“Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau! Qui sait où ils l’ont mis!”

Pour la première fois elle titube, et pour ne pas tomber, elle se raccroche là où elle peut.

“Mais comment? Que dis‑tu?” demandent les deux hommes.

Et elle, haletante:

«Je suis allée de l’avant…, pour acheter les gardes… afin qu’ils nous laissent faire. Ils étaient comme morts… Le tombeau est ouvert, la pierre par terre… Qui a pu faire cela? Oh! venez! Courons…”

Pierre et Jean partent aussitôt. Marie les suit un instant, avant de revenir sur ses pas. Poussée par son amour prévoyant, elle saisit la gardienne de la maison, la secoue avec violence et lui souffle au visage:

“Garde‑toi bien de laisser passer qui que ce soit chez elle (et elle montre la porte de la chambre de Marie). Rappelle‑toi que c’est moi qui suis la maitresse. Obéis et tais‑toi.”

Plantant là la femme épouvantée, elle rejoint les apôtres qui se dirigent à grands pas vers le tombeau…

619.6 – … Pendant ce temps, Suzanne et Salomé, après avoir quitté leurs compagnes et atteint les murs, sont surprises par le tremblement de terre. Effrayées, elles se réfugient sous un arbre et restent là, combattues entre leur grand désir d’aller au tombeau et celui de courir chez Jeanne. Mais l’amour triomphe de la peur, et elles repartent vers le tombeau.

Encore toutes apeurées, elles pénètrent dans le jardin et voient les gardes évanouis, ainsi qu’une grande lumière qui sort du tombeau ouvert. Cela augmente leur effroi, qui atteint son comble quand, se tenant par la main pour s’encourager mutuellement, elles se présentent sur le seuil et aperçoivent dans l’obscurité de la grotte sépulcrale une créature lumineuse et très belle, qui sourit doucement et les salue de là où elle se tient: appuyée à droite de la pierre de l’onction, dont la grisaille disparait devant une si incandescente splendeur.

Elles tombent à genoux, abasourdies. Mais l’ange leur parle avec douceur:

“N’ayez pas peur de moi. Je suis l’ange de la divine Douleur. Je suis venu pour me réjouir de la fin de celle‑ci. La souffrance du Christ, son humiliation dans la mort sont terminées. Jésus de Nazareth, le Crucifié que vous cherchez, est ressuscité. Il n’est plus ici! L’endroit où vous l’avez déposé est vide. Réjouissez‑vous avec moi. Allez. Dites à Pierre et aux disciples qu’il est ressuscité et qu’il vous précède en Galilée. Vous le verrez encore là-bas pendant quelque temps, comme il l’a dit.”

Les femmes tombent visage contre terre, et quand elles le lèvent, elles s’enfuient comme si elles étaient poursuivies par un châtiment. Elles sont terrorisées et murmurent:

“Nous allons mourir! Nous avons vu l’ange du Seigneur!”

Arrivées en pleine campagne, elles se calment un peu et se concertent. Que faire? Si elles racontent ce qu’elles ont vu, on ne les croira pas. Si elles disent qu’elles viennent de là, elles peuvent être accusées par les Juifs d’avoir tué les gardes. Non. Elles ne peuvent rien dire, ni aux amis ni aux ennemis…

Craintives, rendues muettes, elles reviennent par un autre chemin à la maison, et se réfugient au Cénacle, sans même demander à voir Marie… Et là, elles s’imaginent que ce qu’elles ont vu est une tromperie du Démon. Humbles comme elles le sont, elles jugent “qu’il n’est pas possible qu’il leur ait été accordé de voir le messager de Dieu. C’est Satan qui a voulu les épouvanter pour les éloigner de là.”

Elles pleurent et prient comme des fillettes effrayées par un cauchemar…

619.7 – … Le troisième groupe, celui de Jeanne, Marie d’Alphée, et Marthe, ne voyant rien venir, se décide à aller là où certainement leurs compagnes les attendent.

Elles sortent dans les rues, où des gens apeurés viennent commenter le nouveau tremblement de terre et le rattachent aux évènements du vendredi… quand encore ils ne voient pas des choses qui n’existent pas!

“Il vaut mieux qu’ils soient tous effrayés! Peut-être les gardiens le seront‑ils aussi, de sorte qu’ils ne feront pas d’objection”, déclare Marie d’Alphée.

Et elles se hâtent vers les murs.

619.8 – Mais pendant qu’elles sont en chemin, Pierre et Jean, suivis de Marie‑Madeleine, sont déjà arrivés au jardin. Jean, plus rapide, arrive le premier au tombeau. Les gardes n’y sont plus et l’ange non plus.

Craintif et affligé, Jean s’agenouille sur le seuil ouvert, pour vénérer et recueillir quelque indice. Mais il voit seulement, entassés par terre, les linges posés sur le linceul.

“Il n’est vraiment pas là, Simon! Marie a bien vu. Viens, entre, regarde.”

Pierre, encore tout essoufflé par la course, pénètre dans le tombeau. Il avait dit en route: