“Derrière cette porte.”

“Fais-le entrer.”

“Mère…”

“Jean…”

“Ne lui fais pas de reproches. Il est repenti.”

“Me connais-tu si peu encore? Fais-le entrer.”

Jean sort. Il revient seul. Il dit:

“Il n’ose pas. Essaie de l’appeler, toi.”

Et Marie doucement:

“Simon de Jonas, viens.” Rien. “Simon Pierre, viens.”

Rien.

“Pierre de Jésus et de Marie, viens.”

Un âpre accès de pleurs. Mais il n’entre pas. Marie se lève. Elle laisse le manteau sur la table et va à la porte.

Pierre est blotti là dehors, comme un chien sans maître. Il pleure si fort et tout pelotonné qu’il n’entend pas le bruit de la porte qui s’ouvre en grinçant, ni le bruit des sandales de Marie. Il s’aperçoit qu’elle est là, quand elle se penche pour lui prendre une main pressée sur ses yeux et l’oblige à se lever. Elle entre dans la pièce en le traînant comme un enfant. Elle ferme la porte et met le verrou, et courbée par la douleur, comme lui l’est par la honte, elle revient à sa place.

Pierre va à ses pieds, à genoux, et il pleure sans retenue. Marie caresse ses cheveux grisonnants, tout en sueur à cause de la douleur. Pas autre chose que cette caresse jusqu’à ce qu’il soit plus calme.

615.8 – Enfin, quand Pierre dit:

“Tu ne peux me pardonner. Ne me caresse donc pas, car je l’ai renié”,

Marie dit:

“Pierre, tu l’as renié, c’est vrai. Tu as eu le courage de le renier en public, le lâche courage de le faire. Les autres… Tous, sauf les bergers, Manahen, Nicodème et Joseph et Jean, n’ont eu que la lâcheté. Ils l’ont renié tous: hommes et femmes d’Israël, sauf quelques femmes… Je ne nomme pas les neveux et Alphée de Sara: eux étaient parents et amis. Mais les autres!… Et ils n’ont même pas eu le courage satanique de mentir pour se sauver, ni le courage spirituel de se repentir et de pleurer, ni celui encore plus grand de reconnaître publiquement l’erreur. Tu es un pauvre homme. Tu l’étais, plutôt, tant que tu as présumé de toi. Maintenant tu es un homme. Demain, tu seras un saint. Mais même si tu n’avais pas été ce que tu es, je t’aurais cependant quand même pardonné. J’aurais pardonné à Judas, pour sauver son esprit.

Car la valeur d’un esprit, même d’un seul, mérite tous les efforts pour surmonter les répugnances et les ressentiments, jusqu’à en être brisé. Souviens-t’en Pierre, Je te le répète: “Lavaleur d’une âme La valeur d'une âme… On trouve cette expression dans la bouche de Jésus en EMV 300.3, et dans celle de Marie en EMV 437.4. est telle, même si on doit en mourir par l’effort de subir son voisinage, il faut la tenir ainsi dans ses bras comme je tiens ta tête chenue, si on comprend qu’en la tenant ainsi on peut la sauver”. Ainsi, comme une mère qui, après le châtiment paternel, prend sur son cœur la tête du fils coupable, et davantage par les paroles de son cœur déchiré qui bat, qui bat d’amour et de douleur, que par les coups paternels, ravise et obtient. Pierre de mon Fils, pauvre Pierre qui as été, comme tous, entre les mains de Satan dans cette heure de ténèbres, et ne t’en es pas aperçu, et qui crois avoir agi par toi-même, viens, viens ici sur le cœur de la Mère des fils de mon Fils. Ici, Satan ne peut plus te faire de mal. Ici se calment les tempêtes et, en attendant le soleil: mon Jésus qui ressuscitera pour te dire: “Paix, mon Pierre”, se lève l’étoile du matin, pure, belle, et qui rend pur et beau tout ce qu’elle baise, comme il arrive sur les claires eaux de notre mer dans les frais matins du printemps. C’est pour cela que je t’ai tant désiré. Au pied de la Croix, j’étais martyrisée par Lui et par vous et — comment ne l’as-tu pas senti? — et j’ai appelé vos esprits si fort, que je crois qu’ils sont venus réellement à moi. Et, renfermés en mon cœur, ou plutôt déposés sur mon cœur, comme les pains de proposition, je les ai tenus sous le bain de son Sang et de ses larmes. Je le pouvais, car Lui, en Jean, m’a rendue Mère de toute sa descendance… Combien je t’ai désiré!… En ce matin-là, en cet après-midi-là, et nuit et nouveau jour… Pourquoi as-tu fait tant attendre une Mère, pauvre Pierre, blessé et piétiné par le Démon? Ne sais-tu pas que c’est la tâche des mères de remettre en ordre, de guérir, de pardonner, de ramener? Je te ramène à Lui.

615.9 – Voudrais-tu le voir? Voudrais-tu voir son sourire pour te persuader qu’il t’aime encore? Oui? Oh! alors, détache-toi de mon pauvre sein de femme, et mets ton front sur son front couronné, ta bouche sur sa bouche blessée, et baise ton Seigneur.”

“Il est mort… Je ne pourrai jamais plus.”

“Pierre, réponds-moi. Quel est pour toi le dernier miracle de ton Seigneur?”

“Celui de l’Eucharistie. Ou plutôt, non. Celui du soldat guéri là-bas… là-bas… Oh! ne me fais pas souvenir!…”

“Une femme fidèle, aimante, courageuse, l’a rejoint sur le Calvaire et a essuyé son Visage. Et Lui, pour dire ce que peut l’amour, a fixé son Visage sur la toile. Le voilà, Pierre. Voilà ce qu’a obtenu Une femme à l’heure des ténèbres infernales et du courroux divin, seulement parce qu’elle a aimé. Rappelle-le-toi cela, Pierre, pour les heures où il te semblera que le Démon est plus fort que Dieu. Dieu était prisonnier des hommes, déjà accablé, condamné, flagellé, déjà mourant… Et pourtant, puisque même dans les plus dures persécutions. Dieu est toujours Dieu, et que si on frappe l’Idée, Dieu qui la suscite est intouchable, voilà que Dieu, aux négateurs, aux incrédules, aux hommes des sots “pourquoi”, des coupables “cela ne peut être”, des sacrilèges “ce que je ne comprends pas n’est pas vrai”, répond, sans parole, par ce linge. Regarde-le.