peu écartées aux genoux que l’on voit bien car il a enlevé son manteau et a seulement un vêtement à tunique courte et grise.

Il a les bras courts et musclés comme les jambes, le cou court et trapu qui porte une tête grosse, brune, avec des cheveux courts et rêches, des oreilles plutôt écartées, un nez camus, de grosses lèvres, des pommettes hautes et grosses, un front bombé, des yeux sombres, plutôt bovins, sans douceur, mais très intelligents sous des sourcils très arqués, épais et hérissés. Les joues sont couvertes d’une barbe hirsute comme les cheveux et très épaisse, qu’il garde courte. Peut-être à cause de son cou si court, il paraît légèrement bossu ou avec des épaules très voûtées.

645.4 - Il se tait un moment en fixant Gamaliel, puis il dit quelque chose à voix basse. Gamaliel lui répond d’une voix bien nette et forte:

“Je n’approuve pas la violence. Pour aucun motif. Tu n’auras jamais de moi une approbation pour un dessein violent. Je l’ai même dit publiquement, à tout le Sanhédrin, quand on a pris pour la seconde fois Pierre et les autres apôtres et qu’ils ont été amenés devant le Sanhédrin pour être jugés. Et je répète la même chose: “Si c’est un dessein et une œuvre humaine, il périra par lui-même; si cela vient de Dieu, les hommes ne pourront le détruire, mais au contraire ils pourront être frappés par Dieu”. Ne l’oublie pas.”

“Es-tu le protecteur de ces blasphémateurs, disciples du Nazaréen, toi, le plus grand rabbi d’Israël?”

“Je suis le protecteur de la justice. Et elle enseigne à être prudent et juste dans les jugements. Je te le répète: si c’est une chose qui vient de Dieu, elle résistera, sinon elle tombera d’elle-même. Mais moi, je ne veux pas me tacher les mains avec un sang dont je ne sais pas s’il mérite la mort.”

“C’est toi, toi, pharisien et docteur, qui parles ainsi? Tu ne crains pas le Très-Haut?”

645.5 - “Plus que toi. Mais je réfléchis. Et je me souviens… Tu n’étais qu’un enfant, pas encore un fils de la Loi, et j’enseignais déjà dans ce Temple avec le rabbi le plus sage de ce temps… et avec d’autres qui étaient sages, mais pas justes. Notre sagesse eut, dans ces murs, une leçon qui nous donna à réfléchir pour le reste de notre vie. Les yeux du plus sage et du plus juste de notre temps se fermèrent sur le souvenir de cette heure, et son esprit sur l’étude de ces vérités, entendues des lèvres d’un enfant qui se révélait aux hommes, spécialement aux justes.

Mes yeux ont continué à veiller, et mon esprit à réfléchir, en coordonnant les événements et les choses…J’ai eu le privilège d’entendre le Très-Haut parler par la bouche d’un enfant qui fut ensuite un homme juste, sage, puissant, saint, et qui fut mis à mort justement à cause de ces qualités. Les paroles qu’il a dites alors ont pu être confirmées par des faits arrivés plusieurs années après, à l’époque dite par Daniel… Daniel 9,1 et suivants. Malheureux que je suis de n’avoir pas compris avant! D’avoir attendu le dernier terrible signe pour croire, pour comprendre! Malheureux peuple d’Israël qui n’a pas compris alors et ne comprend pas, même maintenant! La prophétie de Daniel et celle d’autres prophètes et de la Parole de Dieu continuent, et elles s’accompliront pour Israël entêté, aveugle, sourd, injuste, qui continue de persécuter le Messie dans ses serviteurs!”

“Malédiction! Tu blasphèmes! Vraiment il n’y aura plus de salut pour le peuple de Dieu si les rabbis blasphèment, reniant Jéhovah, le Dieu vrai, pour exalter et croire un faux Messie!”

“Ce n’est pas moi qui blasphème, mais tous ceux qui ont insulté le Nazaréen, et continuent de le mépriser, en méprisant ses fidèles. Toi, oui, tu le blasphèmes parce que tu le hais, en Lui et dans les siens. Mais tu as parlé juste en disant qu’il n’y a plus de salut pour Israël. Mais ce n’est pas parce qu’il y a des israélites qui passent dans son troupeau, mais parce que Israël l’a frappé à mort, Lui.”

“Tu me fais horreur! Tu trahis la Loi, le Temple!”

