621 – Apparition à Lazare Apparition… En ce qui concerne les apparitions dont l'Évangile ne fait pas mention - c'est‑à‑dire autres que celles aux disciples d'Emmaüs et aux apôtres - Maria Valtorta note sur une copie dactylographiée, en renvoyant à Jean 20,30‑31 : Les Pères et les Docteurs de l'Église, au rang desquels saint Augustin, assurent qu'elles furent nombreuses.

3 avril 1945

Le mardi 3 avril 1945. (Mardi de Pâques).

621.1 - Le soleil d’une sereine matinée d’avril emplit de scintillements les bosquets de roses et de jasmins dans le jardin de Lazare. Les haies de buis et de lauriers, le feuillage d’un grand palmier qui ondule à l’extrémité d’une allée, le laurier très touffu près du vivier semblent lavés par une main mystérieuse tant l’abondance de la rosée nocturne en a lavé et couvert les feuilles qui maintenant paraissent couvertes d’un émail nouveau tant elles sont luisantes et nettes. Mais la maison est silencieuse comme si elle était pleine de morts. Les fenêtres sont ouvertes, mais aucune voix, aucun bruit ne vient des pièces qui sont dans la pénombre car tous les rideaux sont descendus.

À l’intérieur, au-delà du vestibule dans lequel s’ouvrent de nombreuses portes toutes ouvertes, et il est étrange de voir sans aucun apparat les salles qui servent habituellement pour les banquets plus ou moins nombreux, il y a une large cour pavée et entourée d’un portique couvert de sièges. Sur ceux-ci de nombreux disciples, il y en a même qui sont assis sur le sol, sur des nattes ou même sur le marbre. Parmi eux je vois les apôtres Matthieu, André, Barthélémy, les frères Jacques et Jude d’Alphée, Jacques de Zébédée et les disciples bergers avec Manahen, et en plus d’autres que je ne connais pas. Je ne vois pas le Zélote, ni Lazare, ni Maximin.

Finalement celui-ci entre avec des serviteurs et il distribue à tous du pain et divers aliments: des olives ou du fromage, ou du miel, ou encore du lait frais pour ceux qui en veulent. Mais ils n’ont guère envie de manger bien que Maximin les invite à le faire. L’accablement est profond. En quelques jours les visages se sont creusés, sont devenus terreux sous la rougeur des pleurs. Les apôtres en particulier, et ceux qui se sont enfuis dès les premières heures, ont un air humilié, alors que les bergers avec Manaën sont moins accablés ou plutôt moins honteux, et Maximin est seulement virilement affligé.

621.2 - Le Zélote entre presque en courant et il demande:

“Lazare est-il ici?”

“Non, il est dans sa pièce. Que veux-tu?”

“Au bout du sentier, près de la Fontaine du soleil, se trouve Philippe. Il vient de la plaine de Jéricho. Il est épuisé. Et il ne veut pas avancer parce que… comme tous, il se sent pécheur. Mais Lazare le persuadera. ”

Barthélemy se lève et il dit:

“Je viens moi aussi… ”

Ils vont trouver Lazare qui, quand on l’appelle, sort avec un visage déchiré de la pièce à demi-obscure où certainement il a pleuré et prié.

Ils sortent tous et traversent d’abord le jardin, puis le village du côté qui se dirige déjà vers les pentes du Mont des Oliviers, et puis ils atteignent l’extrémité de ce village du côté où il se termine avec la fin du plateau sur lequel il est construit, pour continuer uniquement par le chemin de montagne qui descend et monte par des marches naturelles à travers les monts qui descendent en pente douce vers la plaine à l’est, et montent vers la ville de Jérusalem à l’ouest.

Là il y a une fontaine avec un large bassin où certainement les troupeaux et les hommes se désaltèrent. L’endroit, à cette heure, est solitaire et frais car il y a beaucoup d’ombre que donnent des arbres touffus autour du bassin plein d’une eau pure, qui ne cesse de se renouveler, descendant d’une source de la montagne et déborde en gardant le sol humide.

621.3 - Philippe est assis sur le bord le plus élevé de la fontaine, la tête basse, ébouriffé, poussiéreux, avec des sandales trouées qui pendent de son pied écorché.

Lazare l’appelle avec pitié:

“Philippe, viens à moi! Aimons-nous par amour pour Lui. Soyons unis en son Nom. C’est encore l’aimer que de faire cela!”

“Oh! Lazare! Lazare! Je me suis enfui.., et hier, passé Jéricho, j’ai appris qu’il était mort!… Moi.., moi je ne puis me pardonner d’avoir fui…”

“Tous nous avons fui, sauf Jean qui Lui est resté fidèle, et Simon qui nous a rassemblés sur son ordre après que nous avons fui lâchement. Et puis… de nous apôtres, aucun n’a été fidèle” dit Barthélemy.

“Et tu peux te le pardonner?”

“Non. Mais je pense réparer comme je puis, en ne tombant pas dans un abattement stérile. Nous devons nous unir entre nous, nous unir à Jean. Connaître ses dernières heures. Jean l’a toujours suivi” répond à Philippe son compagnon Barthélemy.

“Et ne pas faire mourir sa Doctrine. Il faut la prêcher au monde, la garder vivante elle au moins, puisque nous n’avons pas su pourvoir à temps pour le sauver de ses ennemis” dit le Zélote.

“Vous ne pouviez pas le sauver. Rien ne pouvait le sauver. Lui me l’a dit. Je le redis une autre fois” dit Lazare avec assurance.

“Tu le savais, Lazare?” demande Philippe.