“As-tu entendu une voix, toi?”

“Moi, non.”

“Et moi non plus.”

“Et alors? Lazare est peut-être malade de nouveau?”

“Peut-être… Il a souffert plus que nous et il nous a donné tant de force à nous, lâches! Peut-être que maintenant il a été pris de délire.”

“En effet son visage est très altéré.”

“Et son regard était ardent quand il parlait.”

“Serait-ce Jésus qui l’a appelé au Ciel.”

“En effet Lazare Lui a offert sa vie tout à l’heure… Il l’a cueilli comme une fleur tout de suite… Oh! malheureux que nous sommes! Et qu’allons-nous faire maintenant?”

Les commentaires sont disparates et douloureux.

621.8 - Lazare traverse le vestibule, sort dans le jardin sans cesser de courir, souriant, murmurant et c’est son âme qui parle:

“Je viens, Seigneur.”

Il arrive à un bosquet de buis qui fait un asile vert, nous dirions un pavillon vert, et il tombe à genoux, le visage sur le sol en criant:

“Oh! mon Seigneur!”

Car Jésus, dans sa Beauté de Ressuscité, est sur le bord de ce coin de verdure, lui sourit et lui dit:

“Tout est accompli, Lazare. Je suis venu te dire merci, ami fidèle. Je suis venu pour te dire de dire aux frères de venir tout de suite à la maison de la Cène. Toi — un autre sacrifice, mon ami, par amour pour Moi — tu restes ici pour le moment… Je sais que tu en souffres, mais je sais que tu es généreux. Marie, ta sœur, est déjà consolée car je l’ai vue et elle m’a vu.”

“Tu ne souffres plus, Seigneur. Et cela me dédommage de tous les sacrifices. J’ai.., souffert de te savoir dans la douleur.., et de ne pas y être…”

“Oh! tu y étais! Ton esprit était au pied de ma Croix et était dans l’obscurité de mon Tombeau. Tu m’as appelé plus tôt, comme tous ceux qui m’ont totalement aimé, des profondeurs où j’étais. Maintenant je t’ai dit: “Viens, Lazare”. Comme au jour de ta résurrection. Mais toi depuis de longues heures tu me disais: “Viens”. Je suis venu, et je t’ai appelé pour te tirer, à mon tour, du fond de ta douleur. Va! Paix et bénédiction à toi, Lazare! Croîs dans mon amour. Je reviendrai encore.”

621.9 - Lazare est toujours resté à genoux sans oser faire un geste. La majesté du Seigneur, bien que tempérée par l’amour, est telle qu’elle paralyse la manière d’agir habituelle de Lazare.

Mais Jésus, avant de disparaître dans un tourbillon de lumière qui l’absorbe, fait un pas et effleure de sa main le front fidèle.

C’est alors que Lazare se réveille de sa stupeur bienheureuse. Il se lève et court précipitamment vers ses compagnons, avec une clarté de joie dans les yeux et une clarté sur le front effleuré par le Christ et il crie:

“Il est ressuscité, frères! Il m’a appelé. Je suis allé. Je l’ai vu. Il m’a parlé. Il m’a dit de vous dire d’aller tout de suite à la maison de la Cène. Allez! Allez! Moi je reste parce que Lui le veut. Mais ma joie est complète…”

Et Lazare pleure dans sa joie pendant qu’il presse les apôtres d’aller les premiers où il commande.

“Allez! Allez! Il veut vous voir! Il vous aime! Ne le craignez pas… Oh! il est plus que jamais le Seigneur, la Bonté, l’Amour!”

Les disciples aussi se lèvent…

Béthanie se vide. Il reste Lazare avec son grand cœur consolé…