“Tais-toi! Tais-toi!…”

631.7 - “Je n’ai plus rien à dire. Le sacrifice était fini. La sépulture… notre déchirement et non le sien, et qui n’a de valeur que dans la douleur de la Mère. Notre déchirement! Mérite-t-il de la compassion? Donnons-là à Lui, au lieu de demander pitié pour nous. Nous avons trop et toujours fui la douleur, les fatigues, les abandons, en laissant tout cela à Lui, à Lui seul. En vérité nous avons été des disciples indignes qui l’avons aimé pour la joie d’être aimés, pour l’orgueil d’être des grands dans son royaume, mais qui n’avons pas su l’aimer dans la douleur… Maintenant non plus.

Ici, ici, nous devons jurer, et c’est ici un autel, et il est élevé, en face du Ciel et de la Terre, qu’il n’en sera plus ainsi. Maintenant c’est pour Lui la joie, pour nous la croix. Jurons-le. C’est ainsi seulement que nous donnerons la paix à nos âmes, ici est mort Jésus de Nazareth, le Messie, le Seigneur, pour être le Sauveur et le Rédempteur. Qu’ici meure l’homme que nous sommes, et que ressuscite le vrai disciple. Levez-vous! Jurons sur le Nom Saint de Jésus Christ que nous voulons embrasser sa doctrine jusqu’à savoir mourir pour la rédemption du monde.”

Jean semble être un séraphin. Ses gestes ont fait tomber son couvre-chef, et sa tête blonde brille au soleil. Il est monté sur des débris jetés de côté, peut-être les étais des croix des larrons, et il a pris involontairement l’attitude à bras ouverts qu’a souvent Jésus quand il enseigne, et particulièrement l’attitude qu’il avait sur la croix.

Les autres le regardent, si beau, si enflammé, si jeune, le plus jeune de tous, et si mûr spirituellement. Le Calvaire l’a fait arriver à l’âge parfait… Ils le regardent et crient:

“Nous le jurons!”

“Alors prions pour que le Père fortifie notre serment: “Notre Père qui es aux Cieux… ”

Le chœur des onze voix prend de l’assurance de plus en plus à mesure qu’ils continuent. Pierre se frappe la poitrine quand il dit: “Remets-nous nos dettes”, et tous s’agenouillent quand ils disent la dernière supplication: “Délivre-nous du mal”. Ils restent ainsi penchés jusqu’au sol, en méditant…

631.8 - Jésus est parmi eux. Je n’ai pas vu quand ni d’où il est apparu. On dirait que c’est du côté du mont qui est inaccessible. Il resplendit d’amour dans la grande lumière de midi et il dit:

“Celui qui demeure en Moi ne subira pas de dommage de la part du Malin. En vérité je vous dis que ceux qui seront unis à Moi en servant le Très-Haut Créateur, dont le désir est le salut de tous les hommes, pourront chasser les démons, rendre inoffensifs les reptiles et les venins, passer au milieu des fauves et des flammes sans subir de dommage, tant que Dieu veut qu’ils restent sur la Terre pour le servir.”

“Quand es-tu venu, Seigneur?” disent-ils en s’inclinant tout en restant à genoux.

“C’est votre serment qui m’a appelé. Et maintenant, maintenant que les pieds de mes apôtres ont foulé cette terre, descendez rapidement à la ville, au Cénacle. Ce soir vont partir les femmes de Galilée avec ma Mère. Toi et Jean, vous irez avec elles. Nous nous retrouverons tous unis en Galilée sur le Thabor” dit-il au Zélote et à Jean.

“Quand, Seigneur?”

“Jean le saura et vous le dira.”

“Tu nous quittes, Seigneur? Tu ne nous bénis pas? Nous avons tant besoin de ta bénédiction.”

“Je vous la donnerai ici et au Cénacle. Prosternez-vous!”

Il les bénit et l’éclat du soleil l’enveloppe comme dans la Transfiguration, mais ici il le cache. Jésus n’est plus là.

Ils lèvent la tête. Plus rien que le soleil et la terre brûlée…

“Levons-nous et allons! Il s’en est allé!” disent-ils avec tristesse.

“Toujours plus courts ses séjours parmi nous!”

“Mais aujourd’hui il semblait plus content qu’hier soir. Tu n’as pas eu cette impression, frère?” demande le Thaddée à Jacques d’Alphée.

“C’est notre serment qui l’a rendu heureux. Sois béni, Jean, de nous l’avoir fait faire!” dit Pierre en embrassant Jean.

“Moi, j’espérais qu’il nous parlerait de sa Passion! Pourquoi nous a-t-il fait venir ici pour ne rien nous dire?” dit Thomas.

“Nous le Lui demanderons ce soir” dit André.

“Oui. Mais partons maintenant. La route est longue et nous voulons rester un peu avec Marie avant qu’elle s’en aille” dit Jacques d’Alphée.