“Alors dénonce-moi au Sanhédrin, pour que j’aie le même sort que celui que l’on va lapider. Ce sera le commencement et la fin heureuse de ta mission. Et moi, à cause de mon sacrifice, je serai pardonné de n’avoir pas reconnu et compris le Dieu qui passait, Sauveur et Maître, parmi nous, ses fils et son peuple.”

645.6 - Saul, avec un geste de colère, s’éloigne impoliment, pour retourner dans la cour qui donne sur la salle du Sanhédrin et où continue la clameur de la foule exaspérée contre Étienne. Saul rejoint les bourreaux dans cette cour, s’unit à eux, qui l’attendaient, et il sort avec les autres du Temple, et puis des murs de la ville. Insultes, moqueries, coups, continuent à l’adresse du diacre qui avance déjà épuisé, blessé, chancelant vers le lieu du supplice.

Hors des murs, il y a un espace inculte et pierreux, absolument désert. Arrivés là, les bourreaux forment un cercle en laissant le condamné seul au milieu, avec des vêtements déchirés et couverts de sang en plusieurs parties du corps à cause des blessures déjà reçues. Ils les lui arrachent avant de s’écarter. Étienne reste avec une tunique très courte. Tous enlèvent leurs vêtements longs pour rester avec les seules tuniques courtes comme celle de Saul, à qui ils confient leurs vêtements. Saul ne prend pas part à la lapidation soit qu’il ait été impressionné par les paroles de Gamaliel, soit qu’il sait qu’il est incapable de viser.

645.7 - Les bourreaux ramassent des grosses pierres et des silex coupants qui abondent en ce lieu, et ils commencent la lapidation.

Étienne reçoit les premiers coups en restant debout, et avec un sourire de pardon sur sa bouche blessée. Un instant avant le début de la lapidation il a crié à Saul, occupé à rassembler les vêtements des bourreaux: “Mon ami, je t’attends sur le chemin du Christ.”

À quoi Saul lui avait répondu: “Porc! Obsédé!” en unissant aux injures un vigoureux coup de pied dans les jambes du diacre qui est sur le point de tomber par le coup et la souffrance.

Après plusieurs coups de pierre qui l’atteignent de tous côtés, Étienne tombe à genoux, appuyé sur ses mains blessées et, se rappelant certainement un lointain épisode, il murmure en touchant ses tempes et son front blessés: “Comme Lui me l’avait prédit! La couronne.., les rubis.., ô mon Seigneur, mon Maître, Jésus, reçois mon esprit!”

Une autre grêle de coups sur sa tête déjà blessée l’allongent complètement sur le sol qui s’imprègne de son sang. Pendant qu’il s’abandonne au milieu des pierres, toujours sous une grêle d’autres pierres, il expire en murmurant: “Seigneur… Père, pardonne-leur… ne leur garde pas rancune pour leur péché… Ils ne savent pas ce que…” La mort coupe la phrase sur ses lèvres. Un dernier sursaut le pelotonne sur lui-même et il reste ainsi. Mort.

Les bourreaux s’avancent, lancent sur lui une autre charge de pierres sous lesquelles ils l’ensevelissent presque. Puis ils reprennent leurs habits et s’en vont, en revenant au Temple, pour rapporter, ivres d’un zèle satanique, ce qu’ils ont fait.

645.8 - Pendant qu’ils parlent avec le Grand Prêtre et d’autres personnages puissants, Saul va à la recherche de Gamaliel. Il ne le trouve pas tout de suite. Il revient, enflammé de haine contre les chrétiens, va trouver les Prêtres, parle avec eux, se fait donner un parchemin avec le sceau du Temple qui l’autorise à persécuter les chrétiens. Le sang d’Étienne doit l’avoir rendu furieux comme un taureau qui voit du rouge, ou un vin généreux donné à un alcoolique.

Il va sortir du Temple quand il voit Gamaliel sous le Portique des Païens. Il va vers lui. Peut-être veut-il commencer une discussion ou se justifier. Mais Gamaliel traverse la cour, entre dans une salle, ferme la porte au nez de Saul qui, offensé et furieux, sort en courant du Temple pour persécuter les chrétiens.

645.9 - [Jésus dit:]

“Je me suis manifesté bien des fois, et à plusieurs, même dans des manifestations extraordinaires. Mais mes manifestations n’ont pas agi en tous de la même façon. Nous pouvons voir comment à chacune de mes manifestations correspond une sanctification de ceux qui possédaient la bonne volonté demandée aux hommes pour avoir Paix, Vie, Justice.

Ainsi chez les bergers la Grâce a travaillé pendant les trente années de ma vie cachée, et puis elle a fleuri en donnant un saint épi quand ce fut le temps où les bons se séparèrent des mauvais pour suivre le Fils de Dieu qui passait par les chemins du monde en jetant son cri d’amour pour appeler à se rassembler les brebis du Troupeau éternel, disséminées et égarées par Satan.

Présents parmi les foules qui me suivaient, ils étaient mes messagers, car par leurs récits simples et convaincus, ils faisaient connaître le Christ en disant: “C’est Lui, nous le reconnaissons. Sur ses premiers vagissements descendirent les berceuses des anges. Et les anges nous ont dit, à nous, que les hommes de bonne volonté auront la paix. La bonne volonté c’est le désir du Bien et de la Vérité. Suivons-le! Suivez-le! Nous aurons tous la paix promise par le Seigneur”.

Humbles, ignorants, pauvres, mes premiers messagers parmi les hommes s’échelonnèrent comme des sentinelles le long des routes du Roi d’Israël, du Roi du monde. Yeux fidèles, bouches honnêtes, cœurs affectueux, encensoirs qui exhalaient le parfum de leurs vertus pour rendre moins corrompu l’air de la Terre autour de ma Divine Personne qui s’était incarnée pour eux et pour tous les hommes, je les ai trouvés jusqu’au pied de la Croix, après les avoir bénis de mon regard le long de la voie sanglante du Golgotha, les seuls avec quelques autres, qui ne m’ont pas maudits au milieu de la foule déchaînée, mais qui m’ont aimé, ont cru, espéré encore, et qui ont porté sur Moi un regard de compassion en pensant à la nuit lointaine du jour de ma Naissance, et en pleurant sur l’Innocent qui avait dormi son premier sommeil sur un bois inconfortable et son dernier sur un bois encore plus douloureux. Cela parce qu’en me manifestant à eux, qui avaient l’âme droite, je les avais sanctifiés.

Et il en fut ainsi pour les trois Sages d’Orient, pour Siméon et Anne dans le Temple Voir la présentation de Jésus au Temple. , pour André et Jean au Jourdain, et pour Pierre, Jacques et Jean au Thabor, pour Marie de Magdala à l’aube de Pâque, aux onze, pardonnés sur l’Oliveraie, et encore avant à Béthanie, de leur égarement… Non, Jean, le pur, n’eut pas besoin de pardon. Il fut le fidèle, le héros, toujours aimant. L’amour très pur qu’il avait en lui et sa pureté d’esprit, de cœur, de chair, l’a préservé de toute faiblesse.

645.10 - Gamaliel, et Hillel, n’étaient pas simples comme les bergers, saints comme Siméon, sages comme les trois Sages. Chez lui, et chez son maître et parent, s’étaient développées des lianes pharisaïques pour étouffer la lumière et le libre développement de l’arbre de la foi. Mais dans leur être pharisien ils avaient la pureté d’intention. Ils croyaient être dans le juste, et ils désiraient de l’être. Ils le désiraient par instinct, parce que c’étaient des justes; et par intelligence, car leur esprit s’écriait mécontent: “Ce pain est mêlé à trop de cendre. Donnez-nous le pain de la vraie Vérité”.

Gamaliel pourtant n’avait pas assez de force pour avoir le courage de briser ces lianes pharisaïques. Son humanité le tenait encore trop esclave, et avec elle les considérations de l’estime humaine, du danger personnel, du bien-être familial. Pour toutes ces choses Gamaliel n’avait pas su comprendre “le Dieu qui passait parmi son peuple”, ni user de “cette intelligence et de cette liberté” que Dieu a données à tout homme pour qu’il en use pour son bien.

Seul le signe attendu pendant tant d’années, le signe qui l’avait terrassé et torturé par des remords qui ne cessaient plus, aurait produit en lui la reconnaissance du Christ et le changement de son ancienne pensée, par laquelle, de rabbi de l’erreur il serait devenu, après une longue lutte entre son ancien moi et son moi actuel, disciple de la Vérité divine, car les scribes, les pharisiens et les docteurs avaient corrompu l’essence et l’esprit de la Loi, en étouffant la simple et lumineuse vérité venue de Dieu sous un tas de préceptes humains souvent erronés, mais toujours avantageux pour eux.

645.11 - Du reste, il n’avait pas été le seul à rester dans l’indécision et à manquer de force pour agir. Joseph d’Arimathie aussi, et plus encore Nicodème, ne surent pas mettre tout de suite sous leurs pieds les coutumes et les lianes judaïques et embrasser ouvertement la nouvelle Doctrine, si bien qu’ils avaient l’habitude de venir trouver le Christ “en secret” par crainte des juifs, ou bien de le rencontrer comme par hasard, et tout au plus dans leurs maisons de campagne ou dans celle de Béthanie, chez Lazare, parce qu’ils la savaient plus sûre et plus redoutée par les ennemis du Christ qui connaissaient bien la protection de Rome pour le fils de Théophile. Pourtant ceux-ci furent certainement toujours plus avancés dans le Bien et plus courageux que Gamaliel, au point d’oser manifester leur pitié par leur attitude le Vendredi Saint. Moins avancé était le rabbi Gamaliel.

645.12 - Mais remarquez, vous qui lisez, la puissance de sa droiture d’intention. Grâce à elle sa justice, très humaine, se teint de surhumain. Celle de Saül, au contraire, se souille de démoniaque à l’heure où le déchaînement du mal met lui et son maître Gamaliel au carrefour du choix entre le Bien et le Mal, entre le juste et l’injuste.

L’arbre du Bien et du Mal se dresse devant tout homme pour lui présenter ses fruits mauvais sous un aspect plus attirant et plus alléchant, alors que dans le feuillage, avec une voix trompeuse de rossignol, siffle le Serpent tentateur. Il appartient à l’homme, créature douée de raison et d’une âme que Dieu lui a donnée, de savoir discerner et vouloir le fruit qui est bon parmi ceux nombreux qui ne le sont pas et qui blessent et font mourir l’esprit. Et il faut cueillir le bon fruit, même si on se pique et si on se fatigue à le faire, même si le goût en est amer et l’aspect mesquin. Le changement qui le rend tellement plus lisse et agréable au toucher, doux au palais, beau à voir, arrive seulement quand, par justice d’esprit et par raison, on sait choisir le bon fruit, et qu’on s’est nourri de son suc qui est amer mais saint.

Saül tend ses mains avides au fruit du Mal, de la haine, de l’injustice, du crime, et il les tendra jusqu’à ce qu’il soit foudroyé, abattu, rendu aveugle pour la vue humaine afin d’acquérir la vue surhumaine et de devenir non seulement juste, mais apôtre et confesseur de Celui que d’abord il haïssait et persécutait dans ses serviteurs.

Gamaliel, en rompant les lianes tenaces de son humanité et de l’hébraïsme, pour faire naître et fleurir une lointaine semence de lumière et de justice, non seulement humaine mais surhumaine aussi, que ma quatrième épiphanie, ou manifestation, qui peut-être est une parole plus claire et plus compréhensible, lui avait mise dans le cœur, dans son cœur aux intentions droites, semence qu’il avait gardée et défendue avec une honnête affection et une noble soif de la voir pousser et fleurir, tend les mains vers les fruits du Bien. Sa volonté et mon Sang rompirent la dure écorce de cette lointaine semence qu’il avait conservée dans son cœur pendant des dizaines d’années, dans ce cœur de roche qui se fendit en même temps que le voile du Temple et que la terre de Jérusalem, et qui cria son suprême désir vers Moi qui ne pouvais plus l’entendre de mes oreilles mais qui l’entendais bien avec mon divin esprit quand il était, allongé par terre, au pied de la Croix. Et sous le soleil de feu des paroles apostoliques et des meilleurs disciples et la pluie de sang d’Étienne, premier martyr, cette semence poussa des racines, devint un arbre, fleurit et fructifia. La plante nouvelle de son christianisme, poussée là où la tragédie du Vendredi Saint avait abattu, déraciné, détruit toutes les plantes et herbes anciennes.

La plante de son christianisme nouveau et de sa sainteté nouvelle est née et s’est dressée devant mes yeux. Pardonné par Moi, bien que coupable de ne m’avoir pas compris plus tôt, à cause de sa justice qui ne voulut pas participer à ma condamnation ni à celle d’Étienne, son désir de devenir pour Moi un fidèle, fils de la Vérité, de la Lumière, fut béni aussi par le Père et l’Esprit Sanctificateur et, de désir il devint une réalité, sans avoir besoin d’être puissamment et violemment foudroyé, comme il fut nécessaire pour Saül sur le chemin de Damas, pour l’arrogant qu’aucun autre moyen n’aurait pu conquérir et amener à la Justice, à la Charité, à la Lumière, à la Vérité, à la Vie éternelle et glorieuse des Cieux.”