“Je le savais. Cela a été pour moi une torture de savoir, dès le soir du sabbat, sa mort de Lui et de savoir, dans les détails, comment nous aurions agi…”
“Non. Toi, non. Tu as seulement obéi et souffert. Nous, nous avons agi lâchement. Toi et Simon, vous avez été sacrifiés à l’obéissance” interrompt Barthélemy.
“Oui. À l’obéissance. Oh! comme il est dur de résister à l’amour pour obéir à l’Aimé!
621.4 - Viens, Philippe. Dans ma maison sont presque tous les disciples. Viens, toi aussi.”
“J’ai honte de paraître devant le monde, devant mes compagnons…”
“Nous sommes tous pareils!” gémit Barthélemy.
“Oui. Mais moi j’ai un cœur qui ne se pardonne pas.”
“C’est de l’orgueil, Philippe. Viens. Lui m’a dit le soir du sabbat: ” Eux ne se pardonneront pas. Dis-leur que Moi je leur pardonne car je sais que ce ne sont pas eux qui ont agi librement, mais c’est Satan qui les a dévoyés ”. Viens.”
Philippe pleure plus fort, mais il cède. Et courbé, comme s’il était devenu vieux en quelques jours, il va à côté de Lazare jusqu’à la cour où tous l’attendent. Le regard qu’il donne à ses compagnons, et celui que ses compagnons lui donnent, est l’aveu le plus clair de leur accablement total.
621.5 - Lazare le remarque et il parle:
“Une nouvelle brebis du troupeau du Christ, effrayée par la venue des loups et qui a fui après la capture du Berger, a été recueillie par son ami. À celle-ci égarée qui a connu l’amertume d’être seule, sans même avoir le réconfort de pleurer la même erreur parmi des frères, je répète son testament d’amour.
Lui, je le jure en présence des chœurs célestes, m’a dit, avec tant d’autres choses que votre humaine faiblesse présente ne peut supporter car, vraiment, elles sont d’une désolation qui me déchirent le cœur depuis dix jours — et si je ne savais pas que ma vie sert à mon Seigneur, bien que pauvre et défectueuse comme elle l’est, je m’abandonnerais à la blessure de cette douleur d’ami et de disciple qui a tout perdu en le perdant Lui — il m’a dit: “Les miasmes de Jérusalem corrompue rendront fous même mes disciples. Ils fuiront et viendront chez toi” Vous voyez en fait que vous êtes tous venus, tous pourrais-je dire, Car à part Simon Pierre et l’Iscariote, vous êtes tous venus vers ma maison et vers mon cœur d’ami. Il a dit: “Tu les rassembleras. Tu redonneras du courage à mes brebis dispersées. Tu leur diras que je leur pardonne. Je te confie mon pardon pour eux. Ils ne se donneront pas de paix d’avoir fui. Dis-leur de ne pas tomber dans le péché plus grand de désespérer de mon pardon”.
C’est ce qu’il a dit. Et moi je vous ai donné le pardon en son Nom. Et j’ai rougi de vous donner en son Nom cette chose si sainte, si sienne, qu’est le Pardon, c’est-à-dire l’Amour parfait, car aime parfaitement celui qui pardonne au coupable. Ce ministère a réconforté ma dure obéissance… Car j’aurais voulu être là, comme Marie et Marthe, mes douces sœurs. Et si Lui a été crucifié sur le Golgotha par les hommes, moi ici, je vous le jure, je suis crucifié par l’obéissance, et c’est un martyre bien déchirant. Mais s’il sert à réconforter son Esprit, si cela sert à sauver ses disciples jusqu’au moment où Lui les réunira pour les perfectionner dans leur foi, voilà, j’immole une fois encore mon désir d’aller au moins vénérer sa dépouille avant que le troisième jour ne meure.
621.6 - Je sais que vous doutez. Vous ne devez pas. Moi je ne connais pas ses paroles du banquet pascal autrement que par ce que vous m’avez dit. Mais plus j’y pense, plus j’élève un par un ces diamants de ses vérités, et plus je sens qu’elles se rapportent au demain immédiat. Lui ne peut avoir dit: “Je vais au Père et puis je reviendrai” s’il ne devait pas vraiment revenir. Il ne peut avoir dit: “Quand vous me reverrez vous serez remplis de joie” s’il était disparu pour toujours. Lui a toujours dit: “Je ressusciterai”. Vous m’avez dit qu’il a dit: “Sur les semences jetées en vous va tomber une rosée qui les fera toutes germer, et puis viendra le Paraclet qui les fera devenir des arbres puissants”.
N’a-t-il pas parlé ainsi? Oh! ne faites pas en sorte que cela n’arrive que pour le dernier de ses disciples, pour le pauvre Lazare qui n’a été avec Lui que rarement! Quand Lui reviendra faites qu’il trouve germées ses semences sous la rosée de son Sang.
Il y a en moi tout un allumage de lumière, il y a tout un jaillissement de forces depuis l’heure terrible où il est monté sur la Croix. Tout s’illumine, tout naît, tout pousse. Il n’est pas de parole qui me reste dans son pauvre sens humain. Mais tout ce que j’ai entendu par Lui ou de Lui, voilà que maintenant cela prend vie et réellement ma lande aride se change en un fertile parterre où chaque fleur a son Nom et où tout suc tire la vie de son Cœur béni.
Moi, je crois, Christ! Mais pour que ceux-ci croient en Toi, en toutes tes promesses, en ton pardon, en tout ce qui est Toi, voilà: je t’offre ma vie. Consume-la, mais fais que ta Doctrine ne meure pas! Brise le pauvre Lazare. Mais rassemble les membres dispersés du noyau apostolique. Tout ce que tu veux, mais en échange que soit vivante et éternelle ta Parole, et qu’à elle, maintenant et toujours, viennent ceux qui ne peuvent avoir que par Toi la vie éternelle.”
621.7 - Lazare est réellement inspiré. L’amour le transporte bien haut et il est si fort son transport qu’il soulève aussi ses compagnons. On l’appelle à droite, on l’appelle à gauche, presque comme si c’était un confesseur, un médecin, un père.
La cour de la riche maison de Lazare, je ne sais pourquoi, me fait penser à la demeure des patriciens chrétiens en temps de persécution et de foi héroïque…
Il est penché sur Jude d’Alphée qui ne réussit pas à trouver une raison pour calmer son angoisse d’avoir quitté son Maître et cousin, quand quelque chose le fait se redresser brusquement. Il se tourne en regardant autour, et puis il dit nettement:
“Je viens, Seigneur.”
Sa parole de prompte adhésion de toujours. Et il sort en courant comme s’il suivait quelqu’un qui l’appelle et le précède.
Tous se regardent étonnés et s’interrogent.
“Qu’a-t-il vu?”
“Mais il n’y a rien!”