“Toi, tu pardonnes! Mais le monde! Ta Mère! Elle me haïra.”
“Elle pense à toi comme à une sœur. Le monde est cruel. C’est vrai. Ma Mère est la Mère de l’Amour, et elle est bonne. Tu ne peux aller par le monde, mais elle viendra à toi quand tout sera en paix. Le temps pacifie…”
“Fais-moi mourir, si tu m’aimes…”
“Encore un peu de temps. Ton fils n’a su rien me donner. Toi, donne-moi un temps de ta souffrance. Il sera court.”
“Mon fils t’a trop donné… C’est l’horreur infinie qu’il t’a donnée.”
“Et toi la douleur infinie. L’horreur est passée, elle ne sert plus. Ta douleur sert. Elle s’unit à mes plaies, et tes larmes et mon Sang lavent le monde. Toute la douleur s’unit pour laver le monde. Tes larmes sont parmi mon Sang et les pleurs de ma Mère et autour c’est toute la douleur des saints qui souffriront pour le Christ et pour les hommes, pour mon amour et celui des hommes. Pauvre Marie!”
Il la couche doucement, lui croise les mains, la regarde se calmer…
632.6 - Anne rentre et elle reste stupéfaite sur le seuil.
Jésus, qui s’est relevé, la regarde en disant:
“Tu as obéi à mon désir. Pour les obéissants, il y a la paix. Ton âme m’a compris. Vis dans ma paix.”
Il abaisse de nouveau les yeux sur Marie de Simon qui le regarde en versant des larmes plus calmes et il lui sourit encore. Il lui dit encore:
“Mets toutes tes espérances dans le Seigneur. Lui te donnera toutes ses consolations.”
Il la bénit et va s’en aller.
Marie de Simon pousse un cri passionné:
“On dit que mon fils t’a trahi par un baiser! Est-ce vrai, Seigneur? Si oui, laisse-moi le laver en te baisant les mains. Je ne puis faire autre chose! Je ne puis faire autre chose pour effacer… pour effacer…”
La douleur la reprend plus fort.
Jésus, oh! Jésus ne lui donne pas ses mains à baiser, ces mains sur lesquelles la large manche de son vêtement blanc retombe jusqu’au milieu du métacarpe en cachant les blessures, mais il lui prend la tête dans ses mains et se penche pour effleurer de ses lèvres divines le front brûlant de la plus malheureuse des femmes, et il lui dit en se redressant:
“Mes larmes et mon baiser! Personne n’a eu tant de moi. Reste donc dans la paix puisque entre toi et Moi il n’y a que de l’amour.”
Il la bénit et, après avoir traversé rapidement la pièce, il sort derrière Anne qui n’a pas osé s’avancer, ni parler, mais qui pleure d’émotion.
632.7 - Pourtant quand ils sont dans le corridor qui mène à la porte de la maison, Anne ose parler, poser la question qui lui tient tant à cœur:
“Ma Joanne?”
“Depuis quinze jours, elle jouit dans le Ciel. Je n’en ai pas parlé parce qu’il y a trop de contraste entre ta fille et son fils.”
“C’est vrai! Grand déchirement! Je crois qu’elle en meurt.”
“Non. Pas tout de suite.”
“Maintenant elle aura plus de paix. Tu l’as consolée. Toi! Toi qui plus que tous…”