“C’est Nikê. J’ai quelque chose à donner à la Mère. Ouvrez! Vite. La ronde fait son tour.”
Jean, qui s’est dégagé de sa mère et est accouru près de la Madeleine, s’affaire autour des multiples serrures tous bien en place ce soir. Il ouvre. Nikê entre avec sa servante et un homme musclé qui l’accompagne. On ferme.
“J’ai une chose…” Nikê pleure et ne peut parler…
“Quoi? Quoi?”
Ils sont tous près d’elle, curieux.
“Sur le Calvaire… J’ai vu le Sauveur en cet état… J’avais préparé le voile des reins pour qu’il ne se serve pas des chiffons des bourreaux… Mais il était tout en sueur, avec du sang dans les yeux, et j’ai pensé le Lui donner pour qu’il s’essuie. Et Lui l’a fait… Et il m’a rendu le voile. Je ne m’en suis plus servie… Je voulais le garder comme relique avec sa sueur et son sang. Et, voyant l’acharnement des juifs, après un moment, avec Plautina et les autres romaines Lidia et Valeria ensemble, nous avons décidé de revenir, craignant qu’ils nous enlèvent ce voile. Les romaines sont des femmes viriles. Elles nous ont mises au milieu, la servante et moi, et elles nous ont protégées. Il est vrai qu’elles sont une contamination pour Israël… et qu’il est dangereux de toucher Plautina. Mais cela, on y pense par temps calme. Aujourd’hui, ils étaient tous ivres… À la maison, j’ai pleuré… pendant des heures… Puis est venu le tremblement de terre et je me suis évanouie… Revenue à moi, j’ai voulu baiser ce voile et j’ai vu… Oh!… Il y a dessus le visage du Rédempteur!… La face du Rédempteur, selon une promesse esquissée en EMV 382.7. ”
“Fais voir! Fais voir!”
“Non. D’abord à la Mère. C’est son droit.”
“Elle est tellement épuisée! Elle ne résistera pas…”
“Oh! ne dites pas cela! Ce sera pour elle un réconfort, au contraire. Avertissez-la!”
612.20 – Jean frappe doucement à l’entrée.
“Qui est-ce?”
“Moi, Mère, Dehors, il y a Nikê… Elle est venue de nuit… Elle t’a apporté un souvenir… un cadeau… Elle espère te réconforter avec cela.”
“Oh! un seul cadeau peut me réconforter! Le sourire de son Visage…”
“Mère!”
Jean l’entoure de ses bras de peur qu’elle ne tombe et il dit, comme s’il confiait le vrai Nom de Dieu:
“C’est lui. C’est le sourire de son Visage imprimé dans le voile avec lequel Nikê l’a essuyé au Calvaire.”
“Oh! Père! Dieu Très-Haut! Fils Saint! Éternel Amour! Soyez bénis! Le signe! Le signe que je vous ai demandé! Fais-la, fais-la entrer!”
Marie s’assoit car elle n’est plus maîtresse d’elle-même et, pendant que Jean fait signe aux femmes qui guettent le passage de Nikê, Marie revient à elle.
Nikê entre et s’agenouille à ses pieds avec sa servante près d’elle. Jean debout près de Marie, lui passe le bras derrière les épaules comme pour la soutenir. Nikê ne dit pas un mot, mais elle ouvre le coffre, en tire le voile, le déplie. Et le Visage de Jésus, le Visage vivant de Jésus, le Visage douloureux et pourtant souriant de Jésus, regarde la Mère et lui sourit.
Marie pousse un cri d’amour douloureux et tend les bras. Les femmes lui font écho de l’entrée où elles sont groupées, et l’imitent en s’agenouillant devant le Visage du Sauveur.
Nikê ne trouve pas de parole. Elle passe le voile de ses mains aux mains maternelles, et se penche ensuite pour en baiser le bord. Et puis elle sort à reculons, sans attendre que Marie revienne de son extase.
Elle s’en va… Elle est déjà dehors dans la nuit quand on pense à elle… Il ne reste qu’à fermer la porte comme elle était avant.
Marie est de nouveau seule dans un colloque d’âme avec l’image de son Fils car tous se retirent de nouveau.
612.21 – Il se passe un moment. Puis Marthe dit: