631.4 - Ils avancent… Un martyre de feu, ce chemin! Ils chancellent même. Pierre dit:

“Si Lui n’opère pas un miracle, nous tomberons par un coup de soleil.”

“Oui. Le cœur m’éclate dans la gorge” confirme Matthieu.

Barthélemy ne parle plus. Il paraît ivre. Jean le prend par le coude et le soutient comme il le faisait avec la Mère, le Vendredi sanglant. Il le réconforte:

“D’ici peu il y a un peu d’ombre, là où je conduisis la Mère. Nous nous reposerons là.”

Ils vont, de plus en plus lentement… Les voilà contre le rocher où était Marie, et Jean le dit. En effet il y a un peu d’ombre, mais l’air est immobile et brûlant.

“S’il y avait au moins une tige d’anis, une feuille de menthe, un brin d’herbe! J’ai la bouche qui ressemble à du parchemin mis près d’une flamme. Mais rien! Rien!” gémit Thomas qui a les veines gonflées au cou et au front.

“Je donnerais ce qui me reste de vie pour avoir une goutte d’eau” dit Jacques de Zébédée.

Jude Thaddée éclate en sanglots et dit:

“Mon pauvre Frère, combien tu as souffert! Il a dit… il a dit, vous le rappelez-vous? qu’il mourait de soif! Oh! maintenant je comprends! Je n’avais pas compris la portée de ces paroles! Il mourait de soif! Et il n’y eut personne pour Lui donner une gorgée d’eau pendant qu’il pouvait boire encore! Et il avait la fièvre, Lui, en plus du soleil!”

“Jeanne Lui avait apporté de quoi se désaltérer… ” dit André.

“Il ne pouvait plus boire, désormais! Il ne pouvait plus parler… Quand il rencontra sa Mère, là, à dix pas de nous, il ne put dire que: “Maman!” et il ne put lui donner un baiser, même de loin bien que Simon de Cyrène l’eût délivré de la croix. Il avait les lèvres durcies par les blessures, brûlées… Oh! je le voyais bien, au-delà du rang des légionnaires! Parce que je ne suis pas passé ici. J’aurais pris sa croix, s’ils m’avaient laissé passer! Mais ils craignaient pour moi… et à cause de la foule qui voulait nous lapider… Il ne pouvait pas parler… pas boire… pas donner un baiser… Il ne pouvait quasi plus regarder avec ses yeux douloureux à travers les croûtes de sang qui descendait de son front!… Son vêtement était déchiré au genou qu’on voyait ouvert, sanglant… Il avait les mains enflées et blessées… Il avait une blessure au menton et à une joue… La croix avait formé une plaie à son épaule déjà ouverte par les coups de fouets… Sa ceinture était blessée par les cordes… Ses cheveux étaient couverts du sang qui coulait des épines… Il avait…”

“Tais-toi! Tais-toi! On ne peut t’entendre! Tais-toi! Je t’en prie et te le commande!” crie Pierre qui semble à la torture.

“On ne peut m’entendre! Vous ne pouvez m’entendre! Mais moi, j’ai dû le voir et entendre ses spasmes! Et la Mère? Et la Mère, alors? ”

Ils baissent la tête en sanglotant et recommencent à marcher, à marcher… Ce n’est plus sur eux qu’ils se lamentent, mais tous pleurent désormais sur les douleurs du Christ.

631.5 - Les voici au sommet, à la première petite place: une plaque de feu. La réverbération est telle que la terre semble trembler par suite de ce phénomène que produit le soleil sur les sables enflammés des déserts.

“Venez. Montons de ce côté. C’est ici que nous fit passer le centurion. Moi aussi: ils m’ont cru fils de Marie. Les femmes étaient là et ici les bergers et ici les juifs…” Jean indique les endroits et termine: “Mais la foule était en bas, elle couvrait la pente jusqu’à la vallée, jusqu’à la route. Elle était sur les murs. Elle était sur les terrasses près des murs. Elle était aussi loin qu’on pouvait voir. J’ai vu cela quand le soleil commença à se voiler. Auparavant c’était comme à présent, et je ne pouvais voir…”

En effet Jérusalem semble un mirage qui tremble là-bas. L’excès de lumière la voile à qui veut la voir, et Jean dit:

“À d’autres heures, Marie de Lazare l’a dit, mais je ne savais pas quand ni pourquoi elle y était venue, on voit les restes noirs des maisons incendiées par la foudre. Les maisons des plus coupables… d’un grand nombre, du moins parmi eux… Voici! Ici (Jean compte ses pas, reconstitue la scène, ici était Longinus et ici Marie et moi. Ici était la croix du larron repenti et là l’autre. Et ici les vêtements furent tirés au sort. C’est là que la Mère tomba quand Il fut mort.., et c’est d’ici que je le vis frappé au Cœur (Jean devient pâle comme un mort) car sa Croix était ici”

Et il s’agenouille sur le sol pour adorer, le visage dans la terre visiblement creusée sur l’emplacement sanglant, le long de l’ombre du bras transversal de la croix et autour de son tronc vertical.

Elle doit avoir fait un dur travail la Madeleine pour creuser ainsi tant de terre et sur une profondeur d’au moins un bon palme Palme : longueur d'une main, soit de 15 à 20 cm. , dans une terre si dure, mêlée à des pierres et des débris qui en font une sorte de croûte compacte! Ils se jettent tous par terre, pour baiser cette poussière que maintenant baignent leurs larmes…

631.6 - Mais Jean se lève le premier et, affectueusement impitoyable, évoque tous les épisodes… Il ne sent plus le soleil… Personne ne le sent plus… Il parle du moment où Jésus repoussa le vin à la myrrhe, du moment où il se dévêtit et se ceignit du voile maternel, du moment où il apparut si durement flagellé et blessé, du moment où il s’étendit sur la croix et cria au premier clou, et puis cessa pour que sa Mère ne souffrît pas trop, du moment où ils Lui déchirèrent le poignet et déboîtèrent le bras pour le tirer jusqu’au trou fait à l’avance Voir les précisions qu'en donne Jésus lui-même dans la dictée du 29 décembre 1943. Il fait référence, à cette occasion, au Linceul de Turin (Saint-Suaire), qu'il authentifie dans la dictée du 23 octobre 1943. C'est la main droite qui fut clouée la première, dans le poignet dans l'espace dit "de Destot". C'est celle qui est apparente sur le Linceul de Turin. La main gauche fut élongée de 4 cm selon ce que mesura le Professeur Lorenzo Ferri ultérieurement. Elle fut clouée dans les os du métacarpe qui correspond à la partie haute et médiane de la paume. Le professeur Pierre Barbet défendait (1931) la crucifixion dans le poignet, tandis que le professeur Frederick Thomas Zugibe défendait (2005) le clouement dans la paume, à l'endroit exactement désigné par Jésus. Ce sont les deux types de clouement qui sont utilisés dans la Passion de Jésus et cela s'explique logiquement par des pré-trous mal ajustés. Ce type de clouement, comme l'épisode de la croix retournée qu'évoque Jean, a été décrit similairement, et de façon indépendante, par la Vénérable Marie d'Ágreda et la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich (La Cité mystique de Dieu – Livre 6, Chapitre 22 - § 1384, pages 158 et 159 | La douloureuse Passion de Jésus-Christ – Chapitre 33, pages 138 à 142). , et du moment où, Lui étant entièrement cloué, la croix fut retournée pour river les clous, et dont le poids reposa sur le Martyr dont on entendit le halètement.

Et où la croix fut retournée et relevée pour la traîner et la laisser retomber dans le trou et y fut calée, et où le Corps en tombant déchira les mains et où la couronne en se déplaçant déchira la tête, et les paroles au Père des Cieux, les paroles qui demandèrent pardon pour ceux qui le crucifiaient, et qui pardonnèrent au larron repenti, et les paroles à la Mère et à Jean, et l’arrivée de Joseph et Nicodème, si ouvertement héros quand ils défiaient tout un monde, et le courage de Marie de Magdala, et le cri d’angoisse au Père qui l’avait abandonné, et la soif, et le vinaigre avec le fiel, et la dernière agonie, et le faible appel à la Maman, et les paroles de celle-ci, avec son âme déjà au seuil de la vie à cause du tourment, du tourment.., et la résignation et l’abandon à Dieu et, horrible, la dernière convulsion et le cri qui fit trembler le monde, et le cri de Marie quand elle le vit mort…

“Tais-toi! Tais-toi! Tais-toi!” crie Pierre.

Il semble, lui, transpercé par la lance. Les autres aussi le prient